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Procès des attentats de janvier 2015: la détresse des victimes de l'Hyper Cacher

Des fleurs devant l'Hyper Cacher, le 23 janvier 2015, quelques jours après l'attaque.
Des fleurs devant l'Hyper Cacher, le 23 janvier 2015, quelques jours après l'attaque. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN
Texte par : Laura Martel
5 mn

Cette semaine, la cour va s’intéresser en détail à l’enquête et aux liens établis entre les auteurs des attentats de janvier 2015 et les accusés. Une nouvelle phase dans le procès, jusque-là essentiellement consacré aux témoignages des parties civiles. La semaine dernière, les survivants et proches de victimes de la prise d’otage de l’Hyper Cacher étaient à la barre. Des témoignages bouleversants au cours desquels une phrase est souvent revenue, comme un terrible leitmotiv : « Tués parce que juifs ».

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De notre envoyée spéciale au palais de justice de Paris,

En plus de la douleur, l’incompréhension et la colère, survivants et proches de victimes de l’Hyper Cacher se heurtent à une réalité violente, absurde : ils ont vécu l’enfer ou leurs proches sont morts, parce qu’ils étaient juifs.

Le caractère antisémite de cet attentat, Amedy Coulibaly est le premier à le revendiquer, durant la prise d’otages, à tous ses interlocuteurs : police, média et en premier lieu, aux otages. Il a cette phrase effroyable que rapporte la jeune caissière Zarie : « Vous êtes les deux choses que je déteste le plus au monde : juifs et Français ». 

Zarie est l’une des rares survivantes à être venue à la barre. La majorité ne l’a pas pu, pas voulu, a eu peur. Zarie, elle, est venue, mais d’Israël où elle a déménagé, comme d’autres victimes d’ailleurs. Mais elle se devait d’être là, dit-elle, pour raconter ce qui est arrivé aux quatre victimes. « Ils ont été assassinés, tellement sauvagement, seulement parce qu’ils étaient juifs, et c’est inexcusable, hors de question qu'on oublie », insiste la jeune femme.

« Pourquoi cette haine ? »

Les proches de ces quatre victimes ont eu des mots particulièrement durs, percutants. Philippe Braham a été tué par Amedy Coulibaly, à la seule évocation de son nom. Sa femme, dans un total désarroi, explique que ses « trois jeunes enfants savent qu'un méchant a tué papa, mais ils ne comprennent pas pourquoi. Parce que leur papa était le plus gentil du monde. Qu'est-ce que vais pourvoir leur raconter ? », lance-t-elle. Les pseudo-explications géopolitiques qu’a donné le tueur la font bondir. « Oui, il y a des conflits entre pays, mais moi je n’y suis pour rien, mon mari n’y était pour rien ! Moi, je suis en colère et je ne pardonnerai jamais », assure-t-elle.

Le père de Yohan Cohen, mort à 20 ans, ne veut lui ni regarder les accusés, ni prononcer le nom du terroriste. Sa voix forte emplit la salle. « Cette facilité qu’il a eu a tué mon fils et les autres personnes... Pourquoi cette méchanceté gratuite, cette haine ? Cette haine du juif ? Je n'arriver toujours pas à la cerner, l'expliquer ».

« Pourquoi cette haine ? ». L’interrogation est la même dans la bouche du père de Yoav Hattab, le jeune homme abattu en tentant de prendre une arme à Amedy Coulibaly. Sa sœur, elle, interpelle la cour, lui intimant d'imaginer ce qu'ont vécu les otages et notamment le dilemme de ceux réfugiés au sous-sol que Zarie est venue chercher, les suppliant de remonter sinon Coulibaly tuerait ceux d'en haut. « Yoav a décidé de remonter », murmure-t-elle. « En 2015, on vit la Shoah dans un Hyper Cacher », ajoute-elle dans un sanglot.

Et puis il y a le message plus sociétal, politique de Sophie, une survivante. « Cet attentat antisémite est le fait d'un terroriste islamiste francais », souligne-t-elle, et ce procès des complices est l'occasion de comprendre « les réseaux de cette haine dans notre société, pour éduquer et protéger tous les citoyens de ces extrémistes ».

« Le procès de l'antisémitisme »

Ce procès doit avoir une portée sociale, c'est une évidence pour le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, partie civile. « L'antisémitisme commence par les juifs, mais ne s'arrête jamais aux juifs », souligne Francis Kalifat, inquiet dit-il, pour les valeurs de la république.  Et de dénoncer tant la banalisation de l'antisémitisme quotidien que la difficulté de vivre avec ce qu'il appelle le « statut de cible potentielle du terrorisme islamiste ». On ne peut pas s'habituer à ce que des enfants saluent chaque jours des policiers en armes en entrant à l'école, accepter que cette menace va de soi, dénonce-t-il.

Avant lui, Noémie, infirmière rescapée, avait eu sur ce même thème cette phrase terrible : « Je suis venue dire que ce n'est pas que l'attentat de Charlie Hebdo. On a existé autant que Charlie, et ce n’est pas parce qu’on est Juif que cet attentat se justifie ».

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