Hulot présente son «plan hydrogène», sans les moyens de ses ambitions

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, la veille du sommet pour le climat de Paris du 12 décembre 2017.
Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, la veille du sommet pour le climat de Paris du 12 décembre 2017. REUTERS/Charles Platiau

Après son échec sur le glyphosate, il souhaite rebondir. Ce vendredi, le ministre de l'Environnement Nicolas Hulot a présenté un plan pour « faire de la France un leader mondial de l’hydrogène », une énergie qu'il présente comme l'une des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Si cette technologie émergente est effectivement intéressante, elle n'est pas parfaite pour autant et requiert de gigantesques investissements pour se développer industriellement.

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Nicolas Hulot veut faire de l’hydrogène, qu’il présente comme une des sources d'énergie propre du futur, une ambition française. Il a présenté ce vendredi son « plan hydrogène », destiné à développer la filière aussi bien dans le domaine des transports que la production d’électricité ou le stockage.

Utilisé comme carburant dans les véhicules électriques équipés de piles à combustible, l’hydrogène permet de faire avancer bateaux, trains et voitures sans émettre de gaz à effet de serre. Il semble, de prime abord, paré de toutes les vertus car sa combustion ne produit que de l'eau.

Une source d’énergie propre ?

On trouve très peu d'hydrogène sous sa forme exploitable sur Terre. Il n’est pas une source d’énergie, mais un vecteur énergétique : il doit donc être produit puis stocké avant d’être utilisé. Pour le produire, plusieurs méthodes existent. La plus utilisée s'appelle le reformage du méthane, et consiste à prendre du méthane et le chauffer dans un bain de vapeur d'eau. Cela donne de l'hydrogène, mais également… du CO2, un gaz à effet de serre.

L'autre méthode consiste à faire passer un courant électrique dans de l'eau : c'est l'électrolyse. Cela produit l’hydrogène et de la vapeur, un rendu a priori « propre ». Il faut cependant considérer que cela demande une grande puissance électrique, qui provient aujourd’hui à 95% soit du nucléaire, soit des centrales à charbon, qui sont des énergies fossiles. Ce raffinage émet « 7,5% des émissions de gaz à effet de serre », détaille une étude de l'ADEME publiée en avril 2018.

Un montant qui n’est « pas à la hauteur des enjeux »

Autre problème : cette technologie émergente demande, pour se développer industriellement, de gigantesques investissements. Entre 5 et 10 milliards d'euros sont nécessaires pour développer les infrastructures et la production d'hydrogène en France d'ici à 2030, selon une récente étude du cabinet McKinsey. Or le plan de Nicolas Hulot ne prévoit qu’une enveloppe de 100 millions d’euros, qui serait gérée par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Une somme disponible dès 2019 qui doit servir à cofinancer les projets de développement de la filière.

« C'est peanuts, cette somme n'est pas à la hauteur des enjeux », s'inquiète dans Le Figaro Lucien Malais, fondateur de H2V, qui compte lever 1,5 milliard d'euros pour construire trois usines d'électrolyse en France.

Le soutien de l’industrie, un prérequis

Pour suivre les objectifs de Nicolas Hulot, les constructeurs français doivent investir. Pour l'instant, ils hésitent, à l'inverse des constructeurs asiatiques, qui produisent déjà des milliers de voitures qui roulent à l'hydrogène. En France, l’objectif de Nicolas Hulot est d'atteindre 5.000 véhicules en circulation d'ici 2023, contre un peu plus de 250 actuellement en service. Les véhicules visés sont surtout les utilitaires (taxis, engins de chantiers, etc.) et les véhicules lourds (bus, camions, trains). L’enveloppe devrait également servir à installer 100 stations-service hydrogène contre une vingtaine aujourd'hui.

Le pays peut compter sur des acteurs comme Air Liquide, numéro 2 mondial de la production d'hydrogène, qui possède trois stations hydrogène en Île-de-France destinées à recharger les véhicules électriques dotés d’une pile à combustible. Dans les Yvelines, à Versailles, deux bus à hydrogène devraient circuler dès janvier 2019. Ces véhicules ne fonctionnent pas grâce à de l’électricité stockée dans une batterie, mais directement produite à bord grâce à la pile alimentée par l’hydrogène qui réagit avec l’oxygène de l’air. La mise en service de cette ligne sera la première en France fonctionnant avec des bus à hydrogène.

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