Procès des attentats de janvier 2015: le principal accusé dénonce les «balances mythomanes»

Dessin représentant les quatorze accusés et leurs avocats, le premier jour du procès des attentats de janvier 2015.
Dessin représentant les quatorze accusés et leurs avocats, le premier jour du procès des attentats de janvier 2015. BENOIT PEYRUCQ / AFP
Texte par : RFI Suivre
4 mn

L'examen de personnalité des accusés se poursuit dans le procès des attentats de janvier 2015 avec celui consacré, ce vendredi matin, à Ali Riza Polat, seul prévenu présent à encourir la perpétuité pour « complicité de crimes » terroristes. 

Publicité

Avec notre envoyée spéciale au tribunal de ParisLaura Martel

Bras croisés, Ali Riza Polat prend la parole. « Je veux d’abord dire que je suis innocent, je suis là à cause de balances mythomanes, au début je voulais pas parler mais comme ils "mythonent", je vais m’expliquer », annonce-t-il.

Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir servi de « bras droit » à Amédy Coulibaly et d'avoir joué un rôle central dans les préparatifs des attaques de l'Hyper Cacher et de Montrouge, mais aussi celle de Charlie Hebdo, commise par les frères Saïd et Chérif Kouachi.

Grand costaud de 35 ans, le verbe haut, Polat évoque son parcours : « À l’école, j’étais un peu bon mais j’voulais pas travailler, j’ai commencé les magouilles pour l’argent. Ma vie, c’est faire du business. »

L’argent, c’est son leitmotiv. « Il y a des accros à la lecture, vous c’est l’argent ? », relance le président. « J’veux de l’argent. De belles choses. Mourir riche, pas pauvre », répond l’accusé qui avoue sans ambages : « Dès que je sors, je ferai du grand banditisme, ça paye plus. » Car le « business » d’Ali Riza Polat, c’est d’abord la drogue, puis les escroqueries.

 ► À lire aussi : Quel est le profil des accusés ?

« Abandonner les stupéfiants, c’est en rapport avec la religion ? », demande le président. « Non, j’ai atterri en prison en 2012 à cause d’un indic, j’me suis dit : "c’est fini". Ma conversion à l’islam, c’est 2014. » Mais n’y a–t-il pas une contradiction entre sa foi et ses activités ? « Je suis croyant, je fais mes cinq prières et mes conneries à côté, je ne mélange pas les deux. Et je demande pardon à Dieu », explique le trentenaire.

« C’est comme un juif ou un chrétien, qui fait ses prières et des péchés à coté, comme tout le monde », ajoute-t-il.

Ali Riza Polat dit avoir rencontré Amedy Coulibaly, le tueur de Montrouge et de l’Hyper Cacher, en 2007, et avoir trafiqué avec lui. « Je paye mon amitié avec Amedy alors que je me désolidarise de ce qu’il a fait », affirme l’accusé. « Faut pas tuer des innocents, moi je ne suis pas dans le combat religieux, j’ai de la haine envers personne, regardez mon casier, il n’y a pas de crimes de sang », conclut-il.

Comme les autres accusés présents dans les box vitrés, Ali Riza Polat n'a jamais été condamné pour des faits de terrorisme.

Pour son avocate, Isabelle Coutant-Peyre, il n'a rien à faire dans ce procès, « sachant que les gens qui ont fourni les armes à Amedy Coulibaly et ses amis les frères Kouachi ne sont pas poursuivis dans la procédure, et qu'ils ont été identifiés. »

« Deuxième point, ajoute-t-elle, tout ça ne serait jamais arrivé si les services de renseignement, qui ont suivi longtemps et surveillé les frères Kouachi et Coulibaly, n’avaient pas arrêté quelques mois avant de les surveiller. »

La cour d'assises doit examiner ce vendredi après-midi les personnalités des trois grands absents au procès : Hayat Boumeddiene, compagne d'Amédy Coulibaly, et les frères Belhoucine, dont l'aîné Mohamed est également jugé pour « complicité ».


 ■ Succès pour le numéro spécial procès, 200 000 exemplaires réimprimés

Le numéro de Charlie Hebdo dans lequel ont été republiées les caricatures de Mahomet, qui en avaient fait une cible du terrorisme islamiste en 2015, a été épuisé dès le premier jour et est en cours de réimpression, a annoncé ce vendredi à l'AFP le journal satirique.

Le numéro paru mercredi, titré « Tout ça pour ça », et qui reprend en une les caricatures publiées par l'hebdomadaire en 2006, avait été tiré à 200 000 exemplaires (trois fois le volume habituel) qui ont tous été écoulés dès le premier jour, indique-t-on au sein du journal.

Deux cent mille exemplaires sont en cours de réimpression et seront disponibles dès samedi.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail