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Analyse

Élections municipales: issue incertaine à Marseille

Le Vieux-port de Marseille, photo d'illustration
Le Vieux-port de Marseille, photo d'illustration RFI/Stéphane Burgatt
Texte par : Stéphane Burgatt
6 mn

La succession de Jean-Claude Gaudin, est loin d’être acquise pour la droite. Une alliance de partis de gauche est arrivée en tête au soir du premier tour et domine tous les sondages.

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De notre correspondant à Marseille,

Et si, au soir du 2e tour, on ne connaissait pas l’identité du nouveau maire de Marseille ? L’idée n’est pas si saugrenue. Cette possibilité n’est pas à exclure. Marseille, comme Lyon et Paris, se joue par secteurs. Pour les municipales, la ville est divisée en 8. La répartition du nombre de conseillers municipaux se fait sur cette base. Ce sont eux qui élisent le maire, le jour du premier conseil municipal. Longtemps, la lecture du jeu politique se faisait sur l’affrontement de deux blocs : socialistes et droite républicaine. Les choses ont changé. Avec la dispersion des listes et la montée du Rassemblement national, la désignation du maire lors du « 3e tour » pourrait revêtir des surprises.

Redistribution des cartes

Sur le constat d’un parti socialiste en miettes et d’une multiplication des forces à gauche, le Printemps Marseillais a réussi la synthèse, avec les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon ou encore les communistes. Une fusion avec les listes écologistes de Sébastien Barles a eu lieu dans l’entre-deux tours. Cette union, menée par l’ex-EELV Michèle Rubirola, a devancé d’une courte tête celle des Républicains de Martine Vassal. Moins de 2 000 voix d’écart séparent les deux femmes, sur l’ensemble de la ville. Printemps Marseillais et LR sont en tête dans 3 secteurs chacun. Dans les autres, Stéphane Ravier pour le Rassemblement National et la liste Divers Gauche de l’ancienne socialiste Samia Ghali, ont recueilli la majorité des voix. Positions assez équilibrées dans un contexte de très forte abstention. La veille de l’annonce du confinement, près de 7 Marseillais sur 10 ne se sont pas rendus aux urnes (67,24 %). Les pronostics de participation pour ce 2e tour ne sont guère plus optimistes. Les voyants sont au rouge pour l’abstention. Toutes les conditions semblent réunies. Entre une météo clémente, une campagne électorale longtemps reléguée au second plan par le contexte sanitaire et des soupçons de fraude.

L’affaire des procurations

Les candidats n’ont jamais débattu. À gauche comme à droite, à chaque tour, chacun a eu ses arguments pour refuser la confrontation de programme. Si l’élection marseillaise fait les gros titres, dans cette dernière ligne droite, c’est en raison de soupçons de dérives. Deux reportages télévisés de France 2 et un article du magazine Marianne ont mis au jour des dérives potentielles dans le recueil des procurations de vote. Le camp Vassal est visé. Selon les règles, une procuration doit être validée en présence d’un officier de police judiciaire. D’après ces révélations de presse, deux colistières LR proposaient aux électeurs de s’occuper elles-mêmes des démarches. Dans un second reportage, des familles de patients d’une maison de retraite s’indignaient que des procurations aient été établies. Certains de ces résidents étant atteints de maladies neurodégénératives de type Alzheimer. Le parquet a ouvert, dans la foulée une enquête pour faux et usage de faux. Mairie, commissariats, QG de campagne ont reçu la visite d’enquêteurs pour éplucher registres et procurations. Martine Vassal a évoqué « une cabale de journalistes parisiens ». Sa défense s’est ensuite axée sur l’argument d’excès de zèle, isolés dans son camp. Le directeur de campagne de Julien Ravier et Valérie Boyer, dans les XIe et XIIe arrondissements de la ville, a été écarté.

Jeu dangereux

Martine Vassal espère que l’enquête livrera ses conclusions avant le jour du scrutin. Rien n’est moins sûr. Pour reprendre la main, son équipe a tenté un contre-feu médiatique. Offensive menée, en son absence ainsi que des têtes d’affiche des secteurs cités dans cette affaire. Une délégation de ses colistiers affirme avoir épluché les procurations établies dans toute la ville. Des « incongruités » auraient été relevées, mais pas d’irrégularité avérée. Sans rien prouver, l’équipe de Martine Vassal tente d’insinuer que d’autres auraient pu dériver sur la même question. Cet exercice d’équilibriste assez périlleux ne pourrait avoir pour finalité que de détourner les électeurs de ce scrutin et alimenter la machine à abstention.

Un héritage difficile

Marseille sort d’un quart de siècle de mandature Gaudin. Issue du même camp et adoubée par lui, Martine Vassal est présentée comme son héritière. Sauf que le bilan Gaudin reste entaché par le drame des 8 morts des effondrements de la rue d’Aubagne. Catastrophe qui a mis en lumière le problème de l’habitat insalubre dans la ville. Suite à ce drame, les arrêtés de périls se sont multipliés, et plus de 2 000 personnes ont été délogées. De plus, dans une ville présentant des problèmes de pollution, de circulation ou encore de carences dans les écoles comme dans les transports publics, le statut d’équipe sortante est un handicap. Comme réponse, le principal argument de Martine Vassal et de présenter sa rivale, Michèle Rubirola comme le faux-nez du député LFI Jean-Luc Mélenchon.
Les craintes, les appétits ont donné à cette campagne un parfum par moments détestable. Sans débat donc, même si tous les candidats s’en émeuvent. Les poings ont plus parlé, avec de nombreuses accusations de violences et intimidations entre colleurs d’affiches. Lors du premier tour, des hommes cagoulés ont également tenté de s’emparer d’une urne par la force. Ambiance…

Et le second tour ?

Dimanche, huit élections se joueront sur la même commune. Un seul duel, quatre triangulaires et trois quadrangulaires. Les inconnues sont nombreuses. Exemple avec les listes dissidentes des sénateurs Samia Ghali (DVG) et Bruno Gilles (sans étiquette, ex LR), qui espèrent emporter chacun au moins un secteur. Ce qui les positionnerait comme « faiseur de roi » à l’heure du premier conseil municipal.
L’extrême droite, qui avait remporté pour la première fois l’une de ces mairies d’arrondissement, lors du dernier scrutin en 2014, est en position de conserver sa place dans les 13e et 14e arrondissements. Stéphane Ravier y jouera le seul duel de ce 2e tour, après le retrait des listes de gauche pourtant qualifiées. Il affrontera le candidat LR David Galtier. À noter également, que LR s’est retiré dans l’autre scrutin des quartiers nord, dans le but, là aussi, de faire barrage à l’extrême droite. De son côté, LREM maintient ses listes dans les secteurs où il s’est qualifié, même si les chances de l’emporter semblent inexistantes. Autant de données qui rendent le moindre pronostic hasardeux. Le scénario d’une majorité relative dans l’hémicycle marseillais est à prendre au sérieux.

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