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Série: paroles d'infirmiers

Nora, infirmière en région parisienne: «Je suis tombée malade et j’ai contaminé ma famille»

Tous les soirs, les français applaudissent les soignants à 20h.Ici, à Saint-Mandé le 5 mai 2020.
Tous les soirs, les français applaudissent les soignants à 20h.Ici, à Saint-Mandé le 5 mai 2020. REUTERS/Benoit Tessier
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Les infirmiers sont en première ligne face au coronavirus. De l'Europe en Amérique en passant par l'Afrique et le Moyen-Orient, RFI leur donne la parole. En France, Nora, 39 ans, est une jeune diplômée. Elle est récemment passée de l’autre côté : celui des malades du Covid-19.

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Dans une quinzaine de jours, Nora* devra retourner travailler. « Je ne devrais pas dire que j’ai peur parce que normalement, quand on est soignant, on n’a pas peur. Mais je crains vraiment de retomber malade et de revivre cette expérience », confie l’infirmière de 39 ans actuellement en arrêt maladie.

Ce métier, pourtant, elle l’adore. C’est une reconversion. D’abord commerciale, puis aide-soignante à son arrivée en France il y a 10 ans, la jeune femme d’origine tunisienne décide de se lancer dans des études d’infirmière à l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) avec la volonté « d’évoluer et de mieux prendre en charge les patients ». Elle trouve très vite, en septembre 2019, un premier poste dans un hôpital gériatrique de la région parisienne. Son établissement prend en charge des patients âgés, souffrant de multiples pathologies, et donc particulièrement vulnérables au Covid-19.  

« Tout est arrivé très vite » 

Fin février, la pandémie se rapproche. « On s’est préparé, on a eu des réunions, regardé ce qu’on pouvait mettre en place. Mais les premiers cas sont arrivés très vite », se souvient Nora. Elle se rappelle aussi très bien de « son premier décès lié au Covid-19 ». « Je faisais un soin à une patiente lorsqu’elle a fait un arrêt cardiovasculaire. Nous l’avons réanimée avec l’infirmière étudiante qui m’accompagnait. Mais elle est décédée quelques jours plus tard ».

Au sein de cet hôpital gériatrique, la maladie frappe des patients que le personnel soignant connait bien. « Certains sont avec nous depuis plusieurs mois. On voit leurs conditions se dégrader du jour au lendemain. Ils ne répondent plus, ils ne mangent plus, ils sont fatigués, essoufflés, c’est très difficile de les voir partir comme ça », confie-t-elle. Nora souligne aussi le manque d’équipements de protection à disposition des soignants au début de la pandémie. « Il n’y avait pas assez de masques, pas assez de tenues… On a fait comme on a pu, comme partout en France », soupire-t-elle.

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« Je respectais un protocole strict et ça n’a pas suffi » 

À l’hôpital comme à la maison, l’infirmière respecte un protocole strict pour se protéger et protéger sa famille. « Avant même de toucher mes enfants, je me douchais. Je lavais tous mes vêtements à 60°C, détaille l’infirmière. Chaque jour je mettais des barrières avec ma famille, je restais tout le temps à l’écart. Je dormais pratiquement toute seule depuis le début de la pandémie. Mais cela n’a pas suffi. Je suis tombée malade et j’ai contaminé ma famille ». 
Nora explique être « passée de l’autre côté ». Pic de fièvre, gêne respiratoire, grande fatigue : elle se fait tester. Le verdict tombe : positive au Covid-19. Suivront dix jours d’angoisse, au cours desquels elle avoue avoir peu dormi : « La nuit, je restais assise tout le temps. Je cherchais l’air, j’avais du mal à respirer. Ce n’est pas encore terminé, mais maintenant je me sens mieux ? Je ne souhaite cette expérience à personne ». Reste la culpabilité d’avoir transmis le Covid-19 à sa famille : aujourd’hui, son mari est malade, ses filles aussi. « Elles ont perdu le goût et l’odorat », explique-t-elle. « Heureusement, comme elles sont jeunes, elles n’ont pas développé d’autres symptômes. En tout cas pour l’instant ».  

Plus que des applaudissements, le respect du confinement 

Lorsqu’elle retournera travailler dans une dizaine de jours, Nora prédit qu’elle sera « encore plus vigilante ». Mais elle souligne aussi la nécessité de fournir des équipements supplémentaires aux soignants. « On a peur de tomber malade alors que normalement on devrait avoir tout ce qu’il faut pour nous protéger, protéger les autres et ne pas avoir peur », regrette-t-elle. Les applaudissements des Français destinés aux soignants tous les soirs à 20h ? « Ça fait du bien, consent-elle. Mais si les gens restaient chez eux, respectaient un confinement strict, cela ferait encore plus de bien au personnel de santé. Quand je sors le matin pour aller travailler et que je vois des gens partout dehors lorsqu’il fait beau, je me demande pourquoi ils applaudissent ! Applaudir, c’est bien ! Mais surtout restez chez vous. On a tous envie que la situation sanitaire s’améliore, pour vivre à nouveau normalement ».  

*Le prénom a été changé

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