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Coronavirus: à Roissy, voyager en avion reste un casse-tête

Des voyageurs embarquant dans un vol Air France, en juillet 2019 (archives).
Des voyageurs embarquant dans un vol Air France, en juillet 2019 (archives). JOEL SAGET / AFP
Texte par : Maya Baldoureaux-Fredon
8 mn

Depuis quelques semaines, les aéroports reprennent peu à peu leur activité. Il est désormais possible de partir en avion ou de rentrer sur le territoire français, mais la situation est loin d’être revenue à la normale. Famille séparées qui cherchent à se retrouver, étrangers qui peuvent enfin rentrer chez eux ou encore vacanciers chanceux... À l'aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle à Paris, toutes les situations se croisent, mais rentrer chez soi reste difficile.

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« L’État marocain n’a rien fait pour ses citoyens qui étaient bloqués ici en France. Je ne suis pas contente parce que ma mère, elle a 78 ans, normalement ils devaient faire le nécessaire pour le rapatriement et ils n’ont rien fait. Pareil pour ma soeur, alors qu’elles ont toutes les deux des maladies chroniques. Je ne suis pas contente, pas du tout ! », s’enerve Mina. Assise sur un banc à l’aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle, elle accompagne sa sœur et sa mère qui doivent enfin rentrer chez elles, à Rabat, au Maroc, après des mois de confinement en France.

« On est très contentes de rentrer, on est vraiment soulagées ! » s’exclame Fatima, la soeur de Mina. Avec sa mère, elle était venue passer quelques semaines en France, entre le 26 février et le 27 mars. Un mois de vacances qui s’est transformé en près de trois mois et demi de confinement. « Elles ont été bien accueillies, quand même ! » rigole Bouchra, la plus jeune de la famille. Fatima acquiesce, mais après un si long éloignement, elle a hâte de retrouver les autres membre de sa famille, restés à Rabat.

Dès que le Maroc a rouvert ses frontières, le 14 juillet, Fatima et sa mère ont essayé de rentrer… Mais les démarches se sont révélées compliquées. « Le consulat devait nous appeler, il ne l’a jamais fait, il ne nous a pas aidé ! » s’indigne Fatima. « On était obligées d’aller à l’aéroport plusieurs fois par semaine pour avoir des renseignements. C’est nous qui avons fait le nécessaire. Ce qu’on savait sur l'ouverture des frontières, on l’apprenait aux informations ou sur internet. On est allées au consulat, on a appelé plusieurs fois... Ils ne donnent aucune information et ne répondent jamais », détaille Bouchra.

Fatima et sa mère l’affirment : elles ne seront pas sereines tant qu’elles n’auront pas été enregistrées pour l’embarquement, la dernière étape à passer. Pour pouvoir rentrer au Maroc, elles doivent présenter chacune deux tests prouvant qu’elles n’ont pas le Covid : un test PCR (par prélèvement nasal ou salivaire) et un test sérologique (ce test permet de voir si une personne a développé des anticorps après avoir été en contact avec le virus, il se réalise par prise de sang).

Problèmes de tests

Arriver à faire des tests et avoir les résultats au bon moment fait partie des difficultés majeures à surmonter pour parvenir à rentrer chez soi. Victor, la soixantaine, un chariot rempli de bagages devant lui, a dû faire plusieurs heures de queue pour passer son test Covid à Paris. Il rentre au Cameroun après avoir été bloqué en France pendant tout le confinement. « Ce n’était pas difficile de trouver un laboratoire qui pratique le test mais j’ai dû faire plusieurs heures de queue. Je suis arrivé à 9h du matin et on s’est occupé de moi à 13h30 tellement il y avait de monde, raconte Victor. Mais il faut s’y plier, c’est une nécessité, la crise sanitaire est mondiale et nous devons tous nous y soumettre », tempère-t-il.

Pour Marie et ses filles Anna et Zoé, malheureusement, c’est plus difficile de temporiser. Elles n’ont pas pu prendre l’avion pour la Guyane à deux reprises. La première fois, elles ne savaient pas qu’il leur fallait une attestation prouvant qu’elles allaient voyageaient pour s’occuper d’un membre de leur famille malade, chez qui elles seront hébergées. La deuxième fois, les tests sont en cause : «On est revenues aujourd’hui, en ayant l’attestation et en ayant fait les tests 48h avant, comme c’était demandé… Mais le résultat de mon test n’est jamais arrivé. Du coup le vol est de nouveau parti sans nous et on va devoir revenir dans deux jours pour tenter une nouvelle fois d’embarquer », explique Anna, très mature pour ses 12 ans.

La famille vient de Niort, avec une dizaine de valises, réparties sur deux chariots d’aéroport. Sans les chariots, impossible de tout transporter à elles trois. Zoé, la cadette, disparaît totalement derrière la pile de bagage et peine à rester calme. Chez Marie, la fatigue et la lassitude se font sentir. « J’avais appelé Air France plusieurs fois pour demander ce qu’il fallait comme document pour embarquer et quand on est arrivées pour se faire enregistrer, on a découvert qu’il fallait une attestation, alors qu’on avait fait des heures de queue pour y avoir accès ! Et même quand on fait correctement les tests, ça ne va pas ! C’est abusé », soupire Marie, excédée.

La famille se prépare déjà à devoir refaire des tests pour pouvoir enfin partir, deux jours plus tard. Ce sera leur troisième tentative. Même si elles n’ont pas dû re payer pour leur billet d’avion, faire plusieurs fois des tests coûte cher : 54 euros pour un test PCR, remboursé par l’assurance maladie, selon le site du gouvernement. Et 12,15 euros pour un test sérologique classique, selon les prix de références.

Un retour qui coûte cher

« Déjà le billet coûtait trois fois plus cher que le retour qu’on avait au début, on en a pour 400 euros par personne environ », commence Fatima. « D’ailleurs ils ne nous ont toujours pas remboursé le premier retour qu’on avait, le 27 mars et qui a été annulé. En plus, il y a le prix des tests : les deux obligatoires, ça nous a fait à peu près 100 euros par personne ».

Une situation que confirme Victor : « Les prix aujourd’hui sont beaucoup plus élevés que ceux de mon retour initial parce que malheureusement, c’est la haute saison. Même si je me suis fait rembourser mon premier billet, les prix n’ont rien à voir. On ne tient pas compte du fait que les passagers qui rentrent aujourd’hui chez eux sont des victimes », déplore-t-il.

Au milieu du marasme ambiant, il y a quand même des chanceuses : Fatouma et ses filles ont eu la bonne surprise de découvrir que leurs vacances ne seraient pas annulées, malgré le Covid-19. « On part en Tunisie pour deux semaines ! C’est un voyage prévu de longue date, et on a eu de la chance : les billets n’ont pas été annulés », raconte-t-elle. « En plus jusqu’à présent, la Tunisie demandait un test Covid mais maintenant qu’on est passé en vert, ils n’en demandent plus ! » La jeune mère ne se dit pas trop inquiète de partir malgré l’épidémie, elle respectera les gestes barrières et ses filles aussi. Des vacances qui sont un vrai soulagement, après ces mois de confinement.

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