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«Mettre le paquet» pour sauver la culture: le plan d’Emmanuel Macron est-il assez ambitieux?

Chaque mois de fermeture représente pour le Centre Pompidou-Paris une perte de billetterie de 1,5 million d'euros.
Chaque mois de fermeture représente pour le Centre Pompidou-Paris une perte de billetterie de 1,5 million d'euros. © Siegfried Forster / RFI

Comment faire redémarrer le secteur de la culture, à l’arrêt presque complet depuis le début de la crise du coronavirus ? Le président français Emmanuel Macron a annoncé, ce mercredi 6 mai, les premiers éléments d’un plan spécifique, dont un « grand programme de commandes publiques » et une « année blanche » pour les intermittents du spectacle.

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« Je veux qu'on lance un grand programme de commandes publiques », a déclaré le président de la République à l'issue d'une réunion avec les représentants du monde culturel. « Qu'on mette le paquet. » Le grand programme, en particulier destiné aux créateurs de moins de 30 ans, concernera les métiers d'art, les spectacles vivants, la littérature, les arts plastiques. En même temps, Emmanuel Macron a rappelé que cet été, les évènements culturels avec plus de 5 000 spectateurs n’auraient pas lieu.

Un saut qualitatif ?

Après la catastrophe inédite pour la culture en France, on est donc loin d’un « New Deal », d’un saut qualitatif avec un investissement massif pour faire redémarrer la culture en France sur une nouvelle base et avec l’ambition d’un leadership culturel. La veille de la déclaration d'Emmanuel Macron, l’ancien ministre de la Culture Jack Lang déclarait dans Le Monde : « La France était un modèle, elle ne l’est plus tout à fait. » La philosophie du plan culturel d’Emmanuel Macron ressemble plutôt à une tentative de restaurer l’état de l’industrie culturelle d'avant le confinement.

Face aux nouvelles obligations d’hygiène et de sécurité, le président incite les artistes à « trouver de nouvelles formes de création, inventer des nouvelles formes d’être avec le public ». À partir du 11 mai, les libraires, disquaires, médiathèques, galeries d’art, petits musées et monuments historiques peuvent de nouveau accueillir leur public. Les portes des théâtres s’ouvriront uniquement pour les répétitions. Pendant tout l’été, tous les festivals et concerts resteront annulés. Les théâtres, cinémas et grands musées resteront fermés jusqu’à nouvel ordre. Face aux tournages arrêtés ou reportés, le président a évoqué la création d’« un fonds d’indemnisation temporaire ».

« La capacité à rester un pays de culture »

Reste à savoir si les mesures annoncées aujourd’hui seront véritablement à la hauteur de l’enjeu. En amont, le ministre de la Culture avait déclaré : « Ce qui se joue, c’est la capacité de notre pays à rester un pays de culture. » Le 30 avril, un manifeste signé par une centaine des plus grands artistes français avait exigé de ne plus être « la dernière roue du carrosse » dans la crise inédite provoquée par le Covid-19. Aujourd’hui, dans le quotidien Le Monde, plus de 200 artistes et scientifiques du monde entier, dont Madonna, Robert de Niro, Juliette Binoche ou Guillaume Canet, ont publié une tribune « non à un retour à la normale » après la crise du coronavirus. Entre autres, ils souhaitent une « transformation radicale » du système contre le « consumérisme ».

L’industrie culturelle en France emploie 1,3 million de personnes. Elle pèse autant que l’industrie agro-alimentaire et beaucoup plus que l’industrie automobile. L’annulation du Festival d’Avignon représente, à elle seule, une perte de 100 millions d’euros pour la ville et la région. L’Opéra de Paris a déjà annoncé 50 millions d’euros de perte pour cette année. Dans la filière du spectacle, la perte uniquement pour la billetterie jusqu’à fin mai est estimée à 590 millions d’euros.

Une « année blanche » pour les intermittents du spectacle

Concernant la demande d’une « année blanche », voulue par les intermittents du spectacle pour traverser la période de crise en prolongeant leur statut d’artiste sans contrat indéterminé, Macron souhaite une prolongation de douze mois, jusqu’à fin août 2021, des droits des 110 000 intermittents du spectacle à l’assurance-chômage. Il s’est montré même optimiste et « que quasiment, on n’en ait pas besoin ». Selon lui, les dispositifs prévus vont « donner, avec beaucoup de projets, les heures » nécessaires pour rester dans le système de l’intermittence. Parmi les idées évoquées : une plateforme pour mettre en relation des villes et des écoles pour engager les intermittents « une ou deux après-midis par semaine » pendant le temps périscolaires, payé par l’Éducation nationale.

On est donc loin du plan d'aide massif espéré par certains dans le milieu culturel. Alexis Corbière, député France insoumise, avait exigé ce matin sur RFI une aide d'une « somme comparable » aux sept milliards d'euros promis à Air France pour « sauver la culture ».

La vie culturelle dans l’univers numérique

Depuis le début du confinement, le secteur culturel en France paraît être plutôt mal préparé pour une vie culturelle dans l’univers numérique. On s’est souvent contenté de transposer les activités habituelles ou d’offrir gratuitement des contenus culturels sur les sites des institutions et chaînes audiovisuelles du service public - frappées déjà par un plan d’économie avant la crise. Dans l’univers numérique, aucun grand modèle économique valable semble surgir. Même les offres les plus alléchantes du cinéma français, comme Les Misérables, peinent à trouver leur public sous forme de vidéo à la demande (VoD).

Jusqu’ici, les grands gagnants dans le monde numérique sont surtout les grandes plateformes américaines. Le nombre d’abonnés de Netflix dans le monde se trouve aujourd’hui presque au même niveau que le nombre d’entrées du cinéma français dans l’année. En plus, le géant américain vient d’annoncer un élargissement de sa ligne éditoriale avec la diffusion de classiques du cinéma, en partenariat avec MK2, l’un des fleurons du septième art en France. Et alors que Disney+ a lancé début avril sa plateforme dans l’Hexagone, l’offre française Salto, qui regroupe France Télévision, TF1 et M6, peine toujours à voir le jour.

D’Amazon Prime à la Saison Africa 2020

Quant à Amazon Prime, le géant américain a fièrement sorti cette semaine Pinocchio, le nouveau film du grand cinéaste italien Matteo Garronne, grand habitué du Festival de Cannes. Ce dernier n’a toujours pas décidé si le festival aura lieu cette année à une autre date ou sous une autre forme. Entretemps, de plus en plus de festivals de cinéma se transforment en édition numérique. L'Académie des Oscars a même fait savoir qu'elle acceptait cette année la candidature de films sortis en ligne, au grand dam du Festival de Cannes.

Autant de facteurs soulignant l’urgence d’un plan Marshal pour la culture en France. Il s’agit d’éviter que la culture - selon Franck Riester, « un secteur stratégique de notre économie » - ne décroche pas au niveau national, mais aussi international. La Saison Africa 2020, à l’origine prévue à partir de juin mais depuis reportée sans date précise, n’a même pas été mentionnée. Et pourtant, elle avait été annoncée comme le grand projet culturel pour refonder les relations de la France avec le continent africain.

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