France

Alexandre Benalla a utilisé «une vingtaine de fois» ses passeports diplomatiques

Le directeur de cabinet de la présidence française Patrick Strzoda devant la commission d'enquête du Sénat, le 16 janvier 2019.
Le directeur de cabinet de la présidence française Patrick Strzoda devant la commission d'enquête du Sénat, le 16 janvier 2019. Bertrand GUAY / AFP

La commission d'enquête du Sénat auditionnait ce mercredi 16 janvier les ministres de l'Intérieur Christophe Castaner et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ainsi que le directeur de cabinet de la présidence de la République Patrick Strzoda, afin de comprendre comment Alexandre Benalla a pu faire usage de passeports diplomatiques après son licenciement de l'Elysée.

Publicité

Les déclarations de Patrick Strzoda ne sont pas passées inaperçues. Premier à être entendu par la commission d'enquête du Sénat, le directeur de cabinet de la présidence de la République a d'abord confirmé qu'Alexandre Benalla avait bien utilisé des passeports diplomatiques après son licenciement en juillet. « M. Benalla a utilisé presque une vingtaine de fois ses passeports entre le 1er août 2018 et le 31 décembre 2018 », a-t-il précisé.

Patrick Strzoda l'affirme : il a suivi toutes les procédures pour récupérer ces documents, et renvoie vers le ministère des Affaires étrangères. Il déclare également ne pas avoir été au courant des « tribulations » d'Alexandre Benalla, au grand étonnement des sénateurs.

Jean-Yves Le Drian: «J’ai appris le déplacement de monsieur Benalla au Tchad le 24 décembre»

Mais Jean-Yves Le Drian affirme lui n'avoir rien su de ses déplacements  « Le passeport n'est pas un outil de police ou de renseignement. Les propos - même de gens très sérieux - selon lesquels quand on a un passeport diplomatique, le ministre des Affaires étrangères sait où se trouvent tous les titulaires du passeport diplomatique, ce serait alors la fin de l'état de droit », affirme-t-il.

Mais pourquoi a-t-il fallu attendre six mois pour qu’Alexandre Benalla rende ces passeports ? Lenteur des procédures administratives, disent les personnalités auditionnées, sans convaincre le sénateur Jean-Pierre Sueur. « On se retrouve avec un nouveau stock de questions, de contradictions, de carences et de dysfonctionnements. On a bien fait de décider de faire des nouvelles auditions, et nous devons aller jusqu'au bout », insiste-t-il.

Le patron de l'Elysée a également confirmé que l'ancien chargé de mission auprès de l'Elysée n'a pas rendu son téléphone ultra sécurisé après son départ. Mais, a-t-il assuré, ce téléphone a été déconnecté au mois d'octobre. Soit deux mois après son départ, a relevé la commission d'enquête.

Patrick Strzoda a ensuite indiqué qu'Alexandre Benalla n'est jamais revenu à la présidence après son licenciement. Et il accuse son ancien collaborateur d'avoir fabriqué un faux document pour obtenir un second passeport de service. La justice a été saisie.

Un soupçon de fraude confirmé par Christophe Castaner, auditionné à son tour par la commission. Comme Patrick Strzoda, le ministre de l'Intérieur a renvoyé vers le ministère des Affaires étrangères. « Techniquement le ministère de l'Intérieur n'est pas en mesure, dès lors que ces passeports ne relèvent pas du ministère de l'Intérieur, de pouvoir empêcher leur utilisation sauf dans certains cas si on est sur une procédure judiciaire », a déclaré Christophe Castaner. Et d'expliquer longuement qu'il est possible d'intervenir si les passeports diplomatiques – qui relèvent du ministère des Affaires étrangères – sont déclarés volés ou perdus, mais pas s'ils sont « invalidés » parce que le détenteur a perdu ses fonctions.

Tout le monde a désormais les yeux rivés sur la deuxième audition d’Alexandre Benalla, lundi prochain.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail