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Reportage

France: les trains de nuit sortent de leur sommeil

Deux nouveaux trains de nuit partiront de Paris en 2022.
Deux nouveaux trains de nuit partiront de Paris en 2022. RFI / Stéphane Geneste
Texte par : Stéphane Geneste
6 mn

Dans le cadre du plan de relance présenté par le gouvernement français, deux lignes de trains de nuit vont revoir le jour à l’horizon 2022. Longtemps délaissés par le gouvernement, presque condamnés à disparaître, les trains de nuit ont toujours la cote et suscitent même un étonnant engouement.

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Gare d’Austerlitz, à Paris. 20 h. Les halls de la gare parisienne sont calmes. Seuls quelques voyageurs arpentent les couloirs pour rejoindre leur taxi. Soudain, la petite musique qui précède une annonce rompt ce silence relatif. « Mesdames, messieurs, l’Intercités de nuit numéro 5799 en direction de Briançon partira de la voie numéro 4 », peut-on entendre depuis les haut-parleurs. Il n’en fallait pas moins pour que les personnes assises sur les quelques bancs à proximité des écrans d’affichage se pressent, dans une certaine quiétude, vers ce train.

Paris-Briançon, à 800 kilomètres de là, dans les Hautes-Alpes à la frontière italienne, c’est l’une des deux dernières lignes de nuit proposées par la SNCF.
Avant de pouvoir accéder aux fameuses couchettes qui font le charme de ces trains, il faut montrer patte blanche au bout du quai. Johanna et Doudou, les deux cheffes de bord, accueillent la centaine de passagers. « Le train de nuit, c’est génial. Sur la ligne Paris-Briançon, c’est familial, très calme. Auparavant, quand je faisais Paris-Nice, c’était beaucoup plus festif », lâche Johanna, qui travaille depuis douze ans dans ces trains.

►À écouter aussi : France: le réveil des trains de nuit

Quelques minutes plus tard, à 20h40, il est l’heure de quitter Paris. Pendant que les voyageurs découvrent leurs compartiments, Johanna ouvre la porte d’une petite cabine à l’arrière d’une voiture. « Le départ de notre train est imminent, prenez garde à la fermeture automatique des portes », finit-elle avec un sourire. S’ensuivent des coups de sifflets sur le quai, et un bruit sourd lors de la fermeture des portes. Le train commence à s’ébranler. Prochain arrêt, Crest, prévu dans neuf heures, à 4h42.

Convivial et pratique

Les minutes défilent. Le soleil se couche au loin et les dix voitures que composent ce train dépassent à vitesse modérée les gares de la banlieue parisienne. Dans la voiture numéro 11, Bernadette et ses deux petits-enfants, Lola et Alexandre, s’installent dans leur compartiment. « Ce n’est pas la première fois que je dors dans un train de nuit et j’adore ça ! Je préfère même dormir dans le train que dans mon lit », s’enthousiasme Alexandre, dix ans, qui s’amuse à grimper sur une échelle pour rejoindre sa couchette et taquiner sa sœur. « Le bruit du train, ça me berce. Parfois, ça me dérange, mais on s’habitude et je peux faire dodo », continue-t-il.

Plus écologique, moins cher (environ 50 euros par billets), plus pratique que l’avion ou la voiture, le train de nuit fait valoir ses arguments pour convaincre les voyageurs. « Quand on voyage avec des enfants, sur un trajet de plusieurs heures, c’est compliqué à gérer. Il faut qu’ils s’occupent, qu’ils bougent, qu’ils dorment. Rester assis des heures durant, ce n’est pas vivable ni pour eux, ni pour nous, et encore moins pour les autres », constate Bernadette. Depuis qu’elle est grand-mère et qu’elle a un trajet à faire avec ses petits-enfants, le train de nuit est son option favorite.

Un peu plus loin, en tête de train, se trouve un groupe de jeunes trentenaires. Tous vont à Briançon pour un séminaire. Mais pour eux, pas question de se coucher tôt. « Là on prend l’apéro. Le train de nuit c’est vraiment le meilleur moyen pour aller à Briançon. C’est convivial, pratique, et surtout, on peut rencontrer des gens », sourit Nancy, verre de rosé à la main. Ses compagnons sont d’ailleurs du même avis. « Le train de nuit, c’est le début du voyage. Il fait partie de l’expérience du voyage. Quand on prend l’avion, on ne commence que l’aventure une fois arrivés à destination. Là, ça a déjà commencé, et ça fait des souvenirs pour la vie », conclut Romain.

Une ambition gouvernementale

Pendant que le train traverse la nuit noire à toute allure, dans la voiture 7, à l’autre bout du convoi, Johanna et Doudou, les cheffes de bord, profitent du calme de la nuit pour discuter. « On a vu disparaître petit à petit les lignes de nuit. On y est attachées, et à chaque fois, c’est un déchirement. Nous, on aime faire de la nuit. Ça change du quotidien », confie Doudou, cheminote depuis 18 ans. Entre deux gorgées de thé, elle continue. « Les gens sont vraiment détendus. Ils sont ici pour retrouver de la famille, partir en vacances. Ils sont dans une autre optique que celle de relier un point A à un point B ». De même pour Johanna qui voit en ces trains de nuit une certaine poésie : « Le train de nuit, c’est le moyen de transport, c’est l’hôtel, c’est tout à la fois. On croise des gens qui papillonnent, qui discutent, qui se découvrent, qui prennent des photos, qui se baladent en chaussettes, on ne voit ça nulle part ailleurs », s’amuse la cheffe de bord.

Les deux contrôleuses se satisfont du retour en grâce des lignes de nuit. Au nom de la transition écologique et pour dynamiser l’activité de la SNCF, le gouvernement a annoncé son intention de relancer deux nouveaux tronçons de nuit. Le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, l’a confirmé, les lignes Paris-Nice et Paris-Hendaye (sud-est et sud-ouest) vont revoir le jour. Emmanuel Macron l’avait lui-même évoqué le 14 juillet lors d’une interview. « On va redévelopper les trains de nuit. Parce que ça permet de faire des économies et ça permet de réduire nos émissions de CO2 », avait affirmé le chef de l’État. Des annonces qui ravissent Johanna et Doudou, ainsi que les voyageurs de ces trains, qui ont encore de belles nuits devant eux.

 

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