France / Logement

France: la Fondation Abbé-Pierre veut mettre fin aux «sorties sèches»

Une femme sous une couverture dans une rue de Paris.
Une femme sous une couverture dans une rue de Paris. AFP PHOTO JOEL SAGET

La Fondation Abbé-Pierre (FAP) présente ce vendredi 1er février à la Grande arche de la fraternité de la Défense à Paris son 24e rapport sur le mal-logement. Cette année, elle met un coup de projecteur sur les difficultés d’accès au logement rencontrées par les personnes sortant de prison, d’hospitalisation psychiatrique et des dispositifs de la protection des enfants.

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Chaque année, 60 000 personnes sortent de détention, 27 000 des foyers ou des familles d’accueil de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Quelques milliers quittent les hôpitaux psychiatriques. Sans accompagnement ni solution de logement, elles se retrouvent souvent à la rue.

« Ce que l’on retrouve de commun dans ces trois institutions, c’est que plutôt que d’être un nouveau départ, la sortie est une rupture de plus, explique Manuel Domergue de la Fondation Abbé-Pierre. Quand on dit à des gens qui sortent de prison parfois après 10 ans, 15 ans " vous appelez le 115 quand vous êtes dehors ", quand on dit à quelqu’un qui a passé 15 ans en hospitalisation psychiatrique "appelez le 115 ", c’est vraiment scandaleux. On s’aperçoit que sur les jeunes à qui l’ASE a dit de partir 18% dans l’année qui suit connaissent la rue. »

Pour mettre terme à ce scandale des « sorties sèches », la Fondation Abbé-Pierre fait plusieurs propositions : « Ce que l’on préconise, c’est un travail en partenariat entre ces trois institutions et le monde de l’hébergement et du logement. Un travail en amont pour anticiper la sortie, pour ouvrir les droits et puis pour qu’il y ait des demandes de logement social avant la sortie. Ensuite, il faut inventer des transitions plus douces, des aménagements de peine, des contrats de jeunes majeurs, mais ça ne peut pas être du jour au lendemain " merci et au revoir, vous êtes dehors "»

La Fondation recommande aussi de développer le système des logements en collocation pour les anciens enfants placés ainsi que celui des pensions de famille pour les personnes atteintes de troubles psychiatriques.

La lutte contre le mal-logement : une priorité nationale

L'un des chapitres du rapport est consacré à la politique du gouvernement dans le domaine du logement. La Fondation Abbé-Pierre salue certaines initiatives des autorités, notamment le plan « Logement d'abord », qui a pour objectif d'aider les personnes sans abri à trouver un logement autonome. Elle critique en revanche d'autres choix pris par le président et l'exécutif depuis 18 mois. Dans le contexte d'une crise sociale qui secoue la France en ce moment, Christophe Robert, délégué général de la Fondation, appelle le pouvoir à faire de la lutte contre le mal-logement une priorité nationale.

Dans ce rapport, on fait quand même une évaluation des choix politiques fiscaux qui sont faits par le gouvernement depuis un an et demi. Et quand on regarde ces cadeaux fiscaux aux plus aisés, c’est 5 milliards chaque année rien qu’avec la suppression de l’ISF et la mise en œuvre du prélèvement unique forfaitaire sur les revenus financiers des plus riches. Cinq milliards d’un côté, et puis de l’autre côté, si on regarde par exemple la protection sociale dans le domaine du logement, c’est 4 milliards d’euros en moins parce qu’on a coupé les APL, parce qu’on a coupé des aides à la production de logements sociaux. Il y a deux poids, deux mesures.

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre

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