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Entretien

Professeur décapité: «Nous sommes tous dans un état de sidération»

Le collège de Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris, où exerçait la victime, le 16 octobre 2020.
Le collège de Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris, où exerçait la victime, le 16 octobre 2020. REUTERS/Charles Platiau
Texte par : Catherine Potet
4 mn

Christine Guimonnet, professeure d'histoire-géographie au lycée de Pontoise (Val-d'Oise), et secrétaire générale de l'Associations des professeurs d'histoire-géographie (APHG), réagit à l'assassinat d'un professeur vendredi 16 octobre, qui avait montré à ses élèves les caricatures de Mahomet lors d'un cours. 

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RFI : Est-ce que vous partagez la conviction du président de la République qui dit que « ce n'est pas un hasard, si c'est un enseignant qui a été abattu » ?

Christine Guimonnet : En tout cas, ça fait peur. Nous sommes tous dans un état de sidération, c’est un choc profond. Ce qui vient de se passer est extrêmement violent. Toutes nos pensées vont à notre collègue et à sa famille. L’enseignement dans un État démocratique a pour but d’instruire les élèves, de développer chez eux l’accès à la connaissance, à la réflexion, à la raison, qu’ils soient croyants ou pas, le problème n’est pas là. Et ce qu’on leur enseigne, c’est pour leur donner des clés, des clés de compréhension du monde, de l’histoire, de la géographie. Ce qu’on leurs inculque, c’est le sens du débat. La démocratie ce n’est pas uniquement le droit de vote, c’est le débat, y compris et surtout quand on n’est pas d’accord. Quand on n’est pas d’accord, on doit parler, on doit échanger, pas se taper dessus ni tuer quelqu’un. Ce dont on se rend compte maintenant, c’est lorsqu’il y a des contestations du cours, les collègues ne doivent pas rester isoler, il faut en parler. On doit adapter notre discours, notre cours, à la maturité des élèves et à l’âge de chacun.

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Est-ce que les enseignants sont souvent confrontés à l’hostilité de certains élèves, à l’islamisme à l’école ?

Ça va dépendre. Ça dépend des établissements, ça dépend des sujets. Ça fait déjà plusieurs années qu’il y a des contestations sur l’enseignement de la Shoah, sur le génocide arménien, sur la religion… Ce que je constate à titre personnel, c’est qu’il y a beaucoup d’ignorance. Il y a aussi un besoin qui vient des élèves de savoir, d'avoir des renseignements sur la religion, avoir des précisions, comment ça fonctionne. Parce qu’on a aussi des élèves qui viennent de familles où il n’y a pas du tout d’évocation ou de culture religieuse, donc c’est important pour eux qu’on puisse les aider à décrypter tout ça. Ce que je remarque par contre, c’est une hypersensibilité d’adolescents, qui sont des jeunes en construction, qui sont en plus aujourd’hui abreuvés. Il y a un flot d’informations continu qui vient de partout au sein duquel ils ont du mal à démêler le vrai du faux, à trier. Il y a une hypersensibilité à ce qui peut être religieux, pas uniquement, mais aussi. Les élèves me disaient : « Oui, madame, ce n’est pas normal que l’on manque de respect aux religions, ce n’est pas normal qu’il y ait du blasphème ». Donc à ce moment-là, il faut leur expliquer que le blasphème dans un État démocratique, dans un État laïc, ça n’existe pas, ça n’est pas une infraction pénale. Il faut faire la différence entre critiquer une religion et le fait que les gens, tout à fait à titre personnel, peuvent se sentir choqués. Mais quand on travaille sur les caricatures, on en montre à tous les niveaux.

Est-ce que la liberté d’expression, la liberté d’enseigner surtout, est en danger selon vous ?

Elle ne doit pas l’être. Il y a un risque, mais elle ne doit pas l’être. Toute la société doit agir et œuvrer, les institutions, l’institution elle-même, pour que nous puissions tous, toutes, enseigner dans nos classes, ce qui est dans les programmes, pouvoir faire des ouvertures, prendre tous les interstices où on va pouvoir diffuser du savoir, diffuser de la connaissance pour que nos élèves en sorte fortifiés.

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