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Le Rassemblement national, un parti au bord de la faillite?

La question des finances est sensible au sein du parti de Marine Le Pen. (Image d'illustration)
La question des finances est sensible au sein du parti de Marine Le Pen. (Image d'illustration) Alberto PIZZOLI / AFP

Le Rassemblement national (RN) pourrait-il faire faillite à moins de deux ans de la présidentielle ? L'ex-Front national a été condamné ce mardi à Paris à une amende de 18 750 euros pour recel d'abus de biens sociaux dans l'affaire des kits de campagne des législatives de 2012, mais a été relaxé de la principale accusation de complicité d'escroquerie.

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Au cœur du dossier : les « kits de campagne » des législatives de 2012. Composés de tracts, d’affiches et de sites internet, ces kits fournis par Riwal (une société de communication détenue par Frédéric Chatillon, proche de Marine Le Pen et ancien président du GUD, syndicat étudiant d’extrême droite) et possiblement surfacturés, avaient été vendus aux candidats par Jeanne (micro-parti de Marine Le Pen), en attendant le remboursement de l’État au-delà du seuil des 5% de voix. Pour le parquet, le parti s'est rendu complice de « montages fumeux » et de « prêts fictifs » visant à « transformer Riwal en une machine à faire de l'argent » et à « détourner de l'argent public ».

Seule partie civile au procès, l’État réclame 11,6 millions d’euros de dommages et intérêts contre 500 000 euros pour le parquet. « Ce qui est reproché au FN [le nom du RN avant 2018, NDLR], c’est – parce qu’il avait besoin de financement – d’avoir créé un montage complexe pour échapper aux règles de financement des campagnes électorales », explique Bernard Grelon, avocat de l’État, qui demande le remboursement de l’intégralité des sommes versées par l’État.

Un verdict en forme d’épée de Damoclès ?

Officiellement, le verdict est attendu avec sérénité par le parti. « Le dispositif était légal, il n’y aura pas de condamnation », répète à l’envi la défense qui rappelle que la commission nationale des comptes de campagne avait validé l’intégralité des comptes. Mais l’inquiétude est bel et bien là. Ce verdict, « c’est l’épée de Damoclès qui pourrait nous décapiter », craint un ancien responsable du parti qui préfère ne pas être cité. Et pour cause, les ennuis financiers du parti dépassent de loin cette affaire. Les dettes du RN sont même très lourdes. Vingt-quatre millions d’euros fin 2018, d’après les derniers chiffres officiels disponibles. Tellement lourdes que cela pourrait expliquer, selon certains, la réticence des banques à prêter à un parti que les créanciers soupçonnent de ne jamais pouvoir rembourser.

Illustration de la précarité des comptes : il y a quelques mois, lors du versement de l’aide publique annuelle, sur les 5,5 millions d’euros alloués par l’État, plus de 4 millions d’euros sont directement ponctionnés et reversés à Cotelec, micro-parti de Jean-Marie Le Pen, à qui le RN devait de l’argent. « C’est enfin réglé », confirme un proche du cofondateur du Front national. Un coup de massue pour un parti qui dépense déjà 2,5 millions d’euros chaque année pour verser loyers et salaires (dépenses de fonctionnement).

Et cette situation commence à inquiéter en interne. Difficile d’ailleurs d’aborder le sujet avec les cadres. Les seuls à s’exprimer ont quitté le parti. C’est le cas de l’ancien eurodéputé Bernard Monot, qui claque la porte en 2018. Motif principal, explique-t-il aujourd’hui : « La gestion financière ». « Je voyais la faillite arriver à grand pas », raconte l’économiste, qui accuse le trésorier du parti de prévarication. Wallerand de Saint-Just n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Même inquiétude du côté d'André Murawski, conseiller régional Hauts-de-France. Intrigué par l’emprunt contracté par le FN en Russie en 2014, il va jusqu’à solliciter, mais seulement après avoir quitté le parti, l’avis de la Cour des comptes, persuadé que le RN est en cessation de paiement.

« Le prêt russe a été conclu en septembre 2014 et devait être remboursé cinq ans plus tard. En septembre 2019, le RN n’en a pas été capable. Je me demande si ça ne correspond pas à une situation de cessation de paiement », fait mine de s’interroger l’élu, qui assure être soutenu dans sa démarche par nombre de ses anciens camarades encore encartés au Rassemblement national. Depuis, l’emprunt a été rééchelonné jusqu’en 2028. Bonne nouvelle à court terme pour le RN, mais pas à long terme, puisque l’emprunt lui coûtera encore plus cher, intérêts obligent.

Marine Le Pen, conseillère fiscale des Français

Pas question pour autant d’admettre la moindre faute de gestion des finances. Pour Marine Le Pen, les ennuis judiciaires et financiers du RN ne relèvent que de la cabale politique. La finaliste de la présidentielle 2017 en fait même un argument pour appeler à la solidarité des Français. « Aujourd’hui, face à l’aggravation des attaques contre notre mouvement, je fais appel à vous, car vous êtes les garants de notre liberté. En prêtant au RN, vous nous permettrez de nous mettre en ordre de bataille mais vous faites aussi fructifier votre épargne avec un placement de 12 mois dont le rendement est sans équivalent sur le marché », lançait-elle il y a quelques semaines dans une vidéo pour donner le coup d’envoi d’un nouvel emprunt populaire à l’approche des municipales.

Le RN risque-t-il effectivement la faillite ? Difficile à dire, la situation ne s’étant jamais produite dans la vie politique française. Un indice toutefois : la piste régulièrement évoquée d’un départ de Marine Le Pen de la présidence du parti à l’approche de 2022. Officiellement : pour se présenter comme la candidate de tous les Français. Officieusement, pour se dissocier du parti en cas de faillite.

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