France

Affaire Benalla: l'opposition accentue la pression

Pour Marine Le Pen, «l'affaire Benalla s'est transformée en affaire Macron». Ici à Rodez, pendant la campagne de la présidentielle Emmanuelle Macron (c) et Alexandre Benalla (g) chef de la sécurité, le 5 mai 2017.
Pour Marine Le Pen, «l'affaire Benalla s'est transformée en affaire Macron». Ici à Rodez, pendant la campagne de la présidentielle Emmanuelle Macron (c) et Alexandre Benalla (g) chef de la sécurité, le 5 mai 2017. REUTERS/Regis Duvignau

Alors qu'Alexandre Benalla, le collaborateur d'Emmanuel Macron qui a frappé deux personnes lors des manifestations du 1er mai, a été déféré samedi soir au tribunal en vue de sa présentation à un juge d'instruction, a fait savoir le Parquet. Les chefs de l'opposition sont en première ligne pour cogner sur le chef de l'Etat.

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Cinq personnes doivent être présentées à un juge d'instruction ce dimanche. Outre Alexandre Benalla, accusés notamment de violences et usurpation de fonction, trois policiers soupçonnés de lui avoir transmis des images de vidéo-surveillance filmées au moment des faits, ainsi qu'un employé de LREM et réserviste de la gendarmerie, Vincent Crase, seront déférés au parquet dans la perspective de l'ouverture d'une information judiciaire.

La femme et l'homme frappés par le collaborateur d'Emmanuel Macron lors des manifestations du 1er mai ont par ailleurs été identifiés et ont demandé à être entendus ultérieurement par les enquêteurs.

Au cœur de la tourmente, le chef de l'Etat est jusqu'à présent resté silencieux. Il devait passer le week-end à travailler à Paris ou à La Lanterne à Versailles. L'opposition, elle, maintient une haute pression sur l'exécutif pour obtenir des explications sur le rôle de M. Benalla, qui a été vu dans des vidéos en train de frapper ou malmener des manifestants alors qu'il était invité comme observateur dans le dispositif policier pour encadrer les défilés de la fête du Travail.

L'un après l'autre, les chefs de file de l'opposition à l'Assemblée nationale sont ainsi tombés à bras raccourcis sur Emmanuel Macron. Pour Jean-Luc Mélenchon, l'affaire est comparable à celle du Watergate qui provoqua la chute du président américain Richard Nixon en 1974. Laurent Wauquiez a pour sa part dénoncé « le sentiment de favoritisme aveugle et d'impunité presque infantile » régnant au sommet de l'Etat. Les responsables LR ont particulièrement pointé le fait que Alexandre Benalla ait été le détenteur d'un badge lui donnant accès à l'Assemblée nationale. Un badge attribué sur «demande du directeur de cabinet» d'Emmanuel Macron, mais désactivé vendredi précise la présidence de l'Assemblée. Quant à Marine Le Pen, elle a estimé que « l'affaire Benalla s'est transformée en affaire Macron ».

La même Marine Le Pen s'en est prise au chef de La République en marche Christophe Castaner. Alors qu'il parlait à des journalistes dans la salle des Quatre Colonnes, la patronne du Rassemblement national l'a copieusement invectivé, lui reprochant notamment son absence de l'hémicycle. S'en est suivie une vive altercation.

Le Pen et Castaner s'écharpent au Palais Bourbon

Les ténors de l'opposition poussent ainsi leur avantage face à un pouvoir abasourdi. A droite, comme à gauche, la stratégie est claire : accentuer la pression sur l'exécutif et affaiblir Emmanuel Macron. A l'Assemblée nationale, les députés de l'opposition poussent pour que les très proches du chef de l'Etat soient auditionnés par la commission d'enquête parlementaire, et pas seulement la dizaine de personnes que propose la majorité. Les Républicains réclament ainsi d'entendre jusqu'au secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler et Christophe Castaner, délégué général de La République en marche. Les Insoumis demandent impérativement la présence d'Alexandre Benalla.

Les députés continuent aussi de paralyser l'examen du projet de loi constitutionnel, une réforme majeure du quinquennat. Depuis trois jours, les rappels à l'ordre et les suspensions de séance se multiplient sans que la majorité ne parvienne à reprendre la main. « Vous voulez absolument lier deux sujets qui n'ont pas de connexion, l'un relève d'une affaire individuelle, l'autre d'une question d'intérêt collectif », a lancé la ministre de la Justice Nicole Belloubet. Rien n'y a fait. La séance nocturne qui devait se tenir ce samedi soir a été annulée après des heures de dialogue de sourds. L'opposition a réclamé une suspension jusqu'à la semaine prochaine, mais le gouvernement souhaite la poursuite des travaux qui doivent reprendre ce dimanche matin.

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