France

France: Periscope, caisse de résonance des émeutes autour de Paris

Bobigny, Seine-Saint-Denis, le 11 février 2017.
Bobigny, Seine-Saint-Denis, le 11 février 2017. Patrick KOVARIK / AFP

Depuis une dizaine de jours, pas une nuit ne passe sans que des échauffourées entre policiers et jeunes de banlieue parisienne n'éclatent. Hanté par les émeutes de 2005, le gouvernement français veut éviter la contagion à tout prix, et tâche de faire retomber la pression. Mais, phénomène nouveau : depuis le début de ces violences, les réseaux sociaux agissent comme une caisse de résonance. Le plus prisé d'entre eux ? Periscope.

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Periscope, c'est cette application pour téléphone qui permet à l'utilisateur de retransmettre en direct ce qu'il est en train de filmer. Chaque soir, depuis le début des violences urbaines actuelles, ils sont plusieurs dizaines à s'improviser reporters, au plus proche des événements.

Souvent, il s'agit de jeunes qui habitent le quartier. Et ça marche : une vidéo d'affrontements avec la police devant le tribunal de Bobigny a été vue 300 000 fois. Ci-dessous, des extraits audios de directs recueillis sur l'application ces derniers jours par RFI.

«Flics: violeurs, assassins!» La gronde des banlieues sur Periscope

Il faut imaginer les images de violence qui accompagnent ces sons. Sur l'application Periscope, les spectateurs qui regardent les vidéos peuvent de surcroît commenter en direct. Ils peuvent même envoyer des petits cœurs pour dire qu'ils approuvent ce qu'ils voient. Ils sont très nombreux à virevolter sur l'écran pendant certains directs.

Difficile de dire avec précision qui regarde ces vidéos. Mais lorsqu'on lit les commentaires pendant les directs, on en apprend tout de même un peu plus. « Allez les gars, cassez tout ! » « Défoncez-les, ces fils de chiens ! », peut-on par exemple lire à l'adresse des policiers.

Banlieusards, curieux, policiers : tout le monde regarde Periscope

Dans les banlieues, beaucoup de jeunes ne font plus confiance aux médias traditionnels comme la télévision. Ils se tournent donc vers Periscope, qu'ils jugent plus fiable, puisque les images ne sont ni coupées ni montées. En revanche, elles ne sont pas non plus mises en perspective avec l'actualité, comme le ferait une chaîne d'information.

Il y a aussi des curieux qui regardent ces vidéos, des gens qui veulent voir, au plus près, sans filtre. Et ils sont parfois très éloignés géographiquement du lieu où se passent les violences. Mais encore une fois, ce sont les commentaires qui permettent de le dire.

Emeutes à Bobigny, au nord de Paris en Seine-Saint-Denis, le 11 février 2017/
Emeutes à Bobigny, au nord de Paris en Seine-Saint-Denis, le 11 février 2017/ GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Aux Etats-Unis, consommer ce genre d'images de violence sur son téléphone porte un nom : le « porn riot », expression composée du mot « porn », pour pornographie, et du mot « riot », pour soulèvement. Autrement dit, le visionnage pulsionnel et jubilatoire de scènes d'affrontement.

→ à (re)lire : Suicide filmé sur Periscope: les dérives de l'exhibition médiatique

Enfin, la police regarde aussi ces vidéos. Car c'est le sens de l'application Periscope : tout le monde peut y accéder. Et comme les jeunes qui filment sont souvent les premiers sur les lieux, la police n'a plus qu'à regarder la géolocalisation de l'utilisateur pour se rendre à l'endroit où les violences éclatent...

→ À (re)lire : Violences en Seine-Saint-Denis: à Aubervilliers, Hollande appelle au calme

à (re)lire : La chronique des médias: Periscope, média ou danger ?

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