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France

Chinois tué par la police à Paris: la famille entendue par l'IGPN

Manifestation devant un commissariat du XIXe arrondissement de Paris, le 28 mars 2017.
Manifestation devant un commissariat du XIXe arrondissement de Paris, le 28 mars 2017. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Polémique et colère en France suite à la mort d’un Chinois, Shaoyo Liu, tué par un policier ce dimanche soir 26 mars, à Paris. Moins de 48 heures après les faits, l’enquête n’a pas encore permis de dénouer les flous de cette intervention policière qui a tourné au drame. Selon les policiers, l’individu portait une arme blanche, il aurait blessé l’un des agents avant d’être abattu. L’épouse et les cinq enfants de la victime ont été entendus mardi par la police des polices, l’IGPN.

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Il est près de 20 h ce dimanche soir quand la famille Liu entend frapper à la porte. Les enfants sont dans leur chambre, l’une des sœurs de celle que nous appellerons Sabine dit entrevoir par la serrure des individus armés et en habits civils. Monsieur Liu et les deux sœurs sont alors à côté de la porte d’entrée : « Ça commençait à toquer de plus en plus fort. Il y avait mon père qui essayait de retenir la porte. Puis la porte s’est ouverte d’un coup. Il y a un tir qui est parti. »

Liu Shaoyo, 56 ans, se retrouve inanimé sur sol. Il n’y aurait pas eu de sommation, affirme la sœur ainée et, surtout, contrairement à ce qu’affirmaient les policiers, le quinquagénaire n’aurait pas pu blesser au thorax l’un des trois agents avec ses ciseaux de cuisine : « La police a défoncé la porte. Mon père est parti en arrière. En aucun cas, il aurait pu brandir les ciseaux sur cet homme. »

Dans un communiqué, la préfecture de police maintient que les agents sont intervenus pour trouble de voisinage et pour maîtriser un individu décrit comme dangereux et qui n’en était pas à son premier signalement. Evelyne, membre du conseil syndical de la résidence où vivent les Liu témoigne : « Il a jeté une télévision ou un ordinateur sur une dame qui passait avec une poussette, il a eu des incidents avec un voisin qu’il a poursuivi au couteau. »

Une version, là encore, contestée par Sabine qui décrit un père attentionné, se levant tous les matins à 6 h pour préparer le petit déjeuner aux enfants, et non-violent. Comment expliquer alors la blessure subie par un policier ? Sabine : « Pendant deux heures, on a été enfermés dans la chambre. On nous a seulement fait sortir au moment où on nous a confirmé son décès. »

Le fils de la victime, âgé de 15 ans, est resté prostré dans le silence pendant 24 heures après le drame. Seule la fille ainée a, pour l’instant, accepté de donner sa version des faits aux journalistes.

Face aux versions qui s'opposent, François Ormillien, l'un des avocats de la famille, insiste sur les circonstances troubles de cette tragédie : « A ce stade, c’est nous qui nous posons des questions sur les raisons pour lesquelles les services de police, alors même qu’ils commençaient une intervention, ont défoncé la porte et ouvert le feu immédiatement. »

Une enquête a été ouverte en flagrance pour des faits de violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donnée. Le procureur de la république devrait recevoir les proches de la victime ce jeudi dans la matinée. Il devrait surtout décider d’ici à la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine de l’orientation de ce dossier : soit les éléments sont constitués concernant les violences volontaires, soit les policiers ont agi dans le cadre de la légitime défense.


 ■ La tension ne redescend pas dans la rue

Tard hier soir, pour la deuxième nuit consécutive, des centaines de manifestants sont venus réclamer justice devant le commissariat du XIXe arrondissement. Une dizaine de personnes ont été interpellées lors de ce rassemblement qui a réuni environ 400 personnes.

Des masques en papier sur les visages, un drapeau rouge de la Chine populaire et des drapeaux français qui émergent des gaz lacrymogènes, la colère est de nouveau au rendez-vous ce mardi soir devant le commissariat du XIXe arrondissement à Paris. « On est tous unis ici pour toutes les violences policières envers nous, les Asiatiques, envers les Arabes, envers les Noirs, explique Lily, 18 ans. On veut la vérité et la justice. »

La communauté se dit choquée par l’écart entre la chronologie des faits rapportés par les policiers et ce que dit la famille. « Punissez les meurtriers ! », affirme ainsi la pancarte de Nicolas, Chinois venu du nord-est de la Chine et installé en France depuis plus de dix ans : « C’est incroyable. C’est scandaleux. Entrer chez quelqu’un et tuer directement. C’est la mafia, ce n’est pas la police. »

En fin d’après-midi, la reconstitution du déroulé des événements par l'Inspection générale de la police nationale, l’IGPN, en présence de la fille ainée de la victime, aurait permis d’avancer et de vérifier certains points. Maître Calvin Job, l’un des avocats de la famille : « Monsieur en fait avait des ciseaux, il écaillait du poisson. On va vérifier si effectivement il y avait du poisson dans l’appartement, dans la cuisine du moins. Et ce qui est le cas. »

« Police assassin », selon la famille, le quinquagénaire n’aurait même pas eu le temps d’utiliser sa paire de ciseaux pour blesser l’un des policiers. « La proportionnalité » de la réponse pose question, affirment les avocats qui ont déposé plainte.

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