France

Economie: le «made in France» veut surfer sur la vague bleu-blanc-rouge

Le Coq sportif, une marque française...
Le Coq sportif, une marque française... REUTERS/Benoit Tessier

Le salon du « made in France » vient de fermer ses portes à Paris. Des chaussettes aux jeans, en passant par la lingerie fine, shampooing ou les sacs poubelles, l'offre bleu-blanc-rouge était variée. Alors que l'industrie française a décliné au fil des délocalisations, depuis quelques années un engouement s'est renoué autour du « fabriqué en France ». Mais est-ce que cela se traduit concrètement dans l'économie française et qu'est-ce réellement que le « made in France » ? Le point.

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La mention « made in France » inscrite sur l'étiquette signifie uniquement que la dernière modification substantielle s'est faite en France. Pour rassurer davantage le consommateur, différents labels ont donc vu le jour. La certification Origine France Garantie, octroyée à 600 entreprises, apporte un gage en vérifiant le respect d'un cahier des charges. Mais, cela ne veut pas dire que le produit fini soit 100% « made in France », faute parfois de matière première, ou de composants disponibles en France, par exemple. Julien Vialar, d'Origine France Garantie, détaille les critères pris en compte : « On se base sur deux critères. Le premier critère veut que 50% à 100% du prix de fabrication du produit soit d'origine française. Le deuxième critère, c'est que les caractéristiques essentielles du produit doivent être acquises sur le territoire français. »

Made in France : un argument de vente

L'économie est tellement mondialisé que l'Organisation mondiale du commerce estime que de plus en plus les produits sont « made in the world », faits dans le monde. Lionel Fontagné, professeur d'économie à la Sorbonne, note d'ailleurs que l'industrie française est très intégrée dans les chaînes de valeurs internationales : « Quand on exporte 100 euros de produits industriels français, ces 100 euros se divisent en réalité en trois tiers. Il y a un premier tiers qui correspond vraiment à de la fabrication industrielle française, il y a un deuxième tiers qui correspond à des services français utilisés comme consommation intermédiaire par les industriels français, et le troisième tiers, ce sont des importations achetées par les entreprises françaises pour produire en France. »

Alors, le « made in France » se porte-t-il bien ? En termes de marketing, en tout cas, il a le vent en poupe. Il prend même corps dans le nom des marques. Ces dernières années, on a vu naître le Slip français, le Garçon français, et même le Biberon français. Fabienne Delahaye, présidente du salon, met aussi en avant le développement de l'expo elle-même. « Nous sommes passées de 70 exposants en 2012 à 500 exposants cette année, et de 15 000 visiteurs à plus de 60 000 l'année dernière. Et 75% des visiteurs achètent sur le salon. Par rapport à ce que représente le "made in France", il y a des chiffres extrêmement positifs puisque pour la première fois depuis 40 ans, il y a eu plus de créations d'emploi dans le textile que de destructions. »

Sur le salon, start-up affichant leur croissance jouxtent les sociétés qui ont plus de difficultés et certaines entreprises ne produisent pas tout localement. Les parapluies Neyrat Autun ont été délocalisés dans les années 1990, avant de faire un retour en France. Néanmoins, à côté de son atelier dans l'hexagone, l'entreprise a conservé une production en Asie pour des marques différenciées. Michael Renaud, le dirigeant des établissements Neyrat, assume ce choix. « On souhaite re-attirer le client vers la fabrication française, mais c'est un sacerdoce. On pourrait ne faire que de la fabrication française, mais aujourd'hui on serait des artisans, et pour faire vivre une société de 20 personnes, il faut aussi autre chose. Et notre deuxième activité nous permet aussi d'avoir le temps et la capacité de développer et d'essayer de reconstruire cette fabrication française qui nous tient à cœur. »

Le « made in France », souvent plus cher…

Le « made in France » a beaucoup été mis en avant au cours des campagnes électorales. Mais pas sûr qu'il soit la solution idoine au problème du chômage, comme l'explique Jean-Michel Bezat, journaliste au Monde et auteur de La marque France à l'épreuve de la mondialisation. « Tous les travaux montrent que les relocalisations de ces dernières années n'ont créé que quelques centaines voire quelques milliers d'emplois. A mettre en parallèle avec les 3,5 millions de chômeurs qu'il y a en France. »

Une étude du Cepii, un centre de recherche, incite aussi à prendre en compte l'effet de report de consommation des clients français. Les produits « made in France » sont souvent plus chers. Ce qu'un ménage dépense en vêtements français par exemple, il ne le dépensera plus ailleurs, y compris dans des services générateurs d'emplois.

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