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France

L’intégration des Roms, une question de volonté politique?

Une femme dans le camp de Roms de Lieusaint, peu avant son évacuation, en 2003.
Une femme dans le camp de Roms de Lieusaint, peu avant son évacuation, en 2003. AFP PHOTO JOEL ROBIN
Texte par : Nastasia Tepeneag
7 mn

Ce samedi 8 avril, nous célébrons le 46ème anniversaire de la fondation de « l’Union Romani Internationale ». Cette journée est devenue la journée internationale des Roms. A l’occasion, les eurodéputés socialistes et radicaux ont souhaité mettre l’accent sur les aspects positifs et les projets d’insertion qui ont été menés dans l’UE auprès de cette communauté de 10 millions de personnes. Focus sur un projet d’intégration réussi en France, dans l’agglomération de Grand Paris Sud.

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« On va prendre la tension, tendez votre bras », demande le Docteur Moriau. Valentin Sandor s’exécute. La quarantaine passée, cet homme obèse issu de la communauté rom a l’habitude des visites médicales. « Lorsque je l’ai connu, il pesait 129kg puis il est monté à 190kg à cause de l’alimentation liée aux conditions de vie du bidonville », explique le médecin. Désormais, Valentin Sandor pèse 153 kg, grâce à l’opération qu’il a pu faire à Bichat, en novembre dernier.

Au moment de payer, l’homme sort sa carte vitale. Ce geste, Valentin le répète depuis près de 15 ans. Mais ce n’était pas une évidence. A son arrivée en France, en 1992, il a longtemps vécu en bidonville : « Je suis arrivé à Nanterre en bidonville puis on a été expulsé, je me suis retrouvé à Sarcelle puis à Melun… J’ai dû passer par 20-30 bidonvilles différents », se souvient Valentin Sandor. A l’époque, il ne pouvait se soigner que grâce à l’aide médicale d’Etat et aux maraudes de Médecins du Monde. C’est là qu’il a rencontré Bernard Moriau : « Au départ, c’était compliqué pour eux d’ouvrir leurs droits et d’avoir accès au système de santé, maintenant ils sont complètement rentrés dans le parcours de soin classique. » Et parmi les patients du cabinet de Bernard Moriau, à Nandy, dans l’agglomération du Grand Paris Sud, beaucoup de Roms justement. « Aujourd’hui on a reçu au moins quatre personnes issues de la communauté rom, toutes avec leurs cartes vitales », assure la secrétaire du médecin généraliste.

Le projet d’intégration

Si cela est possible, c’est grâce au projet d’intégration mis en place par le maire de Lieusaint, Michel Bisson, dans l’agglomération de Grand Paris Sud, il y a près de 15 ans. A l’époque, un bidonville d’environ 250 Roms s’était installé sur un terrain attenant au parc omnisport de Lieusaint. Pour le résorber et intégrer les familles, le maire lance alors le « projet d’intégration sanitaire et social des familles roms ». Première étape : effectuer la sélection des familles « et éviter de prendre des familles dont certains membres auraient commis des délits », explique le premier édile de la ville, toujours en poste depuis 1998. Ensuite, ces familles ont été stabilisées sur un terrain, à l’origine prévu pour des gens du voyage « avec toilettes, douches…etc. ».

Deuxième étape : scolarisation des enfants et parcours de formation permettant l’emploi, le logement et l’obtention de papiers « à condition que familles s’engagent à respecter un certain nombre de règles, dont la scolarisation obligatoire des enfants et le respect de la loi, comme tout un chacun », précise le maire de Lieusaint.

Les 33 familles sélectionnées, soit 103 personnes, sont alors régularisées par la préfecture dès 2001. A l’époque, la Roumanie ne fait pas encore partie de l’Union européenne et ses ressortissants ont besoin d’un titre de séjour pour séjourner légalement en France et avoir des droits. Pendant trois ans, de 2001 à 2003, les familles sélectionnées ont été suivies « par des assistantes sociales avec un profil plutôt militant, extrêmement motivées pour relever ce défi », précise Michel Bisson. Avec cet accompagnement, les familles roms ont pu suivre des formations, décrocher des rendez-vous à l’ANPE et trouver un travail.

« On a la chance d’avoir pas mal d’emplois logistiques sur le territoire donc peu qualifiés, ce qui a facilité l’accès des Roms après une formation adéquate », insiste le maire. « Au bout de trois ans, 28 familles sont sorties du terrain d’accueil et ont trouvé un logement. Les chefs de famille avaient trouvé un emploi. » La scolarisation des enfants s’est faite à Lieusaint et Combs-la-Ville « pour favoriser l’intégration et éviter les critiques des autres parents d’élèves ».

Quinze ans après, les familles sont relativement bien intégrées, la plupart vivent encore dans les logements sociaux : « En tout cas, moi je n’ai pas connaissance d’expulsions, ils ont toujours payés leurs loyers », précise Michel Brisson. Est-ce seulement grâce aux salaires et aux prestations sociales perçues ? Ou est-ce que certains sont retournés à leur activité d’achat et de revente de ferrailles ? « En tout cas, rien de bien méchant », selon le maire de Lieusaint. La famille de Valentin Sandor est un exemple de cette réussite : « Mon fils Victor Ion est en CDI depuis 6-7 ans dans une grande surface, il fait de la manutention. »

A l’époque, lorsque la famille Sandor intègre ce projet d’insertion, Victor Ion avait 12 ans. Aujourd’hui, il est père de deux garçons de cinq et trois ans, tous deux scolarisés. Ils apprendront à lire et écrire quand l’heure sera venue, comme n’importe quels enfants de leurs âges. Quant au gendre de Valentin Sandor, il est en CDI à La Poste et s’occupe du tri des colis.

Les difficultés rencontrées

« Lorsqu’on s’est lancé là-dedans, on ne connaissait absolument pas la complexité du sujet », reconnaît Michel Brisson. Car pour réussir ce projet d’intégration, la première étape consiste à expliquer, poser les bases de la vie dans notre société et il faut parfois tout reprendre : « Scolariser des enfants, nous ça nous paraît naturel mais pour eux, ça ne l’était pas », détaille-t-il. Car jusqu’à présent, les Roms étaient dans la survie et se retrouvaient dans une telle instabilité qu’ils étaient incapables d’investir dans l’avenir. Aujourd’hui, le maire de Lieusaint fait le bilan : « Je me dis, au moins, on a sauvé les enfants qui sont entrés dans un parcours de scolarité normal. Pour les adultes, c’est plus compliqué. Mais c’est un investissement sur l’avenir », résume-il. « Et on ne pouvait pas les laisser comme ça, c’est une question d’humanité. »

Au total, ce projet a coûté entre 150 000 et 200 000 euros par an. A titre de comparaison, l’expulsion policière et le relogement de l’ensemble des familles dans un hôtel social pour une durée d’un mois est estimé à 150 000 euros. « Et ça ne résout pas le problème, ça ne fait que le déplacer car la plupart des familles vont se réinstaller dans un autre bidonville. Et ça fait 25 que ça dure », conclut Livia Otal, coordinatrice de la mission « bidonville » de Médecins du Monde.

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