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Reportage

La lavande, la plante aux mille vertus

Si la lavande est avant tout une plante médicinale, elle est aussi utilisée pour son parfum par de grands parfumeurs et des aromathérapeutes.
Si la lavande est avant tout une plante médicinale, elle est aussi utilisée pour son parfum par de grands parfumeurs et des aromathérapeutes. RFI / Corinne Binesti
Texte par : Corinne Binesti
8 mn

On la surnomme « l’or bleu ». Porte-bonheur, symbole d’amour ou de partage, elle parfumait déjà les bains des Égyptiens ou celui des Grecs pendant l’Antiquité et les Romaines se frictionnaient le corps avec son essence. Aujourd’hui, la fleur de lavande est toujours une senteur très prisée et d’exception.

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C’est toujours en été que le parfum est le plus enivrant. Mais pour trouver un champ bleu, il faut d’abord marcher dans la vallée ou aller encore plus haut dans la montagne, à 900 mètres. C’est là que la sauvageonne se plaît le plus. Car elle aime l’altitude, les terrains calcaires, le froid l’hiver et le chaud l’été. Aussi, depuis la nuit des temps, il est une terre située au pied du Vercors qui, chaque année, donne une fleur de lavande d’exception à la renommée incontestée. Celle qui entoure le village de Chamaloc, situé en Drôme (Le Diois), dans le sud-est de la France. C'est ici que, depuis trois générations, la famille Aubanel se transmet de père en fils une exploitation familiale de lavande. Trente hectares de plans cultivés et transformés en bouquets, ou en huile essentielle d’une pureté rare. L’alambic du grand-père Aubanel qui, déjà dans les années 1930, distillait la fleur a été aujourd'hui remplacé par une grosse turbine moderne en acier inoxydable, qui distille des lavandes fines, AOC (appellation d'origine contrôlée) ou biologiques.

Un savoir-faire ancestral

« On travaille dur, mais on est passionnés. On a un rapport très particulier à la nature qui fait que, tous les jours, on a l’envie de recommencer », raconte Alain, 57 ans, le fils Aubanel, troisième génération, qui constitue l’un des trois associés de la Distillerie des 4 Vallées. Avec sa femme, Cécile, et Maxime, un ancien employé, ils font à eux trois tourner l’entreprise et se partagent les tâches. Quelques jeunes viennent leur prêter main forte pendant la récolte : semer, récolter, sécher et distiller… « La lavande fine, c’est la lavande qui fait la spécificité de la production française, dit Maxime. On la trouve à l’état sauvage dans les montagnes sèches du sud de la France de 600 à 2 000 m d’altitude. » Et la récolte a lieu une fois par an, du 15 juillet 15 août.

Aussi, tous les ans, Alain et Cécile prennent plaisir à « embarquer » dans leur 4X4 familial des amis ou des curieux pour aller faire découvrir leurs champs de lavande. Sur les petites routes qui serpentent tout autour de la vallée, les parcelles offrent un camaïeu de bleu inattendu. Une couleur de fleurs qui passe du mauve clair à un bleu très soutenu dans une région qui, depuis toujours, fait de la lavande et des graines réputées. Des semis que les Aubanel se procurent alentour.

Une agriculture raisonnée

Et leurs champs font la différence. À commencer par la préservation des abeilles, essentielle pour la bonne marche de la pollinisation. Aussi des ruches sont installées toute l’année. Cécile ne se lasse pas d’observer les petites rayées qui butinent et travaillent sans relâche. « Ce sont les ruches des apiculteurs avec lesquels nous travaillons », dit-elle. Aucun produit nocif, qui risquerait de mettre à mal les abeilles et les plans, n’est déversé. Les agriculteurs préfèrent utiliser des pièges à phéromones ou, en cas de grande nécessité, un traitement occasionnel avec des produits homologués. « La lavande, c’est comme un verger. On doit en prendre soin toute l’année et ne pas faire n’importe quoi », dit Alain. L’hiver est ainsi consacré à l’entretien des champs et à l’apport d’engrais.

