France / 1er-Mai

France: le gouvernement s'attend à un 1er-Mai sous haute tension

Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, aux côté du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner le 30 avril 2019.
Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, aux côté du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner le 30 avril 2019. ALAIN JOCARD / AFP

Un 1er-Mai à risques pour le gouvernement en France. L’exécutif craint des violences et des débordements en marge des traditionnelles manifestations pour la Fête du travail. Un test pour Emmanuel Macron qui veut à tout prix éviter de nouvelles dégradations à Paris. L’opposition n’est pas convaincue.

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Le scénario redouté est celui de petits groupes ultra-violents et très mobiles. Pour les suivre en permanence, des drones survoleront les abords de la manifestation. Ils retransmettront leurs images directement aux policiers sur le terrain.

« Ce qu’a souhaité le ministre, c’est qu’effectivement il y ait des drones que l’on peut qualifier de tactiques, c’est-à-dire des drones dont l’image n’est pas renvoyée dans la salle opérationnelle, mais dont l’image est à la disposition des gens du terrain, explique le préfet de police de Paris, Didier Lallement. C’est un dispositif qui permet au commandant d’unité de décider de sa manœuvre en fonction de l’information qu’il perçoit directement ».

400 policiers en moto

Une fois un groupe violent repéré, près de 400 policiers en moto seront prêts à se rendre sur place au plus vite. Mais Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, l’assure, ils n’interviendront pas depuis leur moto.

« En aucun cas les motos ou les motards ne seront utilisés dans la gestion de la manifestation, a-t-il expliqué. Par contre, il nous faut plus de rapidité d’intervention face à des gens qui peuvent se montrer très mobiles. Il y aura 190 motos qui seront équipées de deux policiers et qui pourront intervenir sur les différents sites si c’était nécessaire », a-t-il déclaré ors d'un point presse ce mardi 30 avril.

Enfin, les halls d’immeubles se trouvant sur le parcours de la manifestation et qui pourraient servir à cacher du matériel ou des vêtements seront inspectés par la police.

On a barricadé les vitrines avec du bois, je pense que c'est assez épais mais si on se met à arracher le dispositif qui a été mis en place, on est plus à l’abri parce qu'il y aura les vitres directement derrière.

[Reportage] Les commerçants parisiens craignent des violences

Journée à haut risque

Cette journée de manifestation s’annonce à très haut risque pour le gouvernement. Face aux appels à transformer Paris en « capitale de l’émeute », c’est la mobilisation générale à la tête de l’État. Laurent Nunez, le numéro deux du ministère de l’Intérieur, a voulu faire passer le message dans l’hémicycle. « Soyez assurés que nous ne tolérerons aucune exaction, le dispositif qui sera mobilisé sera un dispositif d’ampleur exceptionnelle, mobile, réactif qui nous permettra d’aller percuter les groupes qui commettront des exactions et de procéder à un maximum d’interpellations ».

Une fermeté qui ne rassure pas l’opposition. « Nous sommes inquiets quant à la capacité du gouvernement à faire face à cela, explique le député et 2e vice-président des Républicains Damien Abad. Tous les moyens ne sont pas mis en œuvre actuellement pour assurer la sécurité des Français et assurer un niveau de maintien de l’ordre qui permettrait d’éviter que malheureusement les Blacks Blocs prennent le pas sur les manifestants ».

7 400 policiers déployés

A la France insoumise, Eric Coquerel dénonce un gouvernement pompier-pyromane en se remémorant l’affaire Benalla. « Le 1er-Mai il y a un an, tout le monde s’était interrogé et la gestion du maintien de l’ordre avait été jugée bizarre par tout le monde, affirme-t-il. Or qui était dans les rues le 1er-Mai ? Il y avait monsieur Benalla ! Je pense qu’il y a des gens aussi qui utilisent les images de violence, les sources de violence et qui veulent les exacerber et c’est du côté du gouvernement avant tout ».

Des violences viendraient relancer les critiques sur un pouvoir incapable de rétablir l’ordre et pourraient parasiter la stratégie d’Emmanuel Macron pour relancer son quinquennat. Plus de 7 400 policiers et gendarmes seront déployés ce mercredi à Paris, a indiqué Christophe Castaner. Le ministre de l’Intérieur s’attend à la présence mille à 2 000 « activistes radicaux ».


Les black blocs, des professionnels de la manifestation

Depuis quelques semaines, plusieurs appels à la formation d'un black bloc sont relayés sur les réseaux sociaux. Ceux qui forment ce black bloc sont des « professionnels » de la manifestation qui revendiquent l'usage de la violence contre les forces de l'ordre et contre les symboles de l'État.

Le black bloc désigne un mode de manifestation, une façon d'agir au coeur du défilé. Plusieurs centaines de manifestants se définissant comme « insurrectionnels » et « révolutionnaires » se réunissent donc au sein du cortège. Ils prônent une action directe et n'hésitent pas à s'en prendre aux représentants des forces de l'ordre. CRS et gendarmes mobiles pour ce qui est de la France. Ils sont vêtus de noirs, cagoulés, armés de pavés, marteaux ou cocktails Molotov parfois et ont une stratégie bien élaborée.

Les attaques sont furtives, éphémères. Elles peuvent intervenir à tout moment, ce qui rend le travail des forces de l'ordre plus difficile. Les identifications et interpellations ne sont pas simples dans ces conditions.

Le black bloc est le plus souvent composé de manifestants de différents pays européens. Le terme provient d'Allemagne. C'était le nom donné par la Stasi, la police politique de l'ex-RDA, aux groupes d'anarchistes tout de noir vêtus. En France, on a vu cette technique utilisée à de nombreuses reprises ces derniers temps. Notamment le 16 mars sur les Champs-Élysées lors de l'acte XIX des « gilets jaunes ». Pour ce 1er-Mai, ces révolutionnaires ont annoncé vouloir faire de Paris la capitale de l'émeute.

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