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France

1er-Mai à Paris: en 2018, que reste-t-il sous les pavés?

A Paris, ce mardi 1er mai 2018, certains ont manifestement souhaité vérifier ce qu'il y avait sous les pavés.
A Paris, ce mardi 1er mai 2018, certains ont manifestement souhaité vérifier ce qu'il y avait sous les pavés. REUTERS/Christian Hartmann
Texte par : RFI Suivre
10 mn

La manifestation parisienne du 1er-Mai a été émaillée de violences ce mardi. La police attendait des casseurs, mais pas autant ; les éléments radicaux « Black Blocs » étaient 1 200, sur les 14 500 personnes hors cortège syndical recensées par la préfecture. Côté cortège, la police a recensé 20 000 manifestants et la CGT 55 000. Le ministre de l'Intérieur assure que les autorités devront s'adapter à cette nouvelle donne, qui traduit aussi et surtout le fait que 50 ans après Mai-68, une partie des Français considère que les luttes continuent et qu'une « convergence » s'impose.

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Il y avait autrefois les « gauchistes Marcellin », du nom du ministre de l'Intérieur du général de Gaulle en mai 1968. Faudra-t-il désormais parler des « Black Blocs Collomb » ? Ce mardi, des casseurs encagoulés et vêtus de noirs, souvent équipés de masques à gaz et de lunettes de piscine, sont venus perturber les cortèges, casser des vitrines et brûler des voitures, en marge de la manifestation parisienne du 1er-Mai, la fête du Travail.

« La police avait prévenu du risque qui existait sur les réseaux sociaux d’organisations structurées, d’attaques contre les forces de l’ordre ou contre l’entourage de la manifestation. Donc, les forces de l’ordre, notamment les CRS, sont particulièrement formées à éviter tout dérapage qui amènerait des morts comme en 1968, notamment quand il y a une foule de manifestants qui sont pris en otage par les casseurs », confie Alain Bauer, professeur de criminologie.

→ Lire aussi : A la Une de la revue de presse française, le 1er-Mai des Black Blocs

Alain Bauer, professeur de criminologie, prône le «doigté» et la «flexibilité» face aux nouveaux réseaux

Sur France 2, au lendemain des faits, le locataire de la place Beauvau, Gérard Collomb, a indiqué que les forces de l'ordre avaient interpellé 283 personnes. Quelque 109 d'entre elles ont été placées en garde à vue. Le ministre a rejeté la polémique naissante à droite sur la réaction des autorités et l'étendue des dégâts, soulignant que lancer la charge aurait provoqué des blessés. Et d'ajouter que la préfecture de police s'attendait à la venue de « 500 à 600 » militants radicaux.

Or, c'est le double qui a convergé à Paris. Pendant le défilé, ils étaient environ 1 200. Bilan : quatre personnes ont été blessées légèrement, dont un CRS qui a reçu un pavé dans le dos, selon la préfecture de police. Les casseurs ont dégradé 31 commerces, dont deux ont été incendiés. Ils ont brûlé six véhicules et en ont dégradé 10 autres. Parmi les enseignes vandalisées, un restaurant « fast food », un concessionnaire de voitures...

En somme, des symboles du capitalisme, aux yeux des casseurs. Les rares fois où ces jeunes gens s'expriment, ils disent d'ailleurs s'attaquer à la violence, selon eux, de ce système capitaliste dans lequel ils vivent. En marge des évènements, un jeune homme encagoulé a évoqué sur une chaîne de télévision la violence avec laquelle l'environnement est détruit, ou encore celle, selon lui, de la police qui « détruit les tentes des migrants ».

« On ne doit pas commémorer 68, mais continuer la lutte que les camarades ont menée »

Sur les chaînes de télévision, les images de poubelles et de voitures en flammes ont tourné en boucle. Il a surtout été question de cela, de la violence des casseurs. De quoi finalement occulter toutes les griefs des manifestants, mais aussi les éventuelles revendications des casseurs eux-mêmes. Dommage, car il ne s'agit pas d'un 1er-Mai comme les autres. Cette année, tous les regards sont tournés vers Mai-68, puisque cela fait exactement 50 ans.

A l'époque, les révoltes étudiantes et les grèves des ouvriers avaient donné lieu à ce qu'on appelait déjà « la convergence des luttes », phénomène que les manifestants du 1-Mai 2018 citent souvent. « Cinquante ans après, finissons Mai-68 », a-t-on pu lire sur une grande pancarte rouge mardi à Paris. Cet étudiant en archéologie, qui se fait appeler Camille, explique : « Il y a des combats qui ont commencé en Mai-68, qui ne sont toujours pas terminés. »

Et de citer, au micro de notre envoyée spéciale Christine Siebert, « tout ce qui est combat écologique et combat pour une démocratie plus directe, ce qui nous manque actuellement ». Il aurait tout aussi bien pu ajouter, en cette année 2018 marquée notamment par le mouvement #MeToo, le féminisme. « Ça fait 50 ans qu’on attend et il va falloir commencer à se dépêcher, parce que sinon, eh bien ça risque d’être trop tard, comme c’est indiqué sur la pancarte, en fait », conclut Camille.

→ Écouter sur RFI ce mercredi 2 mai : 50 ans après Mai-68, que veut dire militer en 2018 ?

Thierry, infirmier en psychiatrie, se réfère lui aussi à Mai-68. Les enjeux n'ont pas changé, estime-t-il : « L’exploitation par le système capitaliste n’a jamais été aussi importante. Je n’ai pas le Bac sur moi, mais j’ai aussi une activité et droit au logement. On se bat pour que chacun puisse avoir un logement digne. En 1968, c’était déjà des choses portées. On ne doit pas commémorer 68, mais continuer la lutte que les camarades ont menée. Sur le terrain, au plus près des gens. »

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Dans le cortège, on aperçoit ce slogan : « Etudiants, profs, cheminots, Ephad, c'est tous ensemble qu'on va gagner ». Proclamation d'une banderole portée par des syndicalistes de la Confédération générale du travail (CGT), acteur majeur du mouvement de Mai-68. Avec le retour du soleil, sans aucun doute, nombreux sont ceux qui croient encore à la fameuse « convergence des luttes », alors que le jeune Macron a remplacé le vieux général de Gaulle.

regard décalé de notre envoyé spécial Stéphane Lagarde

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