Coronavirus en France: le gouvernement prolonge l'état d'urgence sanitaire

Des employés municipaux désinfectent le mobilier urbain à Suresnes, près de Paris, le 20 mars.
Des employés municipaux désinfectent le mobilier urbain à Suresnes, près de Paris, le 20 mars. REUTERS/Christian

Le gouvernement a entériné ce samedi la prolongation pour deux mois de l'état d'urgence sanitaire contre le Covid-19, mais il reste sous pression pour clarifier les modalités concrètes du déconfinement, notamment le casse-tête de réouverture d'écoles et la polémique sur la vente des masques.

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Après un 1er-Mai confiné pour cause du coronavirus, le gouvernement a décidé ce samedi, au cours d'un Conseil des ministres, la prolongation pour deux mois, jusqu'au 24 juillet, de l'état d'urgence sanitaire en France pour lutter contre la pandémie de coronavirus, a annoncé le ministre de la Santé Olivier Véran.

Entré en vigueur le 24 mars, l'état d'urgence sanitaire est prorogé car sa levée le 23 mai « serait prématurée », « les risques de reprise épidémique » étant « avérés en cas d'interruption soudaine des mesures en cours », indique le projet de loi qui va être examiné à partir de lundi par le Sénat, avant qu'il ne soit transmis à l'Assemblée nationale en vue d'une adoption définitive dans la semaine.

« Nous allons devoir livrer ensemble une course de fond. Je sais que des efforts colossaux ont déjà été demandés aux Français », qui se sont montrés « à la hauteur de ce qui semblait impossible il y a deux mois à peine », a estimé le ministre de la Santé Olivier Véran. Comme cela était prévu, le gouvernement a fait le choix de ne rendre obligatoires la mise en quarantaine et le placement à l'isolement que des personnes arrivant sur le territoire national, Français ou étrangers.

«Au 11 mai, pas d'application StopCovid en France»

Pour ceux déjà présents dans le pays « le gouvernement a fait le choix de la confiance et de la responsabilité, il n'a pas pris de dispositif législatif pour imposer l'isolement à quelqu'un qui le refuserait et qui serait malade sur le territoire national », a détaillé le ministre. Il a également précisé les dispositifs de collecte d'informations sur les malades, qui ne seront « pas récoltées aux fins d'une application » mais permettront aux « brigades d'anges gardiens » d'identifier les cas contacts des personnes testées positives. « Au 11 mai, non, il n'y aura pas d'application StopCovid disponible dans notre pays », a-t-il précisé au sujet de ce projet d'application de traçage controversée.

« Le déconfinement ne sera pas un pur et simple retour en arrière, nous allons devoir vivre pour un temps avec le virus », a rappelé Olivier Véran, alors que subsistent encore beaucoup de zones d'ombre sur un retour progressif à la normale. Le coronavirus a tué depuis le 1er mars 24 594 personnes en France, dont 218 au cours des dernières 24 heures. La tension dans les services de réanimation s'est encore un peu allégée avec 141 personnes en moins, a fait valoir le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

Les conditions du déconfinement restent très floues

Mais il y a encore beaucoup de flou autour des conditions du déconfinement prévu le 11 mai : la carte provisoire classant les départements en vert, rouge ou orange selon l'état de l'épidémie et des services de réanimation a été corrigée une première fois à cause d'erreurs de comptage qui ont suscité la grogne des élus locaux.

Autre sujet de préoccupation : la réouverture des écoles. La « majorité des écoles » maternelles et primaires seront au rendez-vous du 11 mai, a affirmé Jean-Michel Blanquer au Figaro, avec un maximum de 15 enfants par classe. Mais certains édiles ne veulent pas en entendre parler.

La maire de Nantes Johanna Rolland (PS) a prévenu qu'il ne serait « pas possible » que tous les enfants retournent à l'école le 11 mai et que la rentrée ne pourra être que « progressive ». Plusieurs maires de Seine-Saint-Denis ont aussi exprimé leur intention de ne pas rouvrir leurs établissements scolaires, inquiets de leur éventuelle responsabilité pénale en cas de contamination d'enfants, d'enseignants ou de personnels. À Paris, la réouverture des écoles sera réservée, au moins dans un premier temps, « à un public prioritaire », c'est-à-dire aux enfants de certaines professions et aux élèves décrocheurs, a indiqué l'adjoint de la mairie en charge de l'éducation.

Crise sanitaire et crise économique

Pour accueillir des élèves, les écoles devront respecter un protocole sanitaire très strict, dont les grandes lignes ont été dévoilées jeudi: lavage de mains répétés, jeux proscrits, désinfection du matériel, sens de circulation marqué au sol... un casse-tête pour les petites communes.

Autre source de tension en prévision du 11 mai: la vente des masques dont le port sera obligatoire dans les transports publics. À dix jours du déconfinement, le gouvernement a décidé de plafonner le prix de vente des masques chirurgicaux à 95 centimes l'unité, mais pas celui des masques en tissu, en raison de la diversité des modèles et de leur provenance. Le port d'un masque sera obligatoire dans les transports publics. Dans ce cadre, le pouvoir de verbalisation sera étendu notamment aux agents des transports en commun, a annoncé ce samedi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Sur le plan économique, la crise sanitaire continue ses ravages : la SNCF a subi un manque à gagner de deux milliards d'euros du fait du virus, a annoncé son PDG Jean-Pierre Farandou, envisageant un plan d'aide de l'État et des suppressions de postes.

Des difficultés économiques qui pèsent en faveur du déconfinement même si les soignants s'inquiètent de la possibilité d'une deuxième vague. Et pour la première fois en France, un chat a été testé positif au coronavirus, amenant l'École vétérinaire d'Alfort à recommander aux personnes malades une distanciation avec leurs animaux de compagnie.


Décryptage : les « brigadiers anges gardiens »

Selon le ministre de la Santé, ce sont eux qui seront chargés d'identifier les chaînes de transmission du Covid-19. D'abord les médecins généralistes et infirmiers libéraux qui seront « en première ligne » et chargés de recenser les contacts des malades, que ce soit leurs familles ou leurs amis. Puis la « deuxième ligne » prendra le relais.

Composée d'employés de l'Assurance maladie, d'équipes de centres communaux d'action sociale, ou encore d'association comme la Croix Rouge, ces brigades préviendront alors toutes les personnes qui ont été en contact avec les porteurs du virus.

Selon Jean-François Deflfraissy, le président du Conseil scientifique, 30 000 personnes seraient nécessaires pour être efficaces.

Et le nouveau projet de loi devrait donc leur permettre d'accéder à des données de santé considérées comme sensibles.

Du renfort, il en est prévu aussi concernant les verbalisations. Plusieurs catégories d'agents viendront prêter aider les forces de l'ordre pour constater le non-respect des règles sanitaires. Les adjoints de sécurité, les gendarmes adjoints volontaires, les réservistes de la police et de la gendarmerie ainsi que les agents de sécurité dans les transports. « Une marque de confiance », selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui doit encore affiner leur champ d'action dans les prochains jours.

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