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Attentat de janvier 2015: trois premières journées de procès marquées par l’émotion

Des avocats lors du premier jour de procès des attentats de janvier 2015, le 2 septembre 2020.
Des avocats lors du premier jour de procès des attentats de janvier 2015, le 2 septembre 2020. REUTERS/Charles Platiau
Texte par : Laura Martel
5 mn

Dans le procès des attentats de janvier 2015, cette deuxième semaine de procès est consacrée à l’attaque contre Charlie Hebdo. Les proches des victimes et les survivants témoigneront. Avant cela, les trois premiers jours avaient déjà été marqués par l’émotion.

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Dès l’arrivée dans la salle le premier jour, il y a d'abord ce moment entre l’équipe Charlie, survivants, proches de victimes, collègues. Riss, Sigolène Vinson, Simon Fieschi, Patrick Pelloux, entre autres, s'étreignent longuement, se parlent à l'oreille, les yeux prêts à déborder. L’émotion, on le sent, est intense, mais vite interrompue par la mécanique de début de procès : le fastidieux appel des centaines de parties civiles, témoins et experts, le brouhaha du balai des dizaines d’avocats, les connexions hasardeuses entre salles d’audience et de retransmission.

Silence dans la salle

Et puis en début d’après-midi, le silence retombe comme une chape de plomb, quand le président commence sa lecture des éléments à charge et à décharge par la chronologie des attentats. Un silence comme imprégné de douleur, on entend certaines parties civiles respirer bruyamment, d’autres quitter la salle. Et puis il y a ce sanglot qui éclate. Le président s’est malencontreusement trompé sur le prénom de Charb. Sa mère fond en larmes et crie : « Il s’appelait Stéphane », avant de sortir de la salle.

Les victimes et proches qui parviennent à rester finissent la journée vidés, comme l'imprimeur de Dammartin-en-Goele Michel Catino qui confie que, simplement, « c'est trop ».

►À lire aussi : Les enjeux du procès des attentats de janvier 2015 à Paris

Confrontation d'émotions

Mais l’émotion n’est pas que du côté des parties civiles. Les deuxième et troisième jours, on passe à l’examen des personnalités des accusés. Les 11 hommes évoquent leur parcours. Malgré leurs profils divers, de 30 à 68 ans, ce sont tous des délinquants de droit commun, au casier plus ou moins chargé. Ce qu’ils ne nient pas, mais en revanche, tous le martèlent : ils ne sont pas des terroristes. Et ils expriment leur colère, leur frustration, leur désespoir même, d’être désignés comme tels. Miguel Martinez, 38 ans, parle lui de « honte » et de « son mal-être permanent d’être face à des proches des victimes qui le croient responsable de leur douleur ».

Mais même si chacun à leur manière, les 11 accusés ont tous un mot pour les victimes, on sent bien que leur propos sont tout simplement inaudibles pour beaucoup de parties civiles. Les dénégations, la compassion exprimée ne passent pas. Les mots « victimisation », « odieux », « indécent », reviennent dans la bouche de certains avocats de parties civiles.

D’ailleurs, cette confrontation d'émotions a comme imprégné dès le premier jour les échanges entre avocats. Des échanges souvent vifs dans lesquels transparaissent, côté victimes, l’angoisse que ce procès ne réponde pas à la soif de vérité et de justice, et côté défense, la peur que les accusés soient condamnés avant même d’être jugés.

►À lire aussi : Qui sont les 14 accusés du procès des attentats de janvier 2015 ?

Problèmes techniques et d'organisation

Ces trois premiers jours, ont aussi été marqués par des problèmes « de forme » loin d'être anodins, car ils pourraient avoir des répercussions sur le fond. À commencer par la question des masques, d’abord annoncés obligatoires même en cas de prise de parole. Mais « impossible pour un accusé de se défendre pleinement sous un masque », plaide la défense le premier jour. Règles sanitaires contre droit de la défense, après 24 heures de controverse, la hiérarchie judiciaire a tranché. Finalement, le masque pourra être enlevé pour parler.

Cette polémique en a un peu caché une autre, liée à l’organisation du procès. Alors que les audiences sont filmées pour l’histoire, et que l’installation technique est donc censée être au point, les avocats et parties civiles installées dans les trois salles de retransmission n’entendent souvent rien. Résultat : des interruptions d'audience tous les jours. Mais pour Me Antoine Comte, l’avocat de plusieurs victimes de Charlie, ces interruptions sont secondaires. Le problème, selon lui, est que pour espérer des moments de vérité dans un procès, il faut confronter les acteurs ; or avec des parties dispersées dans plusieurs salles, derrière des écrans, « il y a une déshumanisation qui rend cette dynamique impossible », dit-il.

Audiences à rallonge et retards

Enfin, ces trois jours, les audiences ont duré au-delà de 20 h. Pour la défense, cela constitue encore une atteinte aux droits des accusés. Certains arrivent à minuit en cellule et ont moins de 5 heures pour manger, se laver et dormir avant de retourner au tribunal. Un rythme intenable pendant deux mois, expliquent leurs avocats, d’autant que leurs auditions sur le fond ne vont pas débuter avant la sixième semaine. Autant de points sur lesquels les parties civiles sont elles aussi vigilantes, ne serait-ce que pour éviter que les accusés aient d'éventuels motifs de recours.

Malgré ce rythme soutenu, les audiences ont déjà pris du retard : ce lundi, la cour débutera donc avec l’examen de la personnalité de Medhi et Mohamed Belhoucine, accusés en fuite, avant d’entendre les policiers qui ont enquêté sur l’attaque contre Charlie Hebdo.

►À écouter aussi : Grand reportage - «Charlie Hebdo»: retour sur trois jours d'attentats à Paris

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