France

Avec la fin d’Autolib' à Paris, quel avenir pour les déplacements partagés ?

Une station d'Autolib à Paris.
Une station d'Autolib à Paris. REUTERS/Charles Platiau

Le service de voitures électriques partagées Autolib' dans la région parisienne s'arrête officiellement ce mardi 31 juillet. Les communes ont choisi de résilier leur contrat avec l'entreprise, un des fleurons du groupe Bolloré.

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Dernier tour de piste pour les Autolib'. A 23H59 ce mardi soir, les stations seront toutes hors service et les voitures inutilisables. Les 150 000 abonnés au service de voitures électriques vont devoir trouver des solutions alternatives. Une fin programmée à la suite d’un désaccord entre le syndicat Autolib' Vélib métropole et le groupe Bolloré. Ce dernier réclame désormais 250 millions d’euros aux communes d’Ile-de-France.

Parmi les usagers réguliers, beaucoup regrettent la fin du système, jugé innovant lors de son lancement en 2011. Arsène Thouvenin, rencontré lors de son avant dernière location, prenait une autolib tous les jours. « C’est très pratique. Je mets un quart d’heure à rejoindre mon lieu de travail. Sans Autolib', ce sera une heure au moins avec les transports en commun, car il n’est pas question pour moi d’acquérir une voiture », précise le jeune homme.

Anne Hidalgo, la maire de Paris mise pourtant sur le partage des voitures ou des vélos en ville. Une voiture partagée engendre moins de voitures individuelles dans la métropole. A la clé, c’est moins de pollution. Surtout lorsque la mairie envisage d’interdire les voitures thermiques, essence ou diesel, à l’horizon 2023.

Un service jamais à l’équilibre

Pour le groupe Bolloré, le maintien du service n’était pas envisageable. D’après l’entreprise, Autolib' souffrait d’un déficit structurel. Vincent Bolloré a donc lancé un ultimatum fin mai aux collectivités d'Ile de France, en réclamant le versement de 40 millions d'euros par an aux communes.

La ville de Paris a donc refusé de payer et demande quelques jours plus tard la résiliation du contrat. Car elle est majoritaire dans le syndicat qui gère Autolib', dont la municipalité possède 55%. Pour Catherine Baratti Elbaz, la présidente du syndicat, « Autolib' n’a jamais atteint les objectifs fixés, à savoir au moins 200 000 abonnés. Ce n’était pas tenable pour nous non plus et c’est une page qui se tourne. »

En clair, les voitures restent stationnées trop longtemps et ne sont pas assez louées. Le contrat désormais résilié, le groupe Bolloré demande 250 millions d'euros aux communes, par la voix de la présidente de Blue Solutions, Marie Bolloré.

Les usagers ont le sentiment d’un immense gâchis. Pour les 4 000 véhicules électriques, en état de marche, direction la casse. Pour les bornes de stationnement, la question n’est pas tranchée. « Ce sera aux communes de voir au cas par cas ce qu’elles veulent en faire, précise Catherine Baratti Elbaz. Il faudra voir si les stations sont en état de marche, et une remise aux normes s’imposera, notamment pour s’adapter aux nouveaux usages et aux nouvelles voitures électriques, qui ont besoin de plus de courant. »

En attendant, les places de parking libérées seront affectées à d’autres usages. Elles sont pour l’instant réservées - une fois les Autolib' retirées - aux seuls résidents d’Ile de France, qui possèdent un véhicule électrique.

Certaines entreprises lorgnent sur le marché de l’autopartage, comme Renault ou PSA. Mais pas selon la même formule, et avec moins de voitures.

Vandalisme et mauvaise image

Ces services de partages pâtissent aussi du comportement de certains usagers. Pas toujours respectueux les uns envers les autres au moment de rendre les voitures. Le constat désole Michel Wievorka, sociologue et président de la Maison des Sciences de l'homme : « Il y a un problème de culture de la responsabilité. C’est le côté archaïque de notre culture qui surnage en même temps qu’elle se transforme. Les choses ont certes progressé, mais pas suffisamment. »

Le système de bornes, de stations fixe est jugé trop lourd par les acteurs du marché. Le modèle dit « sans attaches », de « free floating » prend de l'ampleur. A savoir sans stations, ni bornes.

Des trottinettes en libre-service commencent à arriver à Paris. Un nouveau mode de partage importé depuis San Francisco. D'après Brice Grimault, étudiant en géographie qui signe un mémoire sur le sujet, l'innovation modifie le rapport des citadins à la ville. « Les habitants peuvent se déplacer différemment et aborder son espace d’une autre manière. Avec ces nouveaux modes de transport partagés, il ira dans des lieux où il n’a pas l’habitude d’aller. Puisqu’il pourra stationner et quitter son véhicule où bon lui semble ».

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