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Abus aux Foyers de la Charité: des doutes sur les accusations contre le père Finet

«Nous demandons une démarche de vérité et de justice car beaucoup de choses demeurent très obscures», commente Olivier Charbon, neveu du père Finet (image d'illustration).
«Nous demandons une démarche de vérité et de justice car beaucoup de choses demeurent très obscures», commente Olivier Charbon, neveu du père Finet (image d'illustration). Fry Design Ltd via Getty Images

En mai 2020, des accusations d’abus physiques et psychologiques sur des mineures ont été portées contre le père Georges Finet, cofondateur des Foyers de Charité, une œuvre catholique internationale. Sa famille proteste, de même qu’un collectif d’anciennes élèves.

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Le père Finet (1898-1990) ne peut plus répondre de ses actes, puisqu’il est décédé il y a 30 ans. Ses nièces et neveux, eux, se battent pour sa mémoire, ternie par les accusations portées en mai dernier à son encontre, mais aussi pour l’image des Foyers de charité. Cette organisation a été co-fondée en 1936 par le père Finet et la mystique Marthe Robin – dont le procès en béatification est en cours à Rome. Implantée dans 78 pays, elle propose des retraites spirituelles à 50 000 personnes chaque année.

Au total, 46 témoignages de femmes, mineures au moment des faits, auraient fait état de comportements « gravement déviants », selon une commission de recherche indépendante, confiée par les Foyers de Charité à des personnes extérieures dont l’identité n’est pas connue. Le père Moïse Ndione, modérateur de l’œuvre des Foyers de charité, mandaté depuis 2016 pour mener à bien une réforme de gouvernance, a résumé ces témoignages dans un communiqué, sans dévoiler leur exacte teneur.

La synthèse officielle de la recherche menée auprès d’anciennes élèves n’évoque pas des abus sexuels ou des attouchements, mais fait état de « touchers de corps », et énumère les zones concernées : « le cou, les seins, la poitrine, le sternum, le dos, les bras, les fesses, les cuisses et les genoux ». 

Les 26 premières femmes à avoir évoqué ce passé, sur une période qui va de 1945 à 1983, sont pour la plupart d’anciennes élèves d’un internat situé à Châteauneuf-de-Galaure, dans la Drôme. Sur les 143 témoignages sollicités par les Foyers de Charité entre septembre 2019 et mars 2020, la plupart sont favorables au père Finet. Seul problème : « Quatorze récits font état de touchers de corps, et vingt de questionnements intrusifs à caractère sexuel lors de confessions », selon la commission d’enquête présidée par la théologienne Françoise Gaussen – nommée début juillet à la tête des pèlerinages du diocèse d’Aix-en-Provence et Arles.

Trop d’opacité dans une « enquête » qui n’en est pas une

Les Foyers de Charité, interrogés par le quotidien La Croix en juin, ont indiqué n’avoir pas « missionné une enquête en vue d’un procès destiné à juger le père Finet coupable ou innocent, selon des critères pénaux et/ou canoniques. Nous avons ouvert, avec cette commission de recherches, un espace d’écoute des victimes pour qu’elles puissent nous indiquer ce qu’elles avaient subi. La mission de la commission n’était pas de se prononcer sur l’auteur des faits, mais de se prononcer sur les actes reprochés au père Finet, et qui, hélas, ont été confirmés par de nombreux témoignages concordants. »

La famille du prêtre proteste, ainsi qu’un collectif d’une centaine d’anciennes élèves, formé à cette occasion. Ils s’adressent chacun de leur côté début juillet à l’Eglise catholique pour demander plus de transparence. Leur grief : trop d’opacité autour de la commission de recherche, dont la composition n’est pas divulguée, pas plus que son rapport. Le Vatican est sollicité pour que l’affaire soit « réexaminée de façon totalement transparente ».

Neveux et nièces du père Finet ont envoyé un « mémoire en défense » au Vatican, à la Conférence des évêques de France et au père Moïse Ndione. Ce document dénonce une « injustice : un homme est désigné coupable sans pouvoir se défendre (ou être défendu par sa famille) puisqu’il leur est refusé de connaître ce qui lui est clairement reproché. »

D’anciennes élèves contestent l’usage fait de leurs témoignages

De leur côté, d’anciennes élèves ayant témoigné « en toute bonne foi » se demandent comment leurs dires ont été interprétés, et si elles ne sont pas devenues des « victimes à leur insu ». Elles ont demandé que leur soit remis l’intégralité du rapport et des 143 témoignages recueillis, sans recevoir de réponse. La même requête, faite la famille, a été refusée, au motif du respect de l’anonymat des témoins.

Marie-Laurence, membre du collectif des anciennes élèves de Châteuneuf-de-Galaure, estime que l’affaire va trop loin : « Les actes présumés du père Finet sont devenus des « agissements » et les témoins des "victimes" ». Elle explique avoir reçu en 2019 un mail des Foyers de la Charité, comme d’autres élèves, leur demandant de témoigner « par devoir de mémoire ».

Tout part de propos tenus le 22 février 2019 dans une émission de France culture par Alain Houdy, un homme victime de pédophilie dans son enfance, et qui emploie les mêmes mots – « faire la confession la tête entre les cuisses du prêtre » - pour son propre traumatisme et celui d’une ancienne compagne, défunte, ayant été élève du père Finet.

« Nous ne sommes pas dans le déni des ressentis de qui que ce soit, mais la condamnation du père Finet est tirée d’une simple écoute, et non d’une enquête en bonne et dûe forme, poursuit Marie-Laurence. Nous pensions aider, mais nous ne savons pas ce que sont devenus nos témoignages et dans quelle catégorie ils ont été classés : boutonner un tablier est-il devenu un attouchement ? Le père Finet avait des gestes paternels, il nous considérait comme ses filles ». Autre question : « Pourquoi les Foyers de la Charité disqualifieraient leur père fondateur ? ».

Le collectif, remonté, regrette d’avoir livré des témoignages sans avoir su à quoi ils allaient servir. Il a mis en demeure la Conférence des évêques pour qu’elle démente son propre communiqué de presse sur l’affaire, qui évoque une « enquête » au sujet du père Finet, alors qu’il n’y a eu que simple collecte de témoignages.

« Les questions de pédophilie dans l’Église sont épouvantables, et il faut les juguler, conclut Olivier Charbon, le petit-neveu du père Finet. Le premier signalement est parti de propos rapportés par ouï-dire, lors d’une émission de France Culture. Or, aucun témoignage ne va dans ce sens. Le père Finet était en effet tactile comme l’était son frère, mon grand-père. Et comme lui, il pouvait prendre des petites filles et des petits garçons sur ses genoux sans pour autant avoir une arrière-pensée malsaine. S’il a commis des fautes, elles sont certainement involontaires. À mon sens, les membres de la commission d’enquête doivent être interrogés. J’en ai l’intime conviction : mon oncle, qui a consacré 67 ans au sacerdoce, était un saint homme ».

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