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«Ségur de la santé»: début des consultations en France pour réformer l'hôpital

Novembre 2019 à Paris: des milliers de médecins, aides-soignants, infirmiers, doyens et étudiants manifestaient pour réclamer davantage de moyens et d'effectifs.
Novembre 2019 à Paris: des milliers de médecins, aides-soignants, infirmiers, doyens et étudiants manifestaient pour réclamer davantage de moyens et d'effectifs. REUTERS/Johanna Geron

En France, débutent ce lundi 25 mai des consultations au ministère de la Santé pour réformer en profondeur l’hôpital, investir et revaloriser les salaires. Une initiative baptisée « Ségur de la santé », en référence à l’avenue où se situe le ministère. Une manière aussi de signifier l’ambition nouvelle des autorités sur le sujet.

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Le « Ségur de la santé » est certainement la première pierre dans la construction du monde d’après auquel Emmanuel Macron réfléchit depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Un monde qui aura tiré les enseignements de la crise sanitaire, des failles, des dysfonctionnements et des injustices. Car les personnels soignants, notamment à l’hôpital, attendent du président qu’il marque dans les actes la prise de conscience qu’il a semblé avoir lors de sa dernière visite à la Pitié-Salpêtrière.

Les concertations avec les partenaires sociaux qui débutent ce lundi doivent déboucher sur un plan cet été. Les attentes sont fortes ; l’hôpital est à bout de souffle depuis de nombreuses années, et la contestation a pris de la vigueur depuis un an. Manifestation après manifestation, mois après mois, des milliers de personnels de l’hôpital public ont dit leur colère, c’était avant l’épidémie. Celle-ci ne l’a pas éteinte, bien au contraire. Elle était juste mise entre parenthèses, le temps de la lutte auprès des malades du coronavirus. Les doléances sont donc toujours là, anciennes et nombreuses.

Des salaires largement en dessous de la moyenne

Au premier rang figure la rémunération, en particulier celle des personnels paramédicaux : infirmières, aides-soignantes, manipulateurs radio, etc. Le salaire des infirmières est ainsi largement en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE, loin derrière l’Irlande, la Belgique, l’Espagne ou encore la Turquie. Lors de sa visite à la Pitié-Salpêtrière, Emmanuel Macron a reconnu lui-même une « paupérisation » des soignants.

Le chef de l'État s’est engagé à augmenter les salaires. On affirme dans son entourage qu'il « entend honorer sa promesse » et qu’il est conscient qu’il y a « une dette de la nation envers les hospitaliers » après l’épidémie de Covid-19. « Il faut envoyer des signaux », affirme un ministre qui juge essentielle la question de « l’attractivité des postes » tout en mettant en garde contre une trop grande augmentation de la dépense publique, car « on va buter contre le mur de la réalité ». Dans l’entourage du président, on reconnaît que la question de la revalorisation des salaires est « un préalable à la confiance pour mener une réforme en profondeur », mais surtout que « la demande sociale » est telle sur cette réforme qu’Olivier Véran est « condamné à réussir ».

Si c'est une augmentation de 70 euros par mois pour des personnes gagnant 1400 euros, on comprendra que la donne ne changera pas énormément. Ce que demandent les collectifs, ce sont des augmentations allant de 300 à 500 euros par mois.

Pierre-André Juven

Un hôpital public peu attractif

Car la colère des soignants ne porte pas que sur la question des salaires, elle concerne aussi les conditions de travail. Les sous-effectifs, le travail à flux tendu, le manque de matériel engendrent des situations d’épuisement professionnel, ainsi qu’une perte de sens du travail et une déshumanisation du métier, regrettent les représentants des personnels hospitaliers.

Résultat, l’hôpital public est devenu peu attractif, des soignants quittent le navire pour travailler en libéral, ou bien dans des cliniques privées où les salaires sont plus élevés et les conditions de travail moins pénibles. Les établissements publics peinent à recruter des infirmières comme des médecins et doivent faire appel à l’intérim ; une solution loin d’être idéale pour le travail en équipe, et beaucoup plus onéreuse.

L’objectif poursuivi depuis plus de dix ans de faire des économies (combiné parfois au manque de personnels) a conduit à fermer des milliers de lits, alors que les besoins grandissent, en raison notamment de l’augmentation et du vieillissement de la population, font valoir les représentants du monde hospitalier. Certes, les prises en charge en ambulatoire (entrée du patient le matin et sortie le soir) ont été développées, mais cela ne compense pas la perte très importante des lits d’hospitalisation.

Nombreux sont les personnels, des aides-soignants aux chefs de service, à déplorer le manque persistant de moyens et à critiquer le modèle d’un hôpital-entreprise, pointant une logique de rentabilité et son bras armé : la tarification à l'activité. Ce mode de financement des établissements, instauré en 2004, a des effets pervers. Il incite à multiplier les actes rémunérateurs pour l’hôpital, au détriment parfois de la pertinence et de la qualité des soins.

Alors, que faudrait-il faire ? « Il faut partir d’une logique sanitaire et non budgétaire ». Ce ne sont plus seulement des soignants qui le disent, mais Emmanuel Macron aussi – ces mots sont de lui. Le président de la République a fait récemment son mea culpa. Reste maintenant à le transformer en actes.

« Les professionnels de santé sont particulièrement prudents sur ce que va donner cette concertation, avec la crainte que la logique de l'orthodoxie budgétaire qui prévaut depuis plusieurs décennies ne vienne mettre à mal les jolis mots du président de la République ou du ministre de la Santé », constate toutefois Pierre-André Juven, sociologue au CNRS et spécialiste des politiques de la santé.

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