Confinement: plus de cinq millions de Français vivent dans un logement «suroccupé»

Des immeubles de Bobigny, en banlieue parisienne, le 21 mai 2018.
Des immeubles de Bobigny, en banlieue parisienne, le 21 mai 2018. PHILIPPE LOPEZ / AFP

Durant cette période de confinement due à la pandémie de coronavirus, les conditions de vie sont inégales. Dans une étude publiée mardi 21 avril, l'Insee indique que plus de cinq millions de Français vivent dans un logement « suroccupé ».

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Selon l'endroit où ils sont et le type d'habitation dans lesquelles ils vivent, les Français ne vivent pas le confinement de la même manière. C'est ce que révèle une étude publiée mardi 21 avril par l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). En France, plus de cinq millions de personnes vivent dans un logement « suroccupé », c'est-à-dire dans lequel vivent deux personnes ou plus et où le nombre de pièces est insuffisant au regard du nombre d'habitants. Une situation qui impacte « plus que jamais les conditions de vie au quotidien », rappelle l'institut.

La surpopulation des logements est une situation « qu'on connaît malheureusement trop souvent », estime Jean-Baptiste Eyraud, fondateur et porte-parole de l'association Droit au logement (DAL). Pour les personnes dans un logement suroccupé, le confinement rend « très difficile la vie quotidienne et produit des tensions intra-familiales ».

Une situation qui peut avoir comme conséquences « une vie familiale tendue, difficile et qui va laisser des traces », explique à RFI le fondateur de DAL. « Souvent le surpeuplement, pour les ménages à bas revenu, s'accompagne de situations d'insalubrité. Deux mois enfermés c'est long et cela peut produire des fractures irrémédiables, notamment pour les enfants », ajoute-t-il.

Les grandes agglomérations davantage concernées

En métrople, les régions Ile-de-France (IDF) et Provence-Alpes Côte d'Azur (PACA) sont les plus touchées par le phénomène de suroccupation des logements. Elles ont, respectivement, un taux de 12,7% et 7,5%. Dans les quartiers prioritaires de ces villes où le taux de pauvreté définie par l'Insee est le plus fort, ces chiffres atteignent 25,4% en IDF et 18% en PACA et atteint 35% dans certains quartiers.

Dans les départements d'Outre-mer, où la moitié de la population vit en appartement, la suroccupation est « également très forte », note l'Insee. En Guyane, 34,5% des foyers sont affectés par le phénomène contre 10,4% à La Réunion, 9% en Martinique et 8,7% en Guadeloupe.

De manière plus générale, ce sont les agglomérations de plus de 100 000 habitants qui concentrent le plus de logements suroccupés (74%), dont 40% dans la région parisienne.

L'isolement, une difficulté supplémentaire du confinement

Si vivre avec trop de personnes dans un logement en temps de confinement dégrade les conditions de vie, vivre seul également. Susceptible de provoquer« des conséquences sur le moral mais aussi sur la santé », la solitude touche 10,5 millions de Français, dont 2,4 millions qui ont 75 ans ou plus.

Contrairement au phénomène de suroccupation, les personnes âgées vivant seules sont davantage concentrées dans le centre de la France. Elles représentent 6,2% des habitants de la Creuse et plus de 5,5% des habitants de la Nièvre, de l’Indre, de l’Allier ou encore de la Corrèze, rapporte l'Insee.

À écouter : Le conseil Santé – Confinement : comment éviter le sentiment d'isolement ?

D'autres difficultés, comme la pauvreté ou la précarité, rendent plus dur à supporter l'isolement provoqué par le confinement. 1,7 million de personnes seules vivent sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine et 70% des personnes qui perçoivent l'allocation adulte handicapé (AAH), destinée à des personnes handicapées aux revenus modestes, vivent seules. Elles se retrouvent donc « particulièrement isolées en situation de confinement » et doivent  « gérer les difficultés (physiques ou psychologiques) du quotidien », constate l'institut.

L'Insee rappelle toutefois que de nombreuses personnes ont pu rejoindre leur famille à l'annonce du confinement, « notamment parmi les personnes âgées et les étudiants ». Pour une partie de ceux qui sont restés seuls durant le confinement, le lien social peut être maintenu grâce à internet. Mais tout le monde n'a pas cette opportunité et sur ce point également les inégalités persistent. « 12% des personnes n’ont pas accès à Internet à leur domicile, quel que soit le type d’appareil », rappelle l'Insee.

La Seine-Saint-Denis fait partie des départements les plus fortement touchés par le Covid-19 (en mars un nombre de décès très supérieur par rapport à mars 2019 (+ 62 %). C'est également un département très pauvre où les mesures de confinement sont particulièrement difficiles à vivre. Se nourrir est même devenu très compliqué pour certaines familles. Des bénévoles sont chaque jour sur le terrain pour subvenir aux besoins. Exemple à Aubervilliers avec l'association la Pépinière.

Reportage à Aubervilliers : la faim en confinement

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