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Coronavirus: à Calais, les associations empêchées d’aider les populations vulnérables

Des gendarmes et des pompiers autour d'un migrant dans le port de Calais, le 7 avril 2020.
Des gendarmes et des pompiers autour d'un migrant dans le port de Calais, le 7 avril 2020. BERNARD BARRON / AFP

Aider les inconfinables, ceux qui n’ont pas la possibilité de se mettre à l’abri en pleine pandémie de Covid-19, c’est le défi quotidien de nombreuses associations alors que le confinement se poursuit en France. Le gouvernement a assuré que les actions de lutte contre la précarité devaient se poursuivre, mais sur le terrain, les bénévoles racontent une autre réalité. À Calais, certains d’entre eux ont même été verbalisés durant leurs maraudes.

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« Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés ». Ces mots sont ceux du président de la République Emmanuel Macron, le 16 mars dernier, lors de son allocution télévisée annonçant le confinement généralisé. Des engagements que les associations ont du mal à voir appliqués, notamment dans le département du Pas-de-Calais.

« Ils ne veulent pas que nous continuions à documenter ce qui se passe à Calais. Ils nous verbalisent, nous empêchent de faire des distributions alimentaires en centre-ville », affirme Yann Manzi, cofondateur de l’association Utopia 56. À le croire, la préfecture du Pas-de-Calais met des mesures en place pour limiter l’aide aux migrants et aux sans-abris présents aussi bien à Grande-Synthe qu’à Calais.

Amendes, couvre-feu et limites géographiques

Selon Yann Manzi, plus de 1 500 personnes (1 000 et 1 200 à Calais et entre 500 et 700 à Grande-Synthe) auraient un besoin immédiat de mise à l’abri, d’aide alimentaire et sanitaire, normalement procurée par différentes associations. La préfecture aurait contacté les responsables associatifs pour leur annoncer ce que ces derniers jugent comme « des restrictions strictes dans l’exercice de leur mission ».

Figure parmi ces mesures un couvre-feu humanitaire qui empêche toute distribution entre 20h et 8h30. Pour justifier ces interdictions, la préfecture invoque la nécessité de « respecter les conditions sanitaires de lutte contre la propagation du Covid-19 ». Cela permettrait notamment aux associations d’intervenir « aux moments propices de la journée ».

18 procès-verbaux pour non-respect du confinement

Outre ces limites horaires, des restrictions géographiques ont également été indiquées aux personnels associatifs. Par exemple, l’interdiction de venir distribuer de la nourriture en centre-ville, où de nombreux sans-abris se trouvent.

La préfecture justifie cette décision en considérant que les associations doivent intervenir « au plus près des migrants, sur leur campement situé sur la zone industrielle ». Or, l’action des associations humanitaires s'applique également aux sans-abris. Nombreux sont ceux qui préfèrent être en centre-ville afin « d’éviter d’être dans les campements », où les conditions sanitaires sont préoccupantes et qui pourraient éventuellement favoriser la propagation du virus.

À cela s’ajoute la verbalisation des bénévoles. « On a reçu 18 procès-verbaux pour non-respect du confinement », indique Yann Manzi. Le co-fondateur d’Utopia 56 a lui-même reçu quatre amendes. « Ils m’ont prévenu que ça allait finir en prison. »

Pourtant, les membres des associations bénéficient d’attestations de sortie dans le cadre de leurs fonctions. Cela leur permet d’effectuer des maraudes et de venir en assistance aux personnes qui le nécessitent. Ils s’efforcent d’appliquer les consignes sanitaires malgré un effectif réduit. « On respecte les gestes barrières, au début nous n’avions pas de masques. Au fur et à mesure on s’est organisé pour avoir des masques et du gel. »

La préfecture ne dément pas le nombre d’amendes données, mais indique uniquement que « seuls quelques bénévoles ont été verbalisés sous le contrôle du parquet ». Si deux associations, Utopia 56 et l’Auberge des migrants, ont subi ces contraventions, d’autres acteurs de terrains sont solidaires. « C’est inadmissible. C’est des associations qui pallient les carences de l’État, et derrière elles sont embêtées », affirme Juliette Delaplace, du Secours catholique. Moins présente sur le terrain depuis le début du confinement, elle partage cependant les mêmes constats que ses collègues.

Poursuite des expulsions

«  Depuis le début du confinement, on a comptabilisé 54 évacuations, déplore Yann Manzi. L’intimidation et le harcèlement continuent sur le terrain, la trêve du Covid-19 n’existe pas pour ces populations. » Différentes associations ont saisi en référé la préfecture afin que des chambres d’hôtels soient réquisitionnées pour confiner les sans-abris. L’État a commencé le 3 avril à abriter ces populations. Une semaine plus tard, seuls 240 migrants ont été emmenés vers cinq centres du département.

À ce rythme-là, si l’on en croit les chiffres des associations, Il faudrait six semaines pour que l’intégralité des exilés soient confinés dans des situations sanitaires convenables. Et pour les plus de 1 200 restants dans le département, ils subissent : « Des démantèlements de petit campements quasiment quotidiens, explique Juliette Delaplace, la police vient et les déloge toutes les 48 heures, prenant parfois les tentes et les couettes. Et en plus de ça, la préfecture nous a prévenus que l’on serait verbalisés si on y assistait. Alors que c’est quand même le minimum. »

À cette problématique, s’ajoute celle de nourrir les populations. « On est dans une situation d’urgence alimentaire, juge Yann Manzi. Sachant que nos amis de Refugees Community Kitchen (association britannique, ndlr) ont quitté le terrain. Les populations sur place n’arrêtent pas de nous demander à boire et à manger. C’est assez horrible ce qui se passe à Grande-Synthe et à Calais. »

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