France

Sur TF1, Emmanuel Macron entre séduction et fermeté

Emmanuel Macron dans une salle de classe à Berd'huis avant son interview sur TF1, le 12 avril 2018.
Emmanuel Macron dans une salle de classe à Berd'huis avant son interview sur TF1, le 12 avril 2018. YOAN VALAT / POOL / AFP

Interrogé par Jean-Pierre Pernaut sur TF1, Emmanuel Macron a passé ce jeudi plus d'une heure à défendre son action face à la contestation sociale. Il a aussi tenté de répondre aux inquiétudes de la France rurale et des séniors tout en réaffirmant sa détermination à mener les réformes.

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« Il y a des inquiétudes, elles sont légitimes et moi je les entends ». Interrogé sur la grogne dans les hôpitaux ou chez les retraités, Emmanuel Macron s'est montré à l'écoute, compréhensif. Aux personnels de santé, il promet des annonces à l'été. Aux séniors, il leur dira six fois « merci » pendant l'émission. Merci pour les efforts fournis avec la hausse de la CSG. Les cheminots ont aussi eu droit à un geste d'apaisement. Non, ce ne sont pas des privilégiés, corrige le président.

Assis entre les cahiers d'école et les dessins d'enfants de cette école de Berd'huis, dans un journal télévisé où les régions sont mises en avant, Emmanuel Macron a pu se présenter proche des préoccupations quotidiennes de la population, être dans l'empathie.

SNCF, universités et ZAD : Macron reste ferme

Mais sur le fond, il n'a rien lâché. Sur la réforme de la SNCF, il ira jusqu'au bout. Emmanuel Macron défend point par point son projet. La SNCF restera à 100 % publique et les cheminots d'aujourd'hui le resteront, promet-il. « La bonne réponse, ce n'est pas d'arrêter de faire la réforme, c'est de la faire ensemble », affirme-t-il, alors que la grève à la SNCF doit reprendre ce jeudi soir.

Dans les facultés bloquées, même fermeté. « Ils doivent comprendre que nous sommes dans un Etat d'ordre », lance le président à l'adresse de bloqueurs qualifiés d'« agitateurs professionnels ». Quant aux étudiants, il les met en garde. Il n'y aura pas « d'examen en chocolat », prévient-il. Ils ont donc tout intérêt à réviser s'ils veulent obtenir leurs examens.

Intraitable, Emmanuel Macron l'est également concernant l'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. « On rétablit l'ordre républicain », affirme-t-il, rappelant que « les gens qui aujourd'hui manifestent sont des gens qui occupent illégalement des territoires publics ou privés ». Une phrase peut ainsi résumer cette longue interview du chef de l'Etat : « Le fait qu'il y ait des gens parfois pas contents ne m'arrête pas. »

Cet exercice de pédagogie s'est donc limité à essayer de redonner du sens à son action, à rappeler les enjeux de sa politique pour transformer la France en utilisant des images déjà employées comme celle des premiers des cordées -ceux qui réussissent- qui doivent tirer vers le haut ce qui ont plus de difficultés. Sa version de la solidarité. Sur le fond, il n'a manifesté aucune volonté d'infléchir son action et de prendre en compte les mécontentements. Pas sûr donc qu'il réussisse  à rassurer les Français qui doutent sauf sur sa volonté de continuer à expliquer.

Une prestation qui ne convainc pas

Mais cette première étape de son opération de communication, avant une nouvelle interview dimanche face à Edwy Plenel (Mediapart) et Jean-Jacques Bourdin (BFMTV/RMC), est loin d'avoir convaincu. Si les chefs de file de La République en Marche saluent une « hauteur de vue » ou une « volonté sans faille », l'opposition se montre beaucoup moins tendre. La secrétaire générale du parti Les Républicains Annie Genevard regrette ainsi une « distorsion constante entre les faits et les mots ». « Il a beau nous dire 'l'école est importante', dans certains territoires on dédouble les classes et dans d'autres on les supprime », pointe-t-elle.

Plusieurs, comme le secrétaire général du PCF Pierre Laurent ou le chef du groupe LR au Sénat Bruno Retailleau, voient dans la salle de classe choisie comme décor de l'interview une volonté de faire la leçon aux Français.

Pour le député FN Sébastien Chenu, Emmanuel Macron reste sourd aux attentes des Français, tandis que son collègue de la France insoumise Eric Coquerel juge que le chef de l'Etat joue un jeu dangereux. « Ce n'est pas en faisant des interventions lénifiantes et très longues comme aujourd'hui qu'il va réussir à apaiser le pays. Au contraire, même, je pense qu'il se met en première ligne », estime-t-il.

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