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France

France: à l’école du parti

La création de l'école de formation insoumise dit répondre à un besoin exprimé lors de la convention du parti de Jean-Luc Mélenchon, en novembre dernier à Clermont-Ferrand.
La création de l'école de formation insoumise dit répondre à un besoin exprimé lors de la convention du parti de Jean-Luc Mélenchon, en novembre dernier à Clermont-Ferrand. Thierry Zoccolan / AFP

Avec son école lancée en fanfare fin janvier, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon renouvelle la longue tradition des formations pour militants.

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Pas de pupitres ni de tableau noir, mais quelques chaises, un bureau et trois caméras. Ce samedi 3 février, à son siège de la rue de Dunkerque à Paris, la France insoumise dispense son premier cours. Le thème du jour : la réforme du lycée et de l’université. La classe est assurée par Paul Vannier, orateur national du parti et professeur d’histoire-géographie dans le civil. Face à lui, une quinzaine d’élèves très attentifs. Sur les réseaux sociaux où la leçon est diffusée en streaming, ils sont 20 000, annonce le coresponsable du projet, le politologue Thomas Guénolé.

Car l’école de formation insoumise (eFI) se décline en version 2.0. En plus des cours mensuels disponibles en ligne et complétés d’une courte bibliographie, elle proposera des tutoriels vidéos formant à l’action militante. Sans compter toute la documentation consultable gratuitement sur le site du mouvement et le blog de Jean-Luc Mélenchon…

L’objectif est assumé. Répondant à un besoin exprimé lors de la dernière convention du parti à Clermont-Ferrand, il s’agit d’aider les militants à développer leur argumentation et leur action face à celles de l’adversaire. Mais pas seulement. L’eFI se dit ouverte à tous ceux qui souhaitent renforcer leurs savoirs politiques et se défend de toute volonté d’endoctrinement. « Elle est un outil pour mieux comprendre le monde et ainsi mieux le transformer », assurait récemment dans les colonnes de Libération Manuel Bompard, ex-directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon. « Chacun fait ce qu’il veut. Nous ne sommes pas une secte ».

L’exemple du PCF

L’eFI se revendique en cela l’héritière des universités populaires qui, dans la France de la fin du XIXe siècle déchirée par l’Affaire Dreyfus, participaient à l’éducation du monde ouvrier et de tous ceux qui n’avaient pas pu bénéficier de l’instruction publique, dans une volonté humaniste et émancipatrice. Elle s’inscrit aussi – et surtout – dans la longue tradition des formations de partis. « Il y avait déjà des écoles dans le socialisme utopique des débuts du XIXe siècle, bien avant les partis, rappelle l’historien Jean Garrigues, spécialiste de l’histoire politique. C’est le cas de l’école du saint-simonisme, dans laquelle les disciples s’initiaient à la pensée de Saint-Simon, qui était une sorte de socialisme chrétien, utopique et industrialiste. Ces écoles sont donc aussi vieilles que l’engagement. »

La plus aboutie reste celle du Parti communiste français (PCF). Créée en 1924, elle vise à former les cadres du jeune parti fondé quatre ans plus tôt. « Très rapidement, Moscou s’aperçoit que les militants français sont surtout issus des rangs socialistes et qu’ils ne sont pas du tout dans la ligne bolchévique. Il faut donc les reprendre en main », indique Stéphane Courtois, directeur de recherche au CNRS et coauteur du Livre noir du communisme.

L’objectif est de sélectionner au sein du monde ouvrier les futurs permanents du parti. Très hiérarchisé, le système comprend des écoles élémentaires au niveau local, fédérales à l’échelle départementale et centrales au niveau national, écrit Nathalie Ethuin, maître de conférences en science politique. Certains cadres sont envoyés à l’école léniniste internationale de Moscou. Ce sera le cas des grandes figures du PCF, de Jacques Duclos à Georges Marchais, en passant par Maurice Thorez et Waldeck Rochet. « Alors que la SFIO d’avant 1914 comptait trois ou quatre permanents, le PCF, dès ses premières années, en dénombre 300 ou 400. C’était une force de frappe extraordinaire », s’exclame Stéphane Courtois.

La formation du FN, une des meilleures dans les années 1990

Avec la chute de l’URSS, les écoles du PCF disparaissent peu à peu, laissant place à des formations plus modestes, proposées notamment lors des universités d’été ou au sein des fédérations. Entre temps, le système a fait des émules. A commencer par le Front national qui, dès sa création en 1972, cherche à mettre l’accent sur la formation de ses cadres et militants. Il faut cependant attendre le mitan des années 1980 et les premières victoires électorales pour que s’impose la nécessité de professionnaliser le parti. C’est chose faite au début de la décennie suivante, sous la houlette de Bruno Mégret et de Carl Lang.

S'articulant sur un registre doctrinal et pratique, la formation du FN est certainement à ce moment-là une des meilleures parmi celles dispensées au sein des mouvements politiques, remarque sur son blog l’historienne Valérie Igounet, spécialiste de l’extrême droite en France. « Techniques de propagande, gestion, organisation, réponses à l'adversaire, devoirs et fonctions des responsables et des adhérents : rien n'est laissé au hasard. Le parti d’extrême droite forme alors des centaines de jeunes, militants et cadres et parvient à constituer un appareil solide et expérimenté. »

La tradition perdue des universités d’été

Du côté des grands partis traditionnels, la formation des militants est essentiellement assurée lors des universités d’été, inventées par les jeunes giscardiens en 1975. Mais elle n’a pas grand-chose à voir avec celles proposées par le FN, le PCF ou les partis trotskistes. Si des réunions, des colloques et des forums y sont organisés, la pédagogie militante reste sommaire. Et pour cause : « Ce sont des partis d’élection. La culture politique ou idéologique y est moins nécessaire que l’expérience électorale, analyse l’historien Jean Garrigues. Ce sont des partis qui se sont construits sur ces réseaux d’élus qui avaient une expérience du terrain, et qui avaient donc moins besoin d’idéologie et de formation que le Parti communiste ou les mouvements nouveaux. »

Rapidement, ces universités d’été se transforment en raouts médiatiques et deviennent surtout l’occasion pour les principaux ténors d’établir les rapports de force en vue des grands rendez-vous électoraux. « L’idéologique ayant été mis de côté et la mobilisation politique étant centrée sur le moment de l’élection, il n’y avait pas besoin de ces écoles de formation. Mais on voit à quel point cela a été un élément d’appauvrissement idéologique de ces partis », poursuit Jean Garrigues.

Conséquence, dans un paysage politique désormais éclaté et profondément renouvelé, les partis souffrent d’une sévère crise d’identité. D’où la nécessité de revenir aux fondamentaux en dispensant à leurs cadres et militants une initiation aux pratiques politiques et à l’idéologie. C’est ainsi que La République en marche forme à tout va. En plus des cours destinés à ses députés néophytes et son programme « Action Talents » pour améliorer les compétences de ses futurs cadres, LREM s’apprête à lancer à son tour son propre institut de formation afin de modeler ses candidats aux prochaines élections.

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