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Série

Covid-19: la France a-t-elle été à la hauteur?

Une passante à Paris, le 26 avril 2020.
Une passante à Paris, le 26 avril 2020. Philippe LOPEZ / AFP
12 mn

Discours de guerre, déclaration du confinement, pénurie de masques et de tests, mise en place d’un plan de soutien économique… Comme dans tous les pays du monde, l’exécutif français fait face à un événement hors-norme, qui a fait plus de 20 000 morts dans le pays. Prochaine échéance: le déconfinement, à partir du 11 mai. Comment la France a-t-elle répondu à la crise du Covid-19 ? RFI rembobine.

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C’est le 24 janvier que trois premiers cas sont officiellement recensés en région parisienne. Une première en Europe. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn assure alors que des dizaines de millions de masques sont disponibles.

Le spectre d’une épidémie se profile dans un contexte déjà difficile pour l’hôpital. Début février, 80 responsables d’un établissement de Seine-Saint-Denis annoncent leur démission de l’encadrement. Ils expliquent « ne plus vouloir être complices de la gestion de la misère ». Après l’apparition d’un nouveau foyer d’infection en Haute-Savoie, la France enregistre sa première victime du Covid-19 le 14 février, un touriste chinois.

Première polémique

À un mois du premier tour des élections municipales, l’affaire Griveaux précipite Agnès Buzyn à la tête de la liste LREM à Paris. Elle est remplacée par le député Olivier Véran, médecin de profession, dont les premiers mots se veulent rassurants. Sur France Inter, il déclare le 18 février que la France « est prête ». C’est à ce moment-là que débute le rassemblement évangélique à Mulhouse (Haut-Rhin) où on estime qu’un millier de personnes ont été contaminées.

Le premier mort français du Covid-19, le 25 février, est un enseignant de l'Oise, âgé de 60 ans. Cinq autres personnes sont diagnostiquées dans ce département situé aux portes de Paris. En quelques jours, l’Oise devient un important foyer d’infection et commence à se barricader.

Marine le Pen, présidente du RN, s’en prend -déjà- à la gestion sanitaire de l’exécutif et demande la fermeture des frontières avec la Chine et l’Italie : « La frontière est un élément de protection des populations. Les pays qui sont aux côtés d’un pays où sévit l’épidémie ferment leur frontière. Sauf nous. » À droite des voix commencent aussi à s’élever, notamment des élus de territoires proches de la frontière italienne. Député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti réclame des contrôles à la frontière. Fin de non-recevoir des autorités qui assurent que la fermeture des frontières n’est pas à l’ordre du jour.

Macron entre dans la danse

Surprise. Le 27 février, Emmanuel Macron se rend à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Après avoir discuté avec le personnel, il fait part de sa préoccupation: « On a devant nous une crise, une épidémie qui arrive... On va devoir l'affronter au mieux. »

Le 29 février, convocation un samedi d’un conseil des ministres exceptionnel consacré à la crise du Covid-19. Contre toute attente, le gouvernement en profite pour entériner le recours à l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer sans vote le projet de loi sur les retraites en examen à l’Assemblée nationale. L’opposition, unanime, crie au scandale.

Début mars, Emmanuel Macron se montre dans un théâtre parisien. « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie », assure le chef de l’État. Mais en quelques jours, le virage est total. Avec l’apparition de plusieurs cas d’infections à l'Assemblée nationale et dans l’entourage du président, un dispositif est mis en place à l’Élysée. Plus de poignées de main, une distance d’un mètre avec ses interlocuteurs, agenda allégé. Les décisions se succèdent: interdiction des rassemblements de plus de 1000 personnes, annulation de plusieurs gros meetings avant le premier tour des municipales.

Le 12 mars, au lendemain de la déclaration officielle de l’état de pandémie par l’OMS, Emmanuel Macron s’adresse aux Français pour la première fois depuis le début de la crise. Le président annonce de premières mesures pour soutenir les entreprises, « quoi qu’il en coûte », la fermeture des écoles, mais il maintient le premier tour de l’élection municipale prévu trois jours plus tard. Les scientifiques « considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes », assure le président. Consultés par le Premier ministre sur la tenue du premier tour, aucun responsable politique de l’opposition ne demande alors officiellement le report. Le lendemain, les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits, les cafés, restaurants et cinéma fermés.

Premier tour des municipales: une erreur ?

Le premier tour des municipales se tient le dimanche 15 mars. Record d’absention. 21 millions d’électeurs se déplacent pour voter dans des conditions particulières : gel hydroalcoolique à l’entrée et à la sortie des bureaux, gestes barrières à respecter...  Moins de 50% des inscrits se sont rendus aux urnes pour un scrutin d’ordinaire mobilisateur. Dans un entretien accordé un mois plus tard au magazine Le Point, Emmanuel Macron avoue une hantise: « Je ne voulais pas que le pays pense qu'il y avait une manipulation, que les gens puissent se dire que j'avais trouvé là un prétexte pour ne pas les organiser. Quand la défiance s'installe, elle est irrémédiable. »

Dès l’annonce des résultats, plusieurs responsables politiques, dont Yannick Jadot (EELV) et Marine le Pen (RN), demandent le report du second tour des municipales, prévu le dimanche suivant. En 24 heures, tout a changé.

La France confinée, polémique sur les masques

Alors que 127 personnes sont mortes du Covid-19, le 16 mars, Emmanuel Macron prononce une seconde allocution en direct à la télévision. Dans la foulée de l’Italie et de l’Espagne, le président annonce aux Français, sans jamais prononcer les mots « confinement » et « quarantaine », qu’ils ne pourront plus sortir de chez eux à partir du lendemain midi. Un discours au ton martial. « Nous sommes en guerre », répète à plusieurs reprises le chef de l’État, qui appelle à l’union nationale.

