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14-Juillet: petite histoire des interventions présidentielles

Emmanuel Macron passe les troupes en revue avant le début du défilé militaire le 14 juillet 2020
Emmanuel Macron passe les troupes en revue avant le début du défilé militaire le 14 juillet 2020 REUTERS
Texte par : Maya Baldoureaux-Fredon
4 mn

L’interview d’Emmanuel Macron est l'un des évènements majeurs de ce 14-juillet pas comme les autres en France. C’est la première fois que le président de la République se prête à cette tradition récente de la Ve République, née sous Valéry Giscard d ’Estaing. Retour sur plusieurs années d’interviews, avec leur lot de déclarations qui font mouche.

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« Je décide et il exécute », « Elles font pschitt », ou encore « Respecter les règles c’est rester au gouvernement, ne pas les respecter c’est ne pas y rester » … Ces trois déclarations célèbres ont un point commun : elles ont été prononcées un 14 juillet. L’interview politique du président de la République juste après le défilé militaire a souvent été l’occasion pour les chefs de l’Etat de la Ve République de lâcher une petite déclaration qui restera dans les annales. L’interview du 14-juillet, c’est plus le moment de trouver la formule qui fait mouche que d’annoncer un grand tournant politique.

Parmi les phrases citées un peu plus haut, on reconnaîtra la verve chiraquienne. Interrogé en 2001 sur la polémique liée aux voyages privés qu’il aurait effectués entre 1992 et 1995 avec l’argent du contribuable alors qu’il était maire de Paris, il répond « elles font pschitt » en évoquant les accusations. Une trouvaille de communication qui avait marqué les esprits. C’est aussi à Jacques Chirac que l’on doit la formule « Je décide et il exécute », en 2004, pour faire taire les rumeurs de différend avec son ministre des Finances, Nicolas Sarkozy.

François Hollande, qui s’est lui aussi prêté au jeu de l’interview du 14-juillet déclarait en 2016 « Respecter les règles c’est rester au gouvernement, ne pas les respecter c’est ne pas y rester ». Le président faisait ainsi passer un message très clair à celui qui était alors son ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Ce dernier venait tout juste de lancer son mouvement « En Marche ! ».

« Ces petites phrases font partie du folklore de l’interview du 14-juillet », note Jean Garrigues, président du comité d’histoire parlementaire et politique. Certaines de ces phrases sont restées dans les annales… pas toujours dans le bon sens. « En 1993, lorsque François Mitterrand dit, à propos du chômage " On a tout essayé ", il donnait l’impression qu’il se résignait face à ce problème, central à l’époque. Ça lui a été très reproché », rappelle l’historien.

Hors des déclarations choc, certains 14-juillet ont été particulièrement politiques. « En 1989, on fêtait le bicentenaire de la Révolution française. La journée avait été marquée par la célébration d’une histoire glorieuse, républicaine… de nombreux chefs d’Etat étrangers étaient invités. C’était un 14-juillet exceptionnel. », raconte Jean Garrigues. Autre exemple, dans une ambiance un peu différente : le 14 juillet 1998, c’est la France Black, Blanc, Beur exaltée par Jacques Chirac… Le pays vient de remporter la coupe du monde de football, le 12 juillet.

Tradition récente

« L’interview du 14-juillet, ce n’est pas une tradition d’origine de la Ve République », relève Jean Garrigues. « L’initiative nait sous Valéry Giscard d’Estaing, en 1978. Elle faisait partie d’un ensemble de stratégies de communication : il se faisait inviter à dîner par les Français, il avait reçu des éboueurs à l’Elysée… Il a profité du 14 juillet pour se rapprocher des Français en expliquant sa politique depuis les jardins de l’Elysée », explique l’historien.

Une technique de communication qui change des traditionnelles conférences de presse, alors très prisées des présidents de la Ve République. « Même s’il y avait des journalistes pour l’interviewer, il s’adressait aux Français de manière plus spontanée », note Jean Garrigues. Tous les présidents ne se sont pas prêtés à l’exercice. Nicolas Sarkozy, par exemple, a renoncé à cette pratique.

Pour l’historien, cette interview reste avant tout un temps de rapprochement entre le président et les Français. Ce n’est généralement pas le moment d’annoncer de grandes innovations ou de grandes réformes. « En revanche, cette année, ce sera peut-être différent, parce qu’on attend d’Emmanuel Macron qu’il explique son nouveau chemin », souligne Jean Garrigues. L’actuel président ne s’était d’ailleurs jusque-là pas prêté au jeu.

14 juillet 2020: une interview exceptionnelle? 

« Avec l’inflexion de son quinquennat, il y a un besoin d’explication », explique Jean Garrigues. « Ce serait la première fois qu’une interview marquerait un véritable changement dans la politique du gouvernement. En 1982, on avait bien un tournant dans la politique de François Mitterrand, avec un tournant vers la rigueur mais ça restait plus progressif. »

Pour l’historien, le retour à cette tradition de l’interview du 14-juillet est significatif de l’importance des annonces qui peuvent être faites. « C’est quelque chose d’exceptionnel », signale-t-il. « On attend qu’il annonce les directions politiques qu’il va prendre, notamment sur les questions de solidarité, de transition écologique, de souveraineté industrielle… tous les thèmes évoqués pendant et après le confinement. Tout ça se fait dans la perspective d’une élection présidentielle qui arrive bientôt, en 2022. »

Avec cette interview, « Emmanuel Macron remet en vigueur une tradition tombée un peu en désuétude pour annoncer quelque chose d’exceptionnel », analyse Jean Garrigues. Pourtant, Emmanuel Macron l'a assuré dans son interview : il ne changera pas de cap, peut-être seulement de méthode, en associant d'avantage ses partenaires politiques à ses décisions.

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