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Mairie de Marseille: l'inconnue Rubirola

Michèle Rubirola, maire de Marseille nouvellement élue après avoir reçu l'écharpe tricolore lors d'un conseil municipal, le 4 juillet 2020, à Marseille.
Michèle Rubirola, maire de Marseille nouvellement élue après avoir reçu l'écharpe tricolore lors d'un conseil municipal, le 4 juillet 2020, à Marseille. CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
Texte par : Stéphane Burgatt
4 mn

Elle est la première femme maire de Marseille. Son élection à cette fonction signe la fin d'un quart de siècle de politique de droite pour la ville. Mais qui est Michèle Rubirola ?

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Elle essuie une larme au coin des yeux. Ses nerfs ont été mis à rude épreuve après une élection au bout du suspense. Michèle Rubirola maire de Marseille, personne n’aurait misé un centime là-dessus il y a 6 mois.

Sur le parvis de l’hôtel de ville, où ses militants ont attendu de longues heures « la fumée blanche », son premier bain de foule lui rappelle la réalité. Michèle Rubirola semble encore avoir du mal à y croire.

Candidate malgré elle ?

La voilà placée sous le feu des projecteurs. Il lui faudra forcer sa nature. Ce médecin de 63 ans n’est pas du genre à se mettre en avant. Au début de cette campagne, quand le Printemps Marseillais (PM) se cherchait un chef de file, ce n'est pas elle que l'on voyait endosser le costume ; ce n’est surtout pas elle qu’on attendait‎.

Benoît Payan, alors chef de l’opposition socialiste au conseil municipal, semblait se poser en leader naturel. Pas Michèle Rubirola, loin de là. Mais la liste du « Printemps » est une union de différents partis de gauche. La désignation, problématique, se fera vers un candidat de consensus, moins « marqué » politiquement. Suspendue du bureau régional d’Europe Ecologie-les Verts (EELV), pour avoir apporté son soutien au PM, dès sa conception, dans une tribune parue dans la presse, Michèle Rubirola remporte le casting. Elle devient la candidate que personne n'avait vu venir. Ironiquement, le parti écolo la rejoindra pour fusionner ses listes dans l’entre-deux tours.

À lire aussi : France: Michèle Rubirola, première femme élue maire de Marseille, fait basculer la ville à gauche

Une militante

Son expérience politique est assez pauvre. Elle fait son entrée modestement, par la petite porte, avec un premier mandat en 2008 comme élue de secteur dans les 2e et 3e arrondissements. Auprès de cette mairie de secteur acquise au Parti socialiste (PS), elle est en charge de la jeunesse et de la santé.

Elle mènera deux campagnes infructueuses aux législatives de 2007 et 2012 pour Les Verts, puis EELV. Trois ans après ce dernier échec, elle est élue au conseil départemental des Bouches-du-Rhône, aux côtés de Benoît Payan.

Mais avant ces quelques expériences, Michèle Rubirola s’est forgée dans le militantisme. Son engagement se porte en faveur de l’écologisme et de l’altermondialisme dès les années 70. Elle s’engage contre le nucléaire, les barrages de la Loire et fera même un passage sur le très symbolique plateau du Larzac.

Une Marseillaise

Fille d’immigrés catalan et napolitain, elle grandit dans le quartier du Rouet. Elle y vit toujours. Son père est militant communiste. La jeune femme s’intéresse au sport. Elle intègre la première équipe mixte de l’Olympique de Marseille et pratique le basketball.

Portée vers l’autre, elle s’engage vers des études de médecine. Elle se rêvait docteure bénévole en Afrique, mais se consacrera aux patients de sa ville. Dans un premier temps médecin généraliste, elle va se consacrer à un programme d’éducation en faveur de malades en situation de vulnérabilité sociale.

Douloureuse campagne

Médecin aguerrie, elle a encore à apprendre des codes de la politique, qui n’est pas son métier. La candidate Rubirola est gaffeuse, mal à l'aise lors de ses passages face aux médias. Benoît Payan, qui a dû s'effacer, reste à ses côtés, l’épaule dans ces moments. Et face à son manque d'aisance devant les micros, on comprend à quel point qu'elle n'a pas pris cette trajectoire par calcul. « Je ne me suis pas levé un jour en me disant : je vais devenir maire de Marseille », assure-t-elle.

Assez discrète dans les médias, elle trouvera une raison pour refuser le débat d'entre-deux-tours. Michèle Rubirola veut s’épargner les « injures » de sa rivale Martine Vassal qui la qualifie de candidate de « l’ultra gauche » et de faux-nez du député Jean-Luc Mélenchon.

Baptême du feu

Mais son tour de force reste le troisième tour de ce scrutin municipal. À Marseille, comme à Lyon et Paris l’élection du maire est indirecte. L’électeur élit des conseillers municipaux qui votent, à leur tour, pour le maire lors du premier conseil municipal. Cette règle imaginée à dessein par l’ancien maire et ministre Gaston Defferre favorise les arrangements entre partis.

Ce scrutin en a été l’exemple. Si le Printemps marseillais a un peu plus de 13 000 voix d’avance dans les urnes, il ne dispose que de 3 conseillers municipaux supplémentaires que sa rivale du parti Les Républicains (LR).

L’expérimentée sénatrice ex-socialiste Samia Ghali, avec sa liste indépendante, se pose alors en arbitre. Ses exigences sont énormes, elle veut être désignée première adjointe. À 24h du scrutin Michèle Rubirola prend le risque de rompre les négociations, en concluant : « Je ne serai l’otage d’aucun chantage ».

Le jeu de poker menteur se poursuivra, par média interposé, puis lors des interruptions de séance d’un conseil municipal où la droite conservait ses chances de l’emporter sur tapis vert. Guerre d’usure, guerre des nerfs… Samia Ghali se rangera finalement derrière sa candidature, sans contrepartie personnelle. Sacré baptême politique.

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