Accéder au contenu principal

Procès des attentats de janvier 2015: les mystères d’un «monde de voyous»

Le tribunal de Paris pour l'ouverture du procès des attentats de 2015 en France.
Le tribunal de Paris pour l'ouverture du procès des attentats de 2015 en France. Thomas COEX / AFP

Au procès des attentats de janvier 2015, la cour d’assises spéciale de Paris s’est penchée la semaine dernière sur les faits et a tenté de reconstituer le puzzle très complexe de la préparation des attentats et de déterminer qui a fait quoi. La cour s’est retrouvée plongée dans un « monde de voyous » pour reprendre le terme employé par un policier.

Publicité

À entendre les enquêteurs qui se sont succédé à la barre, on arrive à se faire une représentation du monde dans lequel évoluent les accusés : un monde de délinquants où on trafique de la drogue, des voitures et parfois aussi des armes. Un monde où chacun a plusieurs lignes de téléphone, jamais à son nom, pour compartimenter sa vie et laisser le moins de traces possibles. Certains utilisent même le téléphone de leur copine pour brouiller encore plus les pistes, et empruntent la voiture de leur voisin.

Cet univers, les enquêteurs ont tenté d’en sonder tous les mystères à coups de relevés de téléphonie mobile. Trente sept millions de données téléphoniques analysées (qui a appelé qui ? quand ? où ?) pour tenter de déterminer les liens entre les accusés et les terroristes, leurs rencontres, et donc leur implication dans la préparation des attentats. Avec tout de même, et il faut le souligner, de nombreuses zones d’ombre qui demeurent. Par exemple, les policiers n’ont pas réussi à établir le lien entre le Lillois Claude Hermant, qui a importé en France certaines des armes dont s’est servi Amedy Coulibaly, et les deux accusés soupçonnés d’être allés les chercher dans le Nord.

Amedy Coulibaly, au centre de tout

Les accusés présents dans le box étaient surtout liés à Amedy Coulibaly. Certains étaient des vieilles connaissances, des copains de quartier ; d’autres, des « potes de placard », comme ils le disent eux-mêmes. Incarcérés dans la même prison entre 2010 et 2014, ils avaient été affectés à la buanderie. Leurs prêches et leur comportement religieux leur avaient valu d’être surnommés « la secte de la buanderie ». Mais tous affirment « n’avoir jamais imaginé » qu’Amedy Coulibaly se préparait à commettre des attentats.

Des accusés radicalisés ?

Les accusés affirment qu’ils ne sont pas des islamistes radicaux. Leurs avocats le mettent d’ailleurs souvent en avant. Me Marie Dosé, qui défend Pastor Alwatik, a ainsi insisté sur ce point vendredi lors de l’audition de Farid Benyettou, l’ancien mentor des frères Kouachi qui se dit aujourd’hui repenti. « L’idéologie, c’est vous. Tandis que dans le box, il n’y a pas cette idéologie-là », lui a-t-elle lancé.

►À écouter aussi : Décryptage - Procès des attentats de janvier 2015: le terrorisme à la barre pour l'Histoire

Pourtant, selon les enquêteurs, plusieurs des accusés étaient proches de la mouvance islamiste, si ce n’est plus. Ali Riza Polat, « bras droit » d’Amedy Coulibaly d’après les policiers, le seul jugé pour complicité de crimes terroristes et le seul à risquer la réclusion criminelle à perpétuité, a notamment quitté la France le 10 janvier, direction la Syrie. Il tentera plusieurs fois de s’y rendre sans jamais y parvenir. Il devra sans doute s’en expliquer devant la cour.

Les coups de sang d’Ali Riza Polat

Les accusés vont en effet être interrogés à partir d’aujourd’hui. On les a déjà un peu entendus depuis le début du procès, il y a un mois. Le président de la cour leur a donné la parole à quelques reprises, après les témoignages très poignants des victimes notamment. Ils se sont tous dits touchés par la douleur des rescapés et de leurs proches. Et ils ont bien sûr condamné les attentats, des actes « monstrueux », ont-ils dit.

Tout au début du procès aussi, ils ont pu s’exprimer lors de l’examen de leurs personnalités. Tous ont fait profil bas. Tous sauf un : Ali Riza Polat, encore lui. Le seul qui défie la cour depuis son box. Il s’agite, peste tout haut, apostrophe directement les témoins à la barre. Jeudi 1er octobre, alors que le trafiquant d’armes Claude Hermant, entendu comme simple témoin, se plaint d’être un bouc émissaire, Ali Riza Polat explose : « T’es un fou toi ! Y a des familles et des victimes ici. Tu viens faire ton cinéma ! Toi, tu as filé les armes et moi, je suis dans le box ! » L’audition d’Ali Rizat Polat, prévue le 22 octobre, promet d’être explosive.

►À lire aussi : Procès des attentats de janvier 2015 : les médias en question

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.