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France

Emmaüs Roya, tremplin agricole pour les migrants

Sur l'exploitation de Cédric Herrou (d.), les demandeurs d'asile sont rémunérés et bénéficient d'une protection sociale.
Sur l'exploitation de Cédric Herrou (d.), les demandeurs d'asile sont rémunérés et bénéficient d'une protection sociale. RFI / Bruno Faure
8 mn

Ce mercredi 18 décembre est la Journée internationale des migrants. Organisée par l'ONU, elle a pour objectif de dissiper les préjugés, de sensibiliser l’opinion sur ce que les migrants apportent dans les domaines économique, culturel et social. Exemple dans le sud-est de la France, à Breil-sur-Roya, près de la frontière italienne où l'agriculteur Cédric Herrou, militant de l'accueil des réfugiés, a décidé d'en employer quelques-uns dans son exploitation, en coopération avec l'association Emmaüs.

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La journée se termine sur les plantations d'Emmaüs Roya. Surplombant la route de l'Italie, un demi-hectare de cultures maraîchères, d'oliviers et de poulaillers exploités par Cédric Herrou, toujours la même barbe noire, les lunettes à fine monture et le front légèrement dégarni.

L'agriculteur, militant de l'accueil des migrants, nous fait visiter son domaine en escalier, et salue Jason, arrivé il y a sept mois du Sénégal, passé par Vintimille et Nice, avant d'être accueilli au sein de la communauté Emmaüs Roya. « Là ce sont les salades et là les carottes », montre le jeune homme bras en écharpe, souvenir d'une chute à vélo. « Je connais depuis mon village, où j'étais agriculteur. »

Un salaire pour être considéré

Cédric Herrou, au plus fort de la crise migratoire entre 2015 et 2017, a aidé des centaines d'exilés. En conflit permanent avec le préfet et plusieurs élus locaux, il reste surveillé de près par les gendarmes. Aujourd'hui, avec l'appui d'Emmaüs, il héberge et emploie des demandeurs d'asile, indépendamment de leur statut administratif.

« L'idée de notre communauté, c'est qu'ensemble avec notre travail, on arrive à ce que chaque personne soit hébergée et nourrie, explique-t-il. Les compagnons ont 350 euros de salaire par mois, et cotisent à l'Urssaf, pour la maladie ou leur retraite. Ce qui est important, c'est de montrer qu'il y a des alternatives de vie que l'Afrique connaît. Avec le travail de la terre, on peut être considéré. »

Produire dans le pays d'accueil, un tremplin économique et psychologique pour ces hommes déracinés, parfois sujets à la dépression. Comme cet ancien étudiant tchadien passé par la Libye, avant d'atterrir dans la Roya : « Ça nous fait du bien de travailler. Depuis deux ans, je ne trouvais pas de boulot. J'étais allongé toute la journée à regarder mon smartphone. Depuis que je suis ici, je bouge tout le temps. »

L’accueil inconditionnel

Les légumes, les œufs, l'huile d'olive sont livrés dans la vallée et à Nice, dans des Amap, des magasins bio, et au siègle local d'Emmaüs. Cédric Herrou revendique l'héritage de l'Abbé Pierre, l'accueil inconditionnel. Un message remis au goût du jour : « Ce n'est pas de la mendicité, pas de l'humanitaire. On prend en charge à bras le corps ce qui pour l'Europe est une problématique, la migration. Souvent, on me dit que l'on fait de l'intégration. Mais intégrer ces personnes à quoi ? À ce monde ultracapitaliste qui crée lui-même la précarité, les guerres ? Nous, on prône juste une alternative de vie. Et on montre aux gens, Africains ou autres, qu'on peut s'en sortir en respectant la terre, cultiver des émotions avec des choses simples. »

Emmaüs Roya, première communauté 100 % agricole, est en probation. Elle se donne deux ans pour parvenir à l'équilibre. Cédric Herrou espère l'agrandir, faire de la restauration, pourquoi pas produire de la bière.

Emmaüs Roya, tremplin agricole pour les migrants

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