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«Gilets jaunes»: l'ONU demande une enquête sur «l'usage excessif de la force»

Les forces de l'ordre françaises, munies de lanceurs de balles de défense (LBD) lors de «l'acte V» du mouvement des «gilets jaunes», le 15 décembre 2018 à Paris.
Les forces de l'ordre françaises, munies de lanceurs de balles de défense (LBD) lors de «l'acte V» du mouvement des «gilets jaunes», le 15 décembre 2018 à Paris. Valery HACHE / AFP

La haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU a réclamé, mercredi 6 mars, à la France une « enquête approfondie » sur les violences policières qui se seraient produites pendant les manifestations des « gilets jaunes » depuis la mi-novembre.

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Dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l'homme à Genève, Michelle Bachelet a déclaré que les « gilets jaunes » manifestent contre « ce qu'ils considèrent comme (leur) exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques ».

« Nous encourageons le gouvernement à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d'usage excessif de la force », a ajouté la haut-commissaire aux droits de l'homme.

Michelle Bachelet a rappelé que « les inégalités touchent tous les pays » et que « même dans des Etats prospères, des gens se sentent exclus des bénéfices du développement et privés de droits économiques et sociaux ».

Depuis le début en France du mouvement de contestation des « gilets jaunes » à la mi-novembre, l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) a été saisie d'une centaine de cas d'accusations de violences policières. Plusieurs manifestants affirment avoir été blessés par des tirs de lanceur de balles de défense (LBD), une arme qui suscite de vives controverses en France. Fin février, le Conseil de l'Europe avait déjà demandé à la France de « mieux respecter les droits de l’homme », et de « suspendre l’usage du lanceur de balle de défense ».

Le gouvernement français s'indigne

Réagissant à ces propos, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a estimé mercredi qu'il fallait « s'étonner tout de même de se retrouver, cité dans une liste entre le Vénézuéla et Haïti, où il y a eu des morts » a déclaré Benjamin Griveaux lors du compte-rendu du conseil des ministres.

Mêmes éléments de langages du côté du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, « premier flic de France »

Dans la soirée, Edouard Philippe a à son tour réagi : La France n'a « aucune indifférence » envers la situation en Algérie, sa « voisine », mais ne veut se « livrer à aucune ingérence », a déclaré le Premier ministre français. Paris est lié à son ancienne colonie « par un lien historique intense, complexe, passionné, mais incontestable », mais « l'Algérie est un pays souverain, c'est donc aux Algériens et aux Algériens seuls qu'il revient de prendre les décisions en matière de leur avenir ».

L'opposition de son côté est partagée. « Régulièrement, les comités en question sont des comités qui mettent leur nez un peu partout, ils font ds leçons à tout le monde. D'ailleurs, la composition de ce comité n'est pas au-dessus de tout soupçons, j'ai eu l'occasion de le dénoncer à plusieurs reprises. Cela étant, je pense qu'effectivement, la situation n'est pas bonne, je trouve que le gouvernement n'a pas la maîtrise de l'ordre public et je le regrette, je n'ai pas besoin de l'ONU pour qu'on me le dise. C'est bien que l'ONU s'y intéresse, mais je m'y intéresse encore plus car j'en suis la victime dans mon arrondissement très régulièrement. Je crois que les Français en ont un peu assez de ces casses, de ces promenades qui ne font pas grandi l'image de la France. Si l'ONU s'occupe de nous, c'est pas un bon signe », admet Claude Goasguen (LR).

Pour Caroline Fiat, députée de La France insoumise, la prise de position de l'ONU est « un constat lucide de la situation actuelle qu'on dénonce depuis plusieurs semaines. Cela fait plusieurs semaines que nous réclamons une enquête et des solutions pour que cesse un usage excessif de violence envers les "gilets jaunes". C'est dommage d'attendre que l'ONU qui n'aurait peut-être pas à interférer dans le sujet soit obligée d'en parler pour que peut-être il y ait une réponse politique. Je dis bien peut-être parce que pour l'instant, on n'entend pas de réponse positive à cette demande. »

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