France

Usage du LBD: le Conseil d'Etat doit trancher avant une nouvelle manifestation

Les forces de l'ordre françaises, munies de LBD lors de «l'acte V» du mouvement des «gilets jaunes», le 15 décembre dernier à Paris.
Les forces de l'ordre françaises, munies de LBD lors de «l'acte V» du mouvement des «gilets jaunes», le 15 décembre dernier à Paris. Valery HACHE / AFP
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Faut-il suspendre l’usage du LBD 40, ce lanceur de balles de défense utilisé par les forces de l’ordre et qui aurait causé plusieurs dizaines de blessés graves dans les rangs des « gilets jaunes » ? Le Conseil d’Etat doit se prononcer sur cette question dans les prochains jours après des recours déposés par la CGT et la Ligue des droits de l’homme et alors qu'une nouvelle mobilisation de « gilets jaunes » doit avoir lieu samedi.

Publicité

Le Conseil d'Etat a examiné mercredi des recours déposés en urgence pour obtenir la suspension de l'usage du lanceur de balles de défense (LBD) dans les manifestations.

Le LBD peut-il servir au maintien de l'ordre ? La réponse tombera dès jeudi soir, vendredi matin au plus tard, a promis le président, flanqué pour l'occasion de deux autres magistrats, à l'issue d'une audience de près de trois heures - durée rare - particulièrement tendue.

« Des responsabilités un jour ou l’autre »

Pour Arié Alimi, avocat au barreau de Paris et membre de la Ligue des droits de l'homme (LDH), « il est temps de cesser d’utiliser du matériel de guerre contre des civils » : « Il y aura des responsabilités un jour ou l’autre. [...] Bien évidemment, il y a de la violence contre les fonctionnaires de police. Mais ce ne sont pas ces armes qui permettent d’éviter la violence et de se protéger. Depuis toujours en France, il n’y avait pas ces armes et pourtant, le maintien de l’ordre pouvait se dérouler correctement. Dans la plupart des autres pays de l’Union européenne et de l’Europe, ces armes ne sont pas utilisées. »

 → A (RE)LIRE : Loi «anti-casseurs»: un texte controversé devant l'Assemblée

Lors de l'audience devant le Conseil d'Etat, une représentante du ministère de l'Intérieur a indiqué que le LBD avait été utilisé dans « 9 228 cas » lors de manifestations de « gilets jaunes » depuis le début du mouvement de contestation sociale mi-novembre. Et pour lesquels 111 enquêtes ont été ouvertes par l'Inspection générale de la police (IGPN).

Pascale Léglise a également précisé lors de cette audience que « le LBD [était] une arme utilisée dans les attroupements, pas dans les manifestations pacifiques. Il faut que le policier soit en état de légitime défense ou incapable d'assurer la défense du terrain qu'il est censé défendre [pour l'utiliser] ».

En tête de cortège

La décision du Conseil d'Etat est attendue alors qu'une nouvelle mobilisation des « gilets jaunes » doit se dérouler ce samedi en France.

Les blessés lors des rassemblements précédents devraient ouvrir le cortège parisien. Parmi eux, Jérôme Rodrigues, blessé à l’œil à cause d’un tir de lanceur de balles place de la Bastille samedi dernier - version contestée par la police. Cette figure du mouvement espère que cette marche permettra une prise de conscience dans l’opinion publique sur la question des violences policières.

« Je pense que là, certaines personnes pas forcément acquises à la cause des "gilets jaunes" ont compris qu’il y avait un certain malaise, affirme-t-il. On est toujours sur du visuel. On est toujours sur de l’impact médiatique. Et si les télés font leur rôle et que gens verront le nombre de gueules cassées. Ça peut jouer aussi sur leur cerveau de se dire que là, il y a un problème dans ce pays. »

Une vidéo amateur diffusée par l'émission Quotidien (TMC) et le rapport d'un policier relancent l'hypothèse d'un tir de LBD juste avant la blessure à l'oeil de Jérôme Rodrigues samedi place de la Bastille à Paris. L'Inspection générale de la police nationale a été saisie.

(avec AFP)

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail