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Décès de Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur et découvreur de talents

Paul Otchakovsky-Laurens devant les locaux de sa maison d'édition, P.O.L., à Paris, le 10 septembre 2001.
Paul Otchakovsky-Laurens devant les locaux de sa maison d'édition, P.O.L., à Paris, le 10 septembre 2001. Eric Feferberg / AFP
Texte par : Clotilde Ravel
4 min

Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur des éditions qui portent ses initiales, est décédé mardi 2 janvier à Marie-Galante (Guadeloupe). Editeur, découvreur de talents, il a notamment publié des ouvrages de Marguerite Duras, Georges Pérec, Marie Darieussecq ou encore Emmanuel Carrère.

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Le sigle est familier. P.O.L, trois lettres majuscules surmontées d’un logo constitué de quatre pastilles noires et trois blanches, en référence à une position de jeu de go. Figure incontournable du monde de l’édition, Paul Otchakovsky-Laurens est décédé dans un accident de la route sur l'île de Marie-Galante (Guadeloupe) le 2 janvier à l’âge de 73 ans. Sa compagne, l'écrivaine et peintre Emmelene Landon, a été blessée dans cet accident et transportée en Martinique.

Découvreur de talent, Paul Otchakovsky-Laurens a publié de nombreux auteurs, parmi lesquels Marguerite Duras, Georges Pérec, Marie Darrieussecq, Jean Rolin, Olivier Cadiot, Leslie Kaplan ou encore Emmanuel Carrère. Dans son deuxième long-métrage sorti le mois dernier en salle et intitulé sobrement Editeur, il confiait que publier les livres des autres lui avait « sauvé la vie ». Dans ce film, il retrace également la genèse d’une vocation et signe un autoportrait entre documentaire et expérimentation, dans lequel il s’interroge sur son métier : « Qu’est-ce-que c’est un éditeur ? Pourquoi cette activité économiquement aberrante, pour le pouvoir que cela me donne sur les autres, sur ceux que je n’ai pas su être, pour attacher mon nom à plus grand que moi ? ».

Dès l’annonce de sa mort, le monde de la culture à tenu à lui rendre hommage. La ministre de la Culture Françoise Nyssen et Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et la Communication entre 2012 et 2014 ont salué la mémoire d'un « très grand éditeur ».

 

Né à en 1944 dans le Vaucluse, Paul Otchakovsky est encore nourisson quand son père meurt. Sa mère le confie ensuite à une cousine habitant Sablé-sur-Sarthe, Berthe Laurens, qui adopte l’enfant, lequel ajoute son nom « Laurens » à son état civil. Après des études de droit, le jeune homme débute dans l’édition en tant que stagiaire chez Christian Bourgeois en 1969, puis devient lecteur aux éditions Julliard, puis chez Flammarion dès 1970. En 1977, il quitte Flammarion pour Hachette, et crée la collection P.O.L, où il publie plusieurs textes de Georges Pérec dont Je me souviens et La vie mode d’emploi.

Editeur indépendant

Sa quête d’indépendance et la disparition de Pérec le poussent à transformer cette collection en maison d’édition en 1983. Une maison qui s’impose grâce notamment cahiers de guerre de Marguerite Duras formant La Douleur (1985), premier grand succès de P.O.L. Un succès qui ouvre la voie à beaucoup d’autres ; en 34 années d’activité, l’éditeur reçoit un Goncourt, un Renaudot, trois Médicis, trois Femina et cinq prix du Livre inter.

Dans les années 1990, la maison d'édition connaît un grand essor en éditant de jeunes auteurs à succès comme Marie Darrieussecq pour Truismes, Emmanuel Carrère pour La classe de neige, ou encore Martin Winckler pour La maladie de Sachs. Financièrement pourtant, la situation de la maison n’est pas au beau fixe. En 1991, Gallimard entre dans le capital à hauteur de 26%, avant de devenir l'actionnaire principal en 2003 avec 88% des parts. Un changement qui n’affecte pas sa façon de travailler, confie Paul Otchakovsky-Laurens dans Editeur. Avenant et courtois, fidèle à ses auteurs, « artisan intransigeant et indépendant » pour Antoine Gallimard, il a imposé son éclectisme, de la poésie au théâtre en passant par le roman d’avant-garde.

Polémique et procès

L’éditeur n'échappe pas à quelques polémiques comme celle qui oppose en 2007 Camille Laurens, dont il est également l'éditeur, à Marie Darrieussecq, dont il prit le parti. En 1998 Jean-Marie Le Pen intente et gagne un procès en diffamation contre l'auteur Mathieu Lindon et Paul Otchakovsky-Laurens en qualité d'éditeur, pour le roman Le procès de Jean-Marie Le Pen.

Passionné de cinéma, il avait aussi réalisé deux documentaires (Sablé-sur-Sarthe, Sarthe en 2009, où il raconte l'abus sexuel dont il a été victime, et Editeur, sorti il y a quelques semaines, où il décrypte son métier et raconte l’histoire d’une vocation.

Dans Editeur, Paul Otchakovsky-Laurens raconte son histoire ; « Ce n’est pas seulement l’itinéraire d’un jeune homme pressé, qui voulait faire carrière dans l’édition, c’est d’abord l’histoire de quelqu’un qui, lisant des manuscrits, éditant des livres, trouve peu à peu ses mots à lui à travers ceux des autres, grâce auxquelles il peut vivre ».

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