Maxime, lui, prépare un compost végétal à base des déchets naturels récupérés lors de l’extraction de l’huile essentielle. Puis au printemps, l’agriculteur enherbe ou désherbe les plans. Un travail majeur dans une région où les champs sont en pente. Se prémunir de l’érosion des sols est une nécessité car, depuis plusieurs années, Alain et Maxime constatent des orages très violents en raison des changements climatiques. Un impact direct qui leur donne plus de travail. En effet, la lavande est une plante qu'il faut choyer avant d'en extraire l'huile. Elle doit être séchée plusieurs jours après sa récolte, puis retournée à la main avant d’être transformée à la distillerie en huile essentielle. Une machine qui fonctionne comme une grosse cocotte-minute.

« C’est une extraction à la vapeur d’eau, dit Alain. Cela traverse le végétal puis, par un système de refroidissement, la vapeur se transforme en huile ». Alain raconte aussi que ce sont les Sumériens dans le sud de la Mésopotamie qui, il y a 2000 ans, ont fait les premières distillations en faisant passer la vapeur à travers des paniers en osier où ils installaient leurs végétaux. Ensuite, les Arabes inventèrent l’alambic. Pour Agnès et Mireille, toutes deux retraitées, chaque année est vécue comme un pèlerinage. Elles viennent avec leurs jerricans pour récupérer aussi de l’eau florale de lavande. « Nous, on l’utilise toute l’année. D’ailleurs, on a une super peau et on ne fait pas notre âge », assurent-elles.

Lavandin ou lavande : l’un est stérile, pas l’autre

Il faut dire que l'or bleu a des secrets bien cachés. À la différence du lavandin qui, lui, certes parfume, mais est aux antipodes. Car si en France, il se cultive environ 2 000 hectares de lavande fine, on compte en revanche près de 19 000 hectares de lavandin. « Les deux plantes sont bien différentes, explique Alain Aubanel. La plupart des photos de lavande que nous voyons sur des cartes postales sont prises sur le plateau de Valensole, situé au-dessus de Manosque, ou encore en bord d’autoroute vers Montélimar, ou Avignon. En réalité, c’est du lavandin. »

En clair, un champ avec des épis à bouts pointus, tous de la même couleur, c’est du 100% lavandin. « La lavande, elle, pousse en vallée ou en altitude et le bout de son épi est irrégulier », poursuit l’agriculteur. Et de préciser que le lavandin est un hybride naturel, mais stérile qui ne se reproduit que par bouturage. Sa bouture est ainsi composée de lavande fine, celle qui pousse dans la Drôme, le Vaucluse ou encore les Alpes, et d’une autre variété, la lavande aspic, qui pousse plutôt en bord de Méditerranée. Moins cher que la lavande, le lavandin produit dix fois plus et est utilisé davantage pour l’industrie ou la parfumerie fonctionnelle : lessive, adoucissant, savon, gel douche, shampoing…

« La lavande, c’est le couteau suisse de la pharmacie »

Les bienfaits thérapeutiques de la fleur bleue sont avérés. « Elle est antiseptique, antalgique et décontractante », assure Alain, qui raconte aussi qu’avant la guerre de 1914, c’était le seul antiseptique puissant connu et que tous les stocks de lavande avaient même été réquisitionnés par l’armée française pour soigner les brûlures et les infections des blessés, sauvant ainsi des milliers de personnes.

Pour l’heure, si la lavande est avant tout une plante médicinale, elle a en plus l’avantage de sentir bon. Un élixir unique qui, encore aujourd'hui, sert les grands parfumeurs, les aromathérapeutes ou même les amoureux de l’épi bleu.

(Ré)écouter : La lavande menacée dans son berceau du sud-est de la France

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