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Professeur décapité en région parisienne: ce que l'on sait de l'attaque terroriste

Rassemblement devant le collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, le 17 octobre.
Rassemblement devant le collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, le 17 octobre. REUTERS/Charles Platiau
Texte par : RFI Suivre
8 mn

Les enquêteurs cherchaient ce samedi à déterminer d'éventuelles implications ou complicités parmi les neuf personnes arrêtées au lendemain de la décapitation dans les Yvelines d'un enseignant d'histoire-géographie qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, un « attentat islamiste caractérisé », selon Emmanuel Macron.

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Que sait-on du déroulé de l’attaque ?

L’attaque s’est produite vers 17h, heure française, près du collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) où exerçait Samuel Paty, le professeur décapité.

En arrivant sur les lieux, les policiers tentent d'interpeller, à 200 mètres de la victime, un homme qui tire en leur direction « à cinq reprises » avec « une arme de poing », a annoncé le procureur antiterroriste chargé de l'enquête, Jean-François Ricard. Les policiers ripostent, l'agresseur est atteint de « 9 impacts ». Il a, à ses côtés, une arme de poing de type Airsoft avec cinq cartouches de gaz, un couteau de type poignard. Selon M. Ricard, l'homme a tenté de se relever et de donner des coups de couteau aux policiers.

Des sources judiciaires avaient affirmé vendredi que l'agresseur avait crié « Allah Akbar » avant que les policiers ne fassent feu. Un second couteau ensanglanté, avec une lame de 35 cm, est découvert à une trentaine de mètres de la victime, a ajouté le procureur antiterroriste, qui a également annoncé que l'assaillant « a sollicité des élèves pour qu'ils lui désignent la victime. » 

Le message de revendication publié sur Twitter avec la photo du professeur d'histoire décapité a été publié sur un compte appartenant bien à l'agresseur abattu par la police. « Les investigations ont pu confirmer qu'il s'agissait bien d'un compte appartenant à l'auteur des faits » a déclaré le procureur national antiterroriste. La première exploitation du téléphone de l'agresseur « a permis de retrouver dans le bloc-notes le texte de la revendication, enregistré à 12H17 ainsi que la photographie de la victime décédée horodatée à 16H57 », a-t-il ajouté.

Une enquête a également été ouverte samedi  après la publication d'un tweet se félicitant de l'attentat pour « apologie d'acte de terrorisme commise par le biais d'un moyen de communication » et confiée à la brigade de répression de la délinquante contre la personne de la Direction régionale de la police judiciaire. 

Là, on a une typologie d'attentat très différente, contre laquelle les services de renseignement sont démunis

Pierre Conesa, historien et essayiste

Que sait-on de l'assaillant ? 

Abdoullakh Abouyezidovitch Anzorov, né le 12 mars 2002 à Moscou de parents tchétchènes, vivait en France depuis 12 ans. Il « était porteur d'un titre de séjour délivré le 4 mars dernier et valable jusqu'en mars 2030 (...). De nationalité russe et d'origine tchétchène, il bénéficiait du statut de réfugié », a déclaré Jean-François Ricard.

« Il était inconnu des services de renseignement » pour sa radicalisation, a-t-il ajouté, rappelant qu'il était en revanche connu des services de police pour des faits de droit commun, mais jamais condamné. Il résidait à Evreux, dans un autre département, et M. Ricard n'a pas précisé s'il avait à un moment fréquenté le collège Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, où travaillait la victime.

« Ce crime n'a rien à voir avec la Russie, étant donné que cet individu vivait en France depuis 12 ans et avait été accueilli par la partie française », a déclaré Sergueï Parinov, un porte-parole de la représentation russe à Paris à l'agence Tass. « En l'occurrence l'important n'est pas où il est né, mais où, quand et comment il a été converti à une idéologie terroriste que la Russie condamne, bien sûr, sous toutes ses formes », a-t-il dit. Selon lui, l'assaillant est arrivé en France à l'âge de 6 ans avec toute sa famille, qui obtenu le statut de réfugiés. Ce statut conduit automatiquement à une déchéance de la nationalité russe. 

Où en est l'enquête ?

Dix personnes, dont deux parents d'une élève du professeur– un homme et son épouse –, ont été placés en garde à vue dans la nuit de vendredi à samedi. 

Le père d'une élève avait porté plainte le 8 octobre pour diffusion d'image pornographique (un dessin du prophète nu et accroupi, avec une étoile sur les fesses). Le professeur avait en retour porté plainte pour diffamation. Ce père avait dès le 7 octobre appelé sur Facebook à la mobilisation contre l'enseignant.

« La demi-soeur de cet homme avait rejoint l'organisation État islamique en 2014 en Syrie et elle fait, à ce titre, l'objet d'un mandat de recherche par un juge d'instruction antiterroriste », a précisé Jean-François Ricard.

Dans une vidéo du 12 octobre diffusée sur YouTube, le père de l'élève cible l'enseignant et l'on voit sa fille interviewée par Abdelhakim Sefrioui, un militant islamiste très actif. Celui-ci a également été placé en garde à vue avec sa compagne, d'après une source proche du dossier, après avoir été interpellés à Évry. Deux personnes ayant été en contact avec l'agresseur, qui se sont présentées spontanément au commissariat d'Evreux vendredi soir, sont aussi en garde à vue.

Les autres sont des membres de la famille de l’assaillant, dont ses parents, son grand-père et son petit frère, et des membres de son entourage non familial. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

De nombreux bouquets de fleurs ont été déposés devant la façade du collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, samedi 17 octobre.
De nombreux bouquets de fleurs ont été déposés devant la façade du collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine, samedi 17 octobre. REUTