Accéder au contenu principal
Lieux oubliés

Lieux oubliés: les vestiges des expositions coloniales au Bois de Vincennes

Un vestige de l’Exposition Coloniale de 1907 au Jardin d’Agronomie Tropicale.
Un vestige de l’Exposition Coloniale de 1907 au Jardin d’Agronomie Tropicale. RFI/Kyra Alessandrini
Texte par : Kyra Alessandrini
6 mn

En 1907 et 1931, deux expositions coloniales ont eu lieu au Bois de Vincennes. Aujourd’hui, on y retrouve de rares vestiges disséminés à travers le parc. A l’image des mémoires de cette époque coloniale, ces anciens bâtiments sont pour la plupart voués à l’abandon. Retour sur les traces de cette époque révolue au cœur du plus grand espace vert de Paris.

Publicité

C’est à l’Orée du Bois, dans le XIIe arrondissement de Paris, que se trouve le Jardin d’Agronomie Tropicale. En 1907, l’espace abrite la première exposition coloniale du Bois de Vincennes. Chargé d’histoire, le lieu reste pourtant méconnu du public. Après avoir franchi la barrière du jardin, on se retrouve face à une porte chinoise. En 1907, elle indiquait aux visiteurs l’entrée de l’exposition. Passé celle-ci, le Jardin d’Agronomie Tropicale compte de nombreux autres vestiges datant de l’exposition coloniale. Anciens pavillons coloniaux voués à l’abandon, statues imposantes dissimulées entre les arbres… car on s’enfonce dans le jardin comme dans un labyrinthe, dont chaque chemin mène à un vestige issu de Madagascar, d’Indochine ou encore de Tunisie. Aujourd’hui, on y trouve également de nombreux monuments érigés en hommage aux soldats des colonies, morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale.

Des zoos humains à l’exposition de 1907 et en marge de celle de 1931

L’exposition coloniale de 1907 est particulière pour avoir tenu des zoos humains. Aujourd’hui, les pavillons coloniaux en sont l’unique trace au sein du Jardin d’Agronomie Tropicale. Quelques années plus tard, lors de l’exposition coloniale de 1931, les zoos humains furent interdits par Paul Reynaud, le ministre des Colonies de l’époque. Selon Philippe Evanno, professeur à l’Université Paris-Sorbonne, cela est dû à un « changement complet » des mentalités de l’époque.

Un changement en partie amené par la participation de combattants africains au cours de la Première Guerre mondiale et à une meilleure connaissance des territoires colonisés. L’historien insiste cependant sur l’idéologie raciste qui prédominait à l’époque de la IIIe République. Cela explique donc la tenue de zoos humains en marge de l’exposition coloniale de 1931. Des Kanaks, habitants autochtones de Nouvelle-Calédonie, furent exhibés au Jardin d’Acclimatation. Ces « indigènes » étaient chargés de recréer leurs coutumes de façon exagérée et humiliante. Aujourd’hui, il faut compter sur la mémoire d’autrui pour être au courant de ces événements. Une jeune Calédonienne, qui a accepté de répondre à nos questions, l’affirme : « Cela n’a pas été abordé dans mon programme scolaire. J’ai eu connaissance de ces événements […] par mes parents, ma famille, mes amis. ».  C’est en somme une mémoire qui, un jour, pourrait bien disparaître.

Aujourd’hui, les seuls pavillons témoignant de l’exposition de 1931 sont ceux du Togo et du Cameroun. Si celui du Cameroun n’a pas été rénové, celui du Togo a été converti en Centre bouddhique international.

Le Pavillon du Togo de l’Exposition Coloniale de 1931. Aujourd’hui rénové en Centre Bouddhique.
Le Pavillon du Togo de l’Exposition Coloniale de 1931. Aujourd’hui rénové en Centre Bouddhique. RFI/Kyra Alessandrini

Evénement de propagande coloniale

En 1931, l’exposition coloniale a pour but de faire découvrir aux Français la richesse culturelle et économique de l’empire. Avec ses 8 millions de visiteurs, c’est une des plus grandes expositions du XXe siècle. Spectacles exotiques, tours à dos de chameau, possibilité de faire « le tour du monde en un jour »*… autant d’activités et de promesses qui attiraient les familles et de nombreux groupes scolaires. Cependant, l’exposition coloniale de 1931 est également organisée dans un but économique. Pour les hommes d’affaires voulant investir dans l’empire, c’est un précieux lieu d’information. En effet, de nombreux stands publicitaires étaient tenus par des marques telles que Banania et Louis Vuitton.

La trace la plus signifiante de l’exposition coloniale de 1931 reste le Palais de la Porte Dorée. Aujourd’hui classé monument historique, il était à l’époque nommé « Musée des Colonies ». C’est le seul bâtiment construit dans le but de subsister à l’exposition coloniale. Il illustrait un de ses buts principaux : éduquer et exposer tous les Français à l’étendue de leur empire colonial. Car la France constituait la deuxième plus grande puissance coloniale au monde après le Royaume-Uni. Lors de son discours d’inauguration de l’événement, le ministre des Colonies Paul Reynaud affirme lui-même que « le but essentiel de l’Exposition est de donner aux Français conscience de leur Empire » et qu’« il faut que chacun de nous se sente citoyen de la Grande France. ».

Un passé aujourd’hui compliqué à envisager

Aujourd’hui, le Palais de la Porte Dorée abrite le Musée national de l’histoire de l’immigration. Hélène Orain, directrice générale du Palais de la Porte Dorée, nous indique que c’est à ce jour « Le seul musée en Europe […] entièrement consacré à l’histoire de l’immigration ». Le Palais de la Porte Dorée emprunte ainsi une démarche éducative. Ce bâtiment est l’occasion de raconter l’histoire de l’immigration, au-delà de celle des colonies. « Une de nos missions est de contribuer à ce que les regards sur l’immigration changent dans la société française, […] qu’on passe d’un regard de méfiance, de peur, à une ouverture positive […] parce que la France est un pays d’immigration ».

Cependant, les vestiges de ces expositions coloniales restent rares ou peu connus du grand public. En effet, le passé colonial français est souvent considéré comme étant honteux ou peu glorieux. Pour Philippe Evanno, « on est une génération de Français qui n’assume pas » la colonisation. Ces grands événements ont cependant contribué à façonner Paris telle qu’elle est aujourd’hui. L’exposition de 1931 a, par exemple, contribué au rallongement de la ligne 8 du métro jusqu’à la Porte Dorée et a tracé de nouveaux axes dans les quartiers de Bel-Air et Picpus. Certaines rues du XIIe arrondissement ont même été baptisées du nom des militaires, missionnaires et explorateurs célèbres des colonies. Un hommage qui ne fait forcément pas l’unanimité.

* Ce slogan était utilisé pour promouvoir l’exposition coloniale de 1931.

►Notre série sur les  Lieux oubliés

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.