Accéder au contenu principal

Agents de nettoyage, éboueurs: face au coronavirus, ils restent mobilisés

Depuis une dizaine de jours, la quantité de déchet a diminué de 25% en Île-de-France.
Depuis une dizaine de jours, la quantité de déchet a diminué de 25% en Île-de-France. Anne Bernas/RFI
Texte par : David Baché
6 mn

Les agents de nettoyage continuent leur ronde dans les entreprises, les éboueurs continuent de ramasser les poubelles, et les centres de gestion des déchets n’ont pas non plus cessé leur activité. Des tâches souvent ingrates, aujourd’hui dangereuses, mais si essentielles qu’elles doivent se poursuivre malgré les risques.

Publicité

Lorsqu’elle arrive, très tôt le matin, les bureaux sont encore plus vides que d’habitude. L’atmosphère est étrange, mais Malika Ghoulam, responsable de site dans une société de nettoyage à Paris, est fière de continuer de faire son travail.

« Je continue avec plaisir, explique-t-elle, c’est important, c’est rendre service, et puis on est prestataire donc il faut respecter le contrat. » Des conditions qui tranchent forcément avec l’ordinaire : « Tout a changé, poursuit Malika Ghoulam, d’abord parce que l’endroit où je travaille est fermé. Il ne reste qu’une partie des salariés, au niveau de la sécurité et dans les services informatiques. C’est bizarre, mais moi je continue. Je me protège, je suis les règles et j’aime faire mon travail, tout simplement. »

Une fois son travail achevé, Malika file droit chez elle, sans traîner, pour réduire les risques. Mais avec le sentiment du devoir accompli.

Poubelles et maladies supplémentaires

C’est ce même sentiment qui motive Judicaël Dissaké à grimper derrière son camion d’éboueurs, à Vénissieux, près de Lyon. « J’ai quand même un devoir auprès des concitoyens, assure-t-il. Je ne dois pas laisser les poubelles dehors au risque que ça engendre encore plus de bactéries et de maladies. Mais je me suis quand même posé la question de continuer d’aller au travail, parce que ma mère est diabétique et que je suis susceptible de lui ramener ce virus. Mais si je n’y vais pas, ce sera un autre, nous avons ce devoir d’aller au travail tous les jours. »

« Pas de gel, pas de masque, pas de combinaison »

Mais se sentir responsable n’empêche pas de partir au boulot avec la boule au ventre. Surtout lorsque les conditions de protection sont loin d’être réunies. « J’ai vraiment peur d’attraper ce virus, confie-t-il d’une voix qui ne tremble pas, je n’ai pas de gel pour les mains, pas de masque, pas de combinaisonLa direction nous a donné de l’eau pétillante et du savon, voire, sur d’autres camions, de l’huile pour le corps pour se nettoyer les mains ! La seule chose qu’ils ont pu mettre en place, c’est la distance d’un mètre, et encore, dans le camion elle n’est pas très bien respectée. On essaie de ne pas trop y penser et de vite rentrer chez nous retrouver notre famille, au lieu de passer sept heures derrière notre camion et d’être susceptible d’attraper ce virus. » 

Judicaël Dissaké ne souhaite pas en arriver là, mais si ses conditions de protection ne s’améliorent pas, lui et ses collègues cesseront de travailler. Pour le moment, en tout cas, la collecte des déchets s’effectue presque normalement.

Le Syctom est l’agence publique en charge du traitement des déchets ménagers de Paris et de sa proche banlieue : 85 communes, 6 millions d’habitants, 10 % de la population française. « Les collectivités gèrent les collectes, et ces collectes sont assurées dans tout le territoire du Syctom (l’Île-de-France, ndlr), affirme Martial Lorenzo, directeur général du Syctom. Je n’ai pas entendu dire, pour le moment, qu’il y ait des endroits où la collecte ne se faisait pas. Je pense que sur la France entière, la collecte est réalisée dans des conditions tendues, mais normales. »

25% de déchets en moins

Depuis une dizaine de jours, la quantité de déchet a diminué en Île-de-France: un quart de moins. La baisse de l’activité économique, notamment des bars et des restaurants, explique cette baisse de la production de poubelles. Pour les milliers de tonnes qui doivent toujours être traités quotidiennement, l’activité du Syctom se poursuit. « On a des sites prioritaires que sont les usines d’incinération, et elles fonctionnent tout à fait normalement, rassure Martial Lorenzo. En revanche, sur les six centres de tri qui traitent les collectes sélectives, un seul fonctionne encore. Mais dans la plupart des cas, nous parvenons à rerouter les collectes d’emballages sur des sites qui continuent de fonctionner. »

À quelques rares exceptions près, les salariés du Syctom continuent presque tous de travailler. Avec pour consignes, le respect des gestes barrières et des mesures de distanciation. Au-delà des protections d’usage même en temps normal sur les sites de traitement des déchets (casques, gants, lunettes), le directeur du Syctom explique avoir reçu des masques de protection. Grâce à ses exploitants et au soutien de l’État, il estime avoir des réserves pour au moins un mois.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.