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France / Santé et médecine

France: les médicaments à base de codéine désormais interdits en vente libre

Les pharmaciens ont constaté ces derniers mois que les adolescents étaient nombreux à demander des médicaments à base de codéine.
Les pharmaciens ont constaté ces derniers mois que les adolescents étaient nombreux à demander des médicaments à base de codéine. Getty Images / Mark Gibson
Texte par : Emmanuelle Raybaut
4 mn

La ministre française de la Santé Agnès Buzyn a décidé d'inscrire la codéine, ainsi que d'autres dérivés de l'opium, sur la liste des médicaments délivrés uniquement sur ordonnance. L'objectif est de mettre un terme à des pratiques addictives liées à la prise de ce médicament, qui peuvent être potentiellement mortelles.

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La décision du ministère vise surtout les jeunes. Depuis le début de l'année, l'Agence nationale de sécurité du médicament a constaté plusieurs cas d'intoxication grave à la codéine, dont deux ont été mortels. De plus en plus d'adolescents consomment des cocktails à base de codéine, détournée en drogue, en ignorant totalement qu'une surconsommation de médicaments peut entraîner la mort par overdose.

La substance, qui est un antidouleur de la même famille que l'opium, était jusqu'ici disponible en vente libre en France si la dose ne dépassait pas 30 mg sous forme de sirops contre la toux ou en comprimés. Il s'agit donc de médicaments souvent présents dans les armoires à pharmacie familiales.

De leur côté, les pharmaciens ont constaté ces derniers mois que de plus en plus d'adolescents défilent au comptoir pour demander du Codoliprane, ou du Klipal dont la boîte coûte 2 à 3 euros. Ils avalent ces antidouleurs en quête de sensations. Car le foie transforme naturellement la codéine en morphine, ce qui engendre un ralentissement du rythme cardiaque et l’impression d'être drogué.

Un arrêté ministériel applicable immédiatement

C'est à partir de 2013 que les pharmaciens repèrent les premières demandes suspectes de délivrance de médicaments codéinés. Et en 2015, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) constate une accélération des cas d’abus, voire de dépendance, chez des adolescents et des jeunes adultes.

Mais la prise de conscience s’est accélérée grâce à une pétition lancée par la mère de Pauline, une jeune fille de 16 ans morte le 2 mai dernier à la suite d’une overdose de médicaments codéinés. Dans cette pétition qui a recueilli plus de 50 000 signatures, sa maman Christelle Cebo demandait l’interdiction de cette « nouvelle drogue des ados » et la mise en place d'un dossier pharmaceutique qui permettrait de suivre les achats de chaque patient.

Le phénomène n’est pas récent

Si on en parle davantage ces dernières années, le phénomène est loin d’être nouveau et circonscrit à la France. Importé des Etats-Unis, où les médicaments codéinés sont en vente libre, il est connu depuis les années 1990. La mode du cocktail « purple drank » a été popularisée par les rappeurs américains qui vantaient ses vertus dans leurs chansons. Et dans un rapport publié en juin dernier, l’Office des Nations unies contre la drogue a indiqué qu’en 2015, la consommation d’opioïdes avait provoqué 190 000 décès prématurés.

Mercredi soir, les pharmaciens français ont ainsi été priés en urgence de ne plus vendre ces médicaments sans ordonnance. Une décision qualifiée par Carine Wolf-Thal, la présidente du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens, de mesure de santé publique qui vise à protéger nos jeunes.

En revanche, se pose toujours la question des patients qui ont réellement besoin de ces antidouleurs. Pour l'instant, l'Agence nationale du médicament et l'ordre des pharmaciens réfléchissent encore à des alternatives.

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