France

A I-Télé, la grève se poursuit, l’émission de Jean-Marc Morandini aussi

Les salariés du groupe Canal Plus sont venus soutenir les grévistes d'I-Télé, le 17 octobre 2016.
Les salariés du groupe Canal Plus sont venus soutenir les grévistes d'I-Télé, le 17 octobre 2016. REUTERS/Benoit Tessier
Texte par : Antoine Jeuffin
4 mn

La rédaction de la chaîne d’information en continu I-Télé a voté mardi à 81% pour la reconduite de la grève, entamée lundi. L’objectif : protester contre l’arrivée de Jean-Marc Morandini à l’antenne, où il anime désormais une émission quotidienne consacrée aux médias : Morandini Live.

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Qu’importe les remous provoqués depuis le 7 octobre, lorsque la direction d’I-Télé a confirmé l’arrivée de l’animateur Jean-Marc Morandini à la présentation de sa nouvelle émission d’une heure consacrée aux médias, à partir du 17 octobre. Qu’importe la réaction des salariés de la chaîne, qui ont voté à 92% la motion de défiance le 11 octobre. Qu’importe la grève reconduite le 18 octobre, votée par 82% des salariés de la rédaction.

Jean-Marc Morandini, 51 ans, est apparu serein face à la caméra pour présenter son émission quotidienne sur I-Télé, Morandini Live. Il s’agit d’une mouture proche du « Grand direct des Médias » qu’il animait sur la matinale d’Europe 1, avant que la radio ne le suspende de son antenne, en raison de sa mise en examen en septembre dernier pour corruption de mineurs aggravés dans le cadre de castings pour le tournage d’une série internet érotique.

Une émission chaotique

Selon le journal Le Monde, Jean-Marc Morandini serait arrivé sur le plateau de la chaîne du groupe Canal+ en passant par le parking, au sous-sol de l’immeuble, escorté par ses gardes du corps. Avec 85 % de la rédaction d’I-Télé en grève, la première de Morandini Live n’a pas échappé à de nombreux petits couacs. Pas de véritable plateau, une image de régie en guise de décor.

A cela s’ajoute une réalisation sommaire rendue possible par la venue en renfort de techniciens de Canal+, sollicités pour aider la petite sœur de la chaîne cryptée. Jean-Marc Morandini a multiplié les tacles à ses confrères hostiles le long des 45 minutes de l’émission, comme lorsqu’il demande ironiquement à Stéphane Plaza, invité du show : « C’est possible d’avoir des amis dans ce métier ? », faisant allusion au monde de la télévision et aux confrères hostiles à sa venue. Fait marquant : les annonceurs ont préféré boycotter l’antenne durant l’émission. Jean-Marc Morandini a donc lancé des pages de publicité…sans publicité.

Un problème de budget…et d’image

Morandini Live a pour ambition de décrypter toute l’actualité des médias. Ironie du sort, elle n’a bien sûr pas évoqué la grève sur I-Télé. Pendant l’émission, les journalistes grévistes étaient à l’extérieur des locaux. Ils reprochent à la chaîne ce recrutement malvenu au moment où I-Télé perd de l’argent (près de 24 millions d’euros sur l’année 2016). « Récemment, des missions d’information à l’étranger ont été annulées ou réduites faute de moyen, alors que l’on accueille Jean-Marc Morandini qui lui va travailler avec une équipe de 6 personnes qui vont être dédiées à son émission », regrette Antoine Genton, journaliste à I-Télé et représentant de la Société des Journalistes dans l’entreprise.

Une question budgétaire, mais pas seulement : les salariés grévistes veulent éviter que l’animateur, présumé innocent, ne déteigne sur l’image de leur chaîne. Ils souhaiteraient, comme cela a été fait avec ses précédents employeurs (la radio Europe 1 et la chaîne de télévision NRJ12), que Jean-Marc Morandini se mette en retrait de l’antenne le temps que la justice fasse la lumière sur l’affaire.

Passage en force

Plus encore, les salariés de la chaîne d’information s’insurgent contre un choix personnel du patron du groupe Canal+, Vincent Bolloré, qu’ils voient comme une provocation. Début octobre, la direction de l’entreprise avait déjà fait fi de la motion de défiance votée à 92% par les salariés sur ce sujet. La chaîne a simplement proposé aux salariés mécontents d’activer leur clause de conscience et de partir, moyennant indemnités. Le directeur adjoint de l’antenne, a lui déjà annoncé son départ et a été applaudi par sa rédaction. De son côté, Jean-Marc Morandini invoque son droit à la présomption d’innocence et souhaite qu’on le laisse travailler.
 

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