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Nouvelle-Calédonie: un 2e référendum, et peut-être un 3e, pour quoi faire?

Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? C'est la question à laquelle vont répondre le 4 octobre, et pour la seconde fois, une partie des habitants de Nouvelle Calédonie.
Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante? C'est la question à laquelle vont répondre le 4 octobre, et pour la seconde fois, une partie des habitants de Nouvelle Calédonie. Theo Rouby / AFP
Texte par : Julien Sartre
6 mn

Ce dimanche 4 octobre, pour la deuxième fois en deux ans, les électeurs inscrits sur la liste spéciale s'exprimeront sur l'accession de leur archipel à l'indépendance de la France. Si le résultat est encore « non », une troisième consultation est prévue, malgré les risques de blocage du processus de décolonisation.

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De notre envoyé spécial en Océanie

« Les Européens ne vont pas se mettre au cycle de l'igname et les Kanak ne sont pas en train de devenir créoles. » D'une phrase - un peu mystérieuse pour qui n'est pas familier de la Nouvelle-Calédonie, archipel mélanésien dans l'océan Pacifique Sud – Matthias Chauchat résume la situation actuelle de blocage du processus de décolonisation.

Un premier référendum où le non l'a emporté

Le professeur de droit public à l'université de Nouvelle-Calédonie est aussi un militant indépendantiste de longue date : il appelle à voter « oui » ce dimanche 4 octobre. L'ambition des indépendantistes est au moins de faire mieux que lors du premier référendum sur l'indépendance, en novembre 2018. Ce jour-là, le « non » l'emportait à 56,4 % contre 43,6 % pour le « oui ». Les Accords de Matignon et de Nouméa – qui ont mis un terme à la guerre civile des années 80 – sont ainsi faits que si le « non » est à nouveau majoritaire ce dimanche, une troisième consultation devra être organisée dans moins de deux ans.

Pour Matthias Chauchat, voilà un scénario à éviter, parce que, selon lui, « toutes les autres hypothèses qu'une victoire du "oui" mènent à la violence. On parle d'une indépendance négociée, non hostile à la France : les meetings indépendantistes ont les deux drapeaux, celui de la Kanaky et le drapeau bleu-blanc-rouge. Il ne faut pas arriver à trois "non", parce qu'alors, le "non" sera délégitimé et il ne pourra en sortir que le chaos. »

Éviter l'impasse politique

Sur ce constat, au moins, les indépendantistes sont rejoints par les « Loyalistes », ainsi que se désignent eux-mêmes les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France. Alors qu'ils sont farouchement opposés en tous points – et refusent même de négocier directement depuis le premier référendum de 2018 – les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France reconnaissent l'impasse que constituent trois référendums négatifs. Après les consultations, rien n'est prévu et ce sera alors la fin du processus politique de décolonisation. « Pourquoi attendre trois référendums avant de discuter ?, s'interrogeait Sonia Backès, présidente de la Province Sud et cheffe de file des non-indépendantistes, à la télévision locale. Il faut dialoguer le plus rapidement possible et tomber d'accord sur un nouveau projet parce qu'on ne peut pas à la fois respecter le choix des urnes et demander l'indépendance tout de même, au bout de trois référendums négatifs. »

Si, à quelques jours de la consultation, les différents acteurs politiques du scrutin sont aussi préoccupés par la suite et l'avenir du processus de décolonisation, c'est que les rapports de force électoraux sont figés dans l'archipel. Le pari des indépendantistes d'améliorer leur score voire d'arracher le « oui » dimanche soir sera difficile à gagner : le peuple kanak est minoritaire en Nouvelle-Calédonie et la liste électorale spéciale reflète les équilibres – et les déséquilibres - démographiques du pays. Dans un texte publié récemment sur le site Outremers 360, le chercheur et spécialiste des questions électorales, Pierre-Christophe Pantz rappelle que le vote au référendum en Nouvelle-Calédonie est ethnique, social et géographique.

Le premier scrutin, celui de novembre 2018 avait montré à quel point le vote au « oui » en faveur de l'indépendance est avant tout le fait du peuple autochtone, le peuple kanak. Et, cela ne va pas sans poser des problèmes puisque « le résultat du référendum, quel qu’il soit, ne résoudra pas l’essentiel du problème en Nouvelle-Calédonie, à savoir une double impasse électorale. Premièrement, une victoire des indépendantistes ne doit pas faire oublier qu’en comptabilisant ceux n’ayant pas le droit de voter au référendum (environ 36 000), les personnes "théoriquement" opposées à l’indépendance, constitueront encore au moins la moitié de la population calédonienne. Et c’est la même chose si l’indépendance échoue au deuxième et troisième référendum, une part non négligeable de la population, essentiellement kanak, sera toujours attachée viscéralement à l’indépendance », écrit le chercheur.

La communauté wallisienne et futunienne en arbitre

Unique moyen pour que leur victoire soit certaine, les Kanak doivent convaincre au moins une partie d'une autre communauté de voter « oui ». Ce pourrait être la communauté wallisienne et futunienne. Depuis toujours, et dans chaque scrutin, ces Océaniens installés en Nouvelle-Calédonie jouent le rôle d'arbitre et de faiseurs de rois. Jusqu'ici, ils ont toujours été perçus comme favorables à la France. Entre 2018 et le référendum de dimanche, leur position a un peu évolué. Et cette fois, leur parti, l'Eveil Océanien, n'a pas donné de consigne de vote.

Dans son compte-rendu du Conseil des ministres, à Paris, lundi 28 septembre, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal annonçait que le président de la République s'exprimerait depuis la capitale française « quel que soit le résultat du référendum ». Pourtant, dans la même phrase, Gabriel Attal tenait pour acquis qu'il y aurait « un troisième référendum », impliquant par là que le résultat de dimanche serait « non ».

Dans l'inconscient politique français et même calédonien, l'état d'esprit résumé par Matthias Chauchat est bien ancré : « Pas de cycle de l'igname pour les Européens et pas de créolisation en cours pour les Kanak », des mots que le professeur emprunte à un membre (RPCR) du Congrès local. Seulement deux communautés face à face pour un moment encore.

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