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France / Internet

Reconnaissance faciale: où en est la France?

Une démonstration en direct utilise l'intelligence artificielle et la reconnaissance faciale lors de l'exposition Horizon Robotics à Las Vegas le 10 janvier 2019.
Une démonstration en direct utilise l'intelligence artificielle et la reconnaissance faciale lors de l'exposition Horizon Robotics à Las Vegas le 10 janvier 2019. DAVID MCNEW / AFP
6 mn

Après la Chine et l’Inde, la France se met à la reconnaissance faciale. Elle va devenir le premier pays européen à l’utiliser. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a jugé illégale l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les lycées. Mais le contexte semble en faveur du développement de ces technologies dans l’hexagone.

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« Expérimenter la reconnaissance faciale est nécessaire pour que nos industriels progressent. » Cette affirmation de Cédric O, secrétaire d’État au numérique au journal Le Monde, interpelle. La reconnaissance faciale effraie de nombreux citoyens, mais les autorités françaises semblent y être de plus en plus favorables. Le premier exemple est Alicem, pour Authentification en ligne certifiée sur mobile. Cette application qui suppose de faire des vidéos de son visage pour s’y connecter. Celles-ci seront reliées aux données biométriques du passeport de l’utilisateur. La CNIL a affirmé que cette technologie devait être optionnelle. Une requête que le ministère de l’Intérieur n’a pas prise en compte qui l’expérimente. Alicem devrait voir le jour prochainement.

Business, sécurité, caméra de surveillance

Cette application n’est qu’une des utilisations possibles de la reconnaissance faciale. Didier Baichère, député de La République en marche (LaREM) appelle à un débat sur l’utilisation de ces technologies. « Il n’y a pas que des éléments négatifs à l’utilisation de ces technologies, mais les citoyens n’ont pas été consultés. Il faut que l'on connaisse l’acceptabilité sociale sur le sujet. »

À écouter aussi : La France entre dans l'ère de la reconnaissance faciale

L’élu de la majorité, auteur d’une note sur ce sujet détaille l’éventail des possibles : « Rapidement, il y a trois cas d’usages. Les applications de gestion de flux, au sens aéroport, trains, pour accéder à son moyen de transport plus rapidement. Les applications de sécurité : lors d’une enquête de police un juge peut demander l’accès aux vidéos. Et enfin les applications business : payer avec son visage, etc. »

Les défenseurs des libertés informatiques craignent la généralisation de ces technologies. « C’est un pas vers une société de surveillance dans lequel on ne veut pas aller », explique Baptiste Robert, spécialiste de la cybersécurité. Celui qui se nomme Elliot Alderson sur Twitter en référence à la série Mr. Robot, juge que franchir le premier pas en termes de reconnaissance faciale peut-être extrêmement dangereux. « Cela reste extrêmement hypothétique, mais techniquement si vous demandez à toute la population française de prendre une vidéo de son visage, vous avez un jeu de données qui est énorme et qui permet de créer un algorithme de reconnaissance faciale parfait. »

À l’heure actuelle, ces technologies restent largement perfectibles. Début juillet une étude du National Institute of Standards and Technology (NIST) démontre que la probabilité de reconnaissance diffère selon les couleurs de peaux.

Le « double discours des autorités françaises »

La Quadrature du net, une association qui défend les libertés sur internet, considère que le cadre juridique français est insuffisant pour développer la reconnaissance faciale. Martin Drago, son juriste explique les différents combats que l’association mène contre cette technologie. « On a un recours contre Alicem, contre les portiques biométriques dans les lycées, cela ne peut être mis en place car ça n’est pas prévu par la loi, le RGPD ne suffit pas. » Sur ce point, la CNIL a récemment donné raison à l’association et refusé à la région Sud la mise en place des portes biométriques à reconnaissance faciale.

Martin Drago dénonce le  « double discours des autorités françaises », qui s’offusquent de la société de surveillance chinoise, mais poussent à l’élargissement de l’utilisation de la technologie en France.

« Lors d’un salon de la gendarmerie sur la reconnaissance faciale, beaucoup d’entreprises et de collectivités qui voulaient travailler dessus, affirment que le cadre est trop strict, déplore le juriste. Alors qu’en Chine et à Singapour, ils peuvent les tester sur une base de données des visages des gens. On parle de faciliter par un décret ou une loi l’expérimentation pour que les industriels puissent le faire. »

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Une technologie déjà à l’essai

De nombreux tests voient le jour en France, à Nice à l’occasion du carnaval ou bien dans les aéroports. Des essais de caméras de surveillance intelligente sont menés à Toulouse et dans les Yvelines. Une situation qui n’effraie pas le député Didier Baichère : « Finalement, il y a tellement de biais humains avec la vidéoprotection, est-ce qu’aujourd’hui avec la reconnaissance faciale, on ne peut lever les biais humains comme le contrôle au faciès. »

Pour mettre en place ces technologies, il faut une base de données. Le fichier des Titres électroniques sécurisés (TES), concentre déjà les données biométriques de tous les citoyens. « Aujourd’hui, ce fichier ne permet pas d’être utilisé pour de la reconnaissance faciale, mais si le gouvernement veut changer cela, avec un décret et un avis de la CNIL et du Conseil d’État, c’est possible. », explique Martin Drago.

Le fichier d’antécédents du traitement judiciaire, qui regroupe plusieurs millions de Français condamnés, peut déjà être utilisé pour de la reconnaissance faciale a posteriori. Lors de manifestations par exemple, les personnes présentes dans ce fichier peuvent être reconnues sur les caméras de surveillance.

Objectif Paris 2024

S’il existe un point sur lequel s’accordent détracteurs et adeptes de la technologie, c’est que les efforts pour la mise en place de la reconnaissance faciale visent clairement les Jeux olympiques 2024. « Je n’imagine pas que si aux JO de Tokyo en 2020 la reconnaissance faciale soit mise en place, que la France ne propose pas des technologies au moins aussi innovantes pour Paris 2024. » À en croire Didier Baichère, cela permettrait de fluidifier l’arrivée des sportifs et des spectateurs. La Quadrature du net craint plutôt que le cadre légal ne s’assouplisse, et que la reconnaissance faciale ne se généralise.

À écouter et à lire aussi : Reconnaissance faciale: une technologie encore loin d'être au point à Londres

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