France: le mystère des chevaux mutilés

La plupart des propriétaires de chevaux n’ont pas de moyens de surveillance et peu de moyens de protection face à ces attaques.
La plupart des propriétaires de chevaux n’ont pas de moyens de surveillance et peu de moyens de protection face à ces attaques. Getty/ FatCamera

Depuis le début de l’année près d’une quinzaine de chevaux ont été mutilés dans plusieurs régions de l'Hexagone. Les équidés sont retrouvés morts, avec une oreille coupée ou un œil arraché. L’inquiétude grandit chez les propriétaires du million de chevaux présents en France.

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Dans un petit village du Jura, Manon Calet a retrouvé vendredi 14 août l’une de ses deux juments tuée, un œil et une oreille en moins. « C’était un coup de massue. On avait entendu parler de ces affaires de mutilations, mais jamais on aurait pensé qu’on attaquerait dans un si petit village ! », s’exclame-t-elle. Sa jument, Aïda, vivait en pension chez les Guyetant, un couple d’éleveurs aujourd’hui très inquiet.

La plupart des propriétaires de chevaux n’ont pas de moyens de surveillance et peu de moyens de protection face à ces attaques. Claude Guyetant se sent totalement impuissante et n’avait jamais vu cela en trente ans. « Nous sommes totalement démunis car nous gardons 40 chevaux en été, et jusqu’à 80 l’hiver, mais nous n’avons que huit boxes. Nous avons essayé de les rapprocher de notre propriété, mais on est obligé de les laisser dehors, c’est ingérable », déplore-t-elle.

Depuis le début de l’année, quatorze cas de mutilations ont été recensés en France. D’abord en Moselle le 14 février, puis en Vendée, dans l’Aisne ou encore dans le Jura. Des endroits aussi divers que le type d'équidés touchés. Les cas concernent à la fois des chevaux, des poneys ou des ânes - le modus operandi, lui est quasiment le même : l’animal est retrouvé, gisant au sol, avec l’oreille droite découpée, souvent un œil arraché, parfois même d’autres parties du corps.

Une multiplication des cas au mois d’août

Depuis le début du mois d’août, six cas ont été signalés. La Fédération française d’équitation a réagi et s’est portée partie civile aux côtés des victimes. Serge Leconte, son président, est choqué par de tels actes, il ne s’agit pas de voler de la viande comme on a pu le voir dans le passé, mais bien selon lui, de torturer gratuitement. Autre hypothèse qu’il évoque, les malfaiteurs garderaient l’oreille comme trophée, une pratique que l'on observe aussi dans le monde de la tauromachie. « En tout cas, les gens à l’origine de ces actes doivent connaître les chevaux parce qu’on ne les esquinte pas sans savoir les approcher et les mettre en confiance », assure-t-il.

Autre point commun aux équidés tués ; ils étaient en général peu craintifs. Manon Calet, propriétaire de deux juments n’a ainsi perdu « que » l’une d’entre elles, Aïda, la moins timorée, alors que Kyrielle, pourtant dans le même pré au moment du crime, a été épargnée. « Personne ne peut l’approcher », affirme sa propriétaire, non sans fierté. Avoir des chevaux très sociables, c’est justement ce qui inquiète Océane, propriétaire de chevaux « qui ne s’affoleraient pas si un inconnu s’approchait de l’enclos ». Elle est d’autant plus angoissée qu’elle ne peut rien faire d’autre que de compter sur ses deux chiens, et son voisin. Certains propriétaires réfléchissent même à investir dans des caméras de surveillance pour se protéger.

Plusieurs enquêtes ouvertes, peu de pistes

Dès le 30 juin, le Service central du renseignement territorial s’inquiétait, dans un communiqué, de la recrudescence du phénomène. À ce jour, dix procédures sont ouvertes. Le problème, c'est que les affaires ne sont pas centralisées. Différentes gendarmeries sont en effet concernées, ce qui ne facilite pas les avancées de l’enquête.

Aucune piste n’est à ce jour privilégiée. Mais l’hypothèse liée à des pratiques sectaires n’est pas écartée. La Midiluves, la mission interministérielle qui surveille les dérives sectaires en France, a été sollicitée sur le sujet. « Des éléments portés à notre connaissance nous rappellent certains rituels sectaires. Les quatre premiers cas en 2020 pouvaient correspondre, selon les dates, à des fêtes comme Walpurgis (fin avril - début mai), des fêtes néo païennes teintées de sorcellerie, ou coïncider avec la fête celtique nordique de Beltaine en lien avec la célébration de la nature », explique la secrétaire générale de la mission, Anne Josso.

Les groupuscules satanistes en France n’ont pas fait parler d’eux depuis plusieurs années, mais malgré tout, « il ne faut pas ignorer le potentiel de violence qui peut se développer au sein de ces petits groupes très discrets », met en garde Anne Josso. « Ces cas se sont certes multipliés cette année, mais ne sont pas inédits », rappelle la secrétaire générale de la Midiluves. Et ce, ni en France, ni ailleurs en Europe. Déjà en 2015 et 2016, la Belgique recensait plusieurs cas de chevaux blessés à l’arme blanche. En Allemagne ces dernières semaines, neufs chevaux ont été blessés au couteau dans la région de Mannheim. Un suspect a été identifié, selon la presse locale, mais pas encore arrêté.

En France, plus de 4000 propriétaires d’équidés tués et mutilés se retrouvent sur Facebook. Leur groupe « Justice pour nos chevaux », a été créé en juillet dernier par Pauline Sarrazin, elle-même en deuil de sa jument. Chaque jour, ils livrent leurs témoignages, leurs conseils et leurs angoisses, en attendant que l’enquête n’aboutisse.

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