Le 17 mars, entrée en vigueur à 12h du confinement en France. Contrairement aux préconisations de l’OMS, la France teste peu. Faute de moyens. Dans un entretien accordé au journal Le Monde, l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn accable le gouvernement: « Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu (...) On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. » Le surlendemain, le collectif C19, qui réunit plus de 600 médecins, porte plainte auprès de la Cour de justice de la République contre Agnès Buzyn et Édouard Philippe, qu’il accuse de « négligence coupable » et de « mensonge d’État ». De quoi alimenter les critiques qui se font de plus en plus nombreuses dans l’opposition.

Lors d’une réunion d’une cellule de crise, Emmanuel Macron répond pour la première fois aux critiques qui commencent à monter: « Je félicite ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu. » 

Lors du premier week-end de confinement, le Parlement qui travaille dans des conditions particulières, avec très peu de députés et sénateurs dans les hémicycles, adopte la loi sur l’état d’urgence sanitaire qui autorise le gouvernement à gouverner par ordonnances. L’état d’urgence est voté, mais du côté de l’opposition, on émet des réserves. Meneur de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon appelle le gouvernement « à ne pas mettre la démocratie entre parenthèses ».

Le 24 mars, la barre des 1 000 morts est franchie. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement répète qu’il n’y a « pas besoin d’un masque quand on respecte la distance de protection vis-à-vis des autres. » Le soir même, Emmanuel Macron visite l’hôpital de campagne de Mulhouse et porte un masque FFP2. Depuis le début de la crise, l’exécutif affirme qu’il n’y a « pas de consensus scientifique sur la nécessité du port du masque. » Les masques restent réservés aux personnels de santé.

Confinement: combien de temps ?

Le Premier ministre annonce lors d’une simple conférence de presse le prolongement du confinement au moins jusqu’au 15 avril.

Le 30 mars, alors que la barre des 3000 morts en milieu hospitalier est franchie, Marine Le Pen, présidente du RN, hausse encore le ton et accuse le gouvernement de « mentir sur absolument tout, sans aucune exception (..) sur les masques et les tests inutiles, les frontières (..) une stratégie du gouvernement consistant à cacher le niveau de faiblesse de l'État, de nos stocks, d'impréparation de notre pays, plutôt que de dire la vérité. »

Quelques jours plus tard, Emmanuel Macron se rend dans une maison de santé à Pantin, en Seine-Saint-Denis, département le plus touché par le Covid-19 et où les inégalités sociales rendent difficiles le confinement. Près de 6 millions de contrôles d’attestation ont été réalisés par la police sur l’ensemble du territoire français.

Alors que la barre des 10 000 morts est franchie, Olivier Véran prend la parole début avril dans le journal Le Monde et tente une nouvelle fois de défendre la gestion gouvernementale: « Depuis le premier jour de la crise épidémique, nous avons décidé d’être dans l’anticipation, c’est-à-dire de disposer au moment opportun de tous les moyens possibles pour lutter contre la diffusion du virus. » Face à ce que nombre d’élus locaux qualifient de pénurie de masques, les initiatives se multiplient. Trois présidents de région LR multiplient les actions: Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France. « L’heure n’est pas encore à la polémique, mais quand viendra le temps du bilan, ce sera sévère pour le gouvernement » glisse un cadre LR.

Chloroquine ou pas chloroquine ?

Depuis plusieurs semaines, la France est secouée par une question: et si le traitement à la chloroquine présenté comme efficace par le professeur Raoult constituait un remède contre le Covid-19 ? À droite, plusieurs figures soutiennent celui dont le traitement divise le monde scientifique, mais attise la curiosité des Français. Certains, comme la députée Valérie Boyer et le maire de Nice Christian Estrosi, atteints par le virus, ont même bénéficié du traitement et en font depuis la promotion, critiquant l’attentisme de l’État sur le sujet. 

Le 9 avril, Emmanuel Macron se rend à Marseille à la rencontre de Didier Raoult. Le chef de l'État se dit « passionné » par ses études et veut que son traitement soit « vite » testé avec « des méthodes rigoureuses ». Mais attention, précise à RFI un conseiller de l’Élysée, ce déplacement ne doit pas être considéré comme une « reconnaissance », car le débat doit être tranché scientifiquement. Dans un entretien accordé à RFI, le président y revient.

Comment et quand sortir du confinement ?

Le 13 avril, après des consultations auprès des dirigeants étrangers, des scientifiques et des politiques, Emmanuel Macron s’adresse aux Français pour la troisième fois. Malgré une épidémie qui « commence à marquer le pas », le président de la République annonce que « le confinement le plus strict doit encore se poursuivre jusqu'au lundi 11 mai » pour que commence ensuite une campagne de tests. Le gouvernement a quinze jours pour présenter un plan précis de déconfinement. Pour la première fois, Emmanuel Macron reconnaît des ratés, dans l’approvisionnement de masques notamment. 

Signe qu’il prépare l’après, Emmanuel Macron évoque une forme de gouvernement d’union nationale et change de ton en appelant chacun à se « réinventer, moi le premier ». 

Le mardi 28 avril, face aux députés de l’Assemblée nationale, Édouard Philippe présente le plan de déconfinement qui débutera le 11 mai. Un déconfinement par département, en plusieurs phases et qui reposera largement sur les maires. « Il faut tout faire pour éviter une seconde vague » explique, le ton grave, le Premier ministre qui évoque la nécessité d’échapper à l’écroulement de l’économie française. Alors que la crise sanitaire est encore loin d’être réglée -on estime que seuls 5% des Français auront été contaminés par le virus le jour du déconfinement- la crise économique ne fait que débuter.

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