France

France: polémique sur un «nouvel antisémitisme»

Des juifs orthodoxes dans les rues de Paris, le 12 juillet 2013.
Des juifs orthodoxes dans les rues de Paris, le 12 juillet 2013. AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Le Coran est-il antisémite ? Les musulmans sont-ils les nouveaux persécuteurs des juifs ? Voilà résumées deux des questions qui agitent les élites intellectuelles françaises depuis dimanche dernier. A l'origine de ce débat, un manifeste publié dans le quotidien Le Parisien, qui a réuni plus de 250 signataires. Ce mardi, trente imams ont décidé de publier à leur tour, dans le journal Le Monde, une tribune dans laquelle ils appellent à combattre la radicalisation mais rejettent toute incrimination du Coran et des musulmans dans leur ensemble.

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Dimanche dernier, une pétition signée notamment par Nicolas Sarkozy, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve ou encore Gérard Depardieu, dénonce « un nouvel antisémitisme » en France, mais aussi de manière plus générale partout en Europe. Selon les signataires de ces 7 paragraphes, cet antisémitisme viendrait avant tout de l'islamisme, voire des musulmans en général. Le texte en veut pour preuve qu'aujourd'hui en France, « selon des chiffres du ministère de l'Intérieur, les Français juifs ont 25 fois plus de risques d'êtres agressés que les concitoyens musulmans ». La pétition précise également qu’en dix ans, dix personnes ont été tuées en France en raison de leur confession juive par des « islamistes radicaux ».

Des tournures fortes

Certaines des tournures employées dans le texte ont suscité de vives réactions parmi les élites intellectuelles. A titre d’exemple, on peut lire dans le manifeste que « l'antisémitisme musulman provoquerait une épuration ethnique à bas bruit »,  notamment dans certains quartiers sensibles d'Ile-de-France, contraignant des familles juives à déménager car elles ne seraient « plus en sécurité dans certaines cités ».

Autre phrase forte du texte, cette fois pour dénoncer le silence de certains hommes politiques face à la radicalisation islamiste : « Au vieil antisémitisme d’extrême droite s’ajoute une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société ». Selon les signataires, tout cela par simple calcul électoral « parce que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif ».

Vive polémique et réponse des imams

La pétition parue dimanche dernier dans Le Parisien demande enfin que « les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d'obsolescence par les autorités théologiques ». Autrement dit, les 250 signataires demandent une clarification voire une modification des interprétations possibles du texte sacré.

Ce mardi, trente imams de la France entière ont à leur tour publié une tribune dans Le Monde. Selon l’instigateur de ce manifeste, l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou, il ne s’agit pas directement d’une réponse à la pétition, mais le texte sonne néanmoins comme un écho à la publication de dimanche. Sur plusieurs pages, les imams déplorent que « l'islam soit tombé dans les mains d'une jeunesse ignorante, perturbée et désœuvrée », emmenée par « des théoriciens qui proposent un sens dévoyé du martyr ». Pour ces imams, c'est la radicalisation qu'il faut combattre et non le Coran et les musulmans en général.

Selon eux, le manifeste publié dans Le Parisien, « avance l'idée que le Coran appellerait au meurtre et laisserait entendre que le musulman ne peut être pacifique que s'il s'éloigne de la religion ». Des propos que les imams qualifient « d'une violence inouïe ».

Prises de position individuelles

Entre ces deux tribunes, le débat est également agité par des prises de position individuelles comme celle de Dalil Boubakeur. Le recteur de la grande mosquée de Paris a réagi, lundi, en qualifiant le manifeste paru dans Le Parisien « d'un procès injuste et délirant ». Selon lui, ce texte « présente le risque patent de dresser les communautés religieuses entre elles », et il rappelle que « les citoyens français de confession musulmane n'ont pas attendu cette tribune pour dénoncer l'antisémitisme sous toutes ses formes ».

Enfin, quelles que soient les positions de chacun sur le sujet, cette tribune et les réactions qu'elle déclenche, révèlent, selon l’essayiste Pascal Bruckner lui-même signataire de la pétition, « une inquiétude » à laquelle il faut « répondre par une volonté de cohésion ».

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