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La voiture électrique, la solution pour baisser les émissions de CO2?

Les voitures électriques - ici la Zoé de Renault - n'occupent pour le moment que 0,5% du marché automobile français.
Les voitures électriques - ici la Zoé de Renault - n'occupent pour le moment que 0,5% du marché automobile français. Christophe Carmarans / RFI

La COP 24, la Conférence des Nations unies sur le climat, commence dans moins de trois semaines avec toujours le même impératif : réduire nos émissions de gaz à effet de serre. En changeant nos modes de transport, par exemple, actuellement le transport est le premier émetteur en France avec plus de 30% des émissions du pays. La voiture électrique est souvent présentée comme l'une des grandes solutions: la France s'est fixé l'objectif de 100% de voitures électriques d'ici 2040, d'autres pays ont des objectifs semblables. Mais de nombreuses voix s’élèvent pour dire que la voiture électrique n'est pas si verte que ça.

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Si la voiture électrique fonctionne avec de l'électricité produite par des centrales à charbon, ça n'a pas d'intérêt, autant rouler à l'essence. L'énergie nucléaire pose, elle, d'autres problèmes : il y a le risque d’accident, les déchets nucléaires sont dangereux... Pour être cohérent, la voiture électrique devrait rouler grâce aux énergies renouvelables. Heureusement, les bonnes initiatives se multiplient. Dans le département des Hautes-Alpes, un nouveau projet pilote a été lancé : L'ombrière de Baratier, « la recharge du futur, autonome et intelligente », selon les inventeurs. Concrètement, c'est un parking avec des toits couverts de panneaux photovoltaïques.

L'énergie solaire produite par ces panneaux peut directement alimenter les voitures électriques et c'est une application « smart » qui invite les automobilistes à venir faire le plein au bon moment.

Stéphane Raizin est le directeur du SyMEnergie, le Syndicat Mixte d'Énergie des Hautes-Alpes : « Si on n’est pas en mode smart, on branche le véhicule à 19h ou à 23h, au moment où, en région, on fait appel aux turbines à gaz et au charbon. Mais grâce à ce fonctionnement « smart », on invite un automobiliste à venir charger son véhicule quand la puissance solaire est à son comble. Si on charge la voiture en plein soleil, on n’aura pas besoin de la charger une fois arrivé à la maison à 19h. Maintenant, comment est-ce qu’on le fait, comment rendre l’automobiliste éco-responsable ? On touche le client par le smartphone, par les applications de la voiture pour l’inviter, pour lui faire des offres commerciales ».

« Lorsqu’on sera en plein soleil, le système local de management de l’ombrière de Baratier va lancer une information à tous les automobilistes géolocalisés, qui ont souscrit à l’offre Premium et qui ont dit : "moi, je suis partant pour participer à la solidarité énergétique". L’idée, c’est d’envoyer à ce moment-là une voiture à Baratier, puisqu’on est en plein flux solaire. Et pour y arriver, on mettra en place un système de bonus-malus par rapport au moment de la consommation. L’autre effet, c’est qu’on pourra ainsi utiliser la voiture non pas seulement comme un outil de déplacement, mais comme une batterie sur quatre roues, donc un outil de stockage », explique Stéphane Raizin.

Des modules de stockage fabriqués avec des batteries de voiture électrique recyclées

L'énergie qui n'est pas directement consommée par les voitures est stockée sur place, mais là encore, le projet innove, puisque les modules de stockage sont fabriqués à partir de batteries de voiture électrique recyclées et reconditionnées. Yann Bideau est assistant en maîtrise d'ouvrage sur cette opération. « L’avantage c’est que cela améliore le cycle de vie des batteries des véhicules électriques parce que quand elles sont en fin de vie dans leur utilisation dans les voitures électriques, elles sont encore à 80% de leurs capacités. Donc, ce serait quand même dommage de les mettre simplement au recyclage dans la mesure où on peut les reconditionner pour en faire quelque chose qui soit du coup utilisable pour ce type d’initiative. »

Mieux vaut pédaler…

Il reste le problème des batteries au sein des voitures électriques. Il faut bien les fabriquer. Pour Stéphane Lhomme, le directeur de l'observatoire du nucléaire, la voiture électrique pollue autant que la voiture thermique : « Je précise d’abord que je ne fais absolument pas la promotion de la voiture thermique, essence ou diesel, qui est une calamité environnementale. Mais la voiture électrique n’est finalement pas mieux, et en particulier à cause des batteries ».

« Pour fabriquer les batteries des voitures électriques, il y a déjà des émissions de CO2 gigantesques qui sont l’équivalent de dix à quinze ans d’utilisation d’une voiture à essence. Des études précises ont été faites par rapport à toutes les procédures industrielles qui sont nécessaires pour fabriquer ces batteries. Et puis, les batteries sont constituées de tout un tas de matériaux nécessitant des mines qui vont causer des dommages environnementaux tout à fait dramatiques », explique Stéphane Lhomme.

La voiture électrique est responsable de déplacements de populations, souligne Stéphane Lhome : « La voiture électrique est donc coupable de toutes ces pollutions, mais aussi de déplacements de populations. Il y a des populations d’Indiens qui vivaient paisiblement dans les Andes depuis des milliers d’années. Et tout d’un coup, on les fait partir en disant : "Vous êtes sur les plus grosses réserves de lithium du monde". Et le lithium, c’est ce qu’on met justement dans les batteries des voitures électriques. En fin de compte, on s’aperçoit que la voiture électrique n’est pas meilleure pour l’environnement que la voiture thermique. »

Beaucoup disent que la meilleure énergie pour se déplacer, ce sont encore les calories qu'on brûle en pédalant... Et qu'en définitive, il faudrait remplacer toutes les voitures, qu'elles soient thermiques ou électriques, par des vélos ou encore des tricycles.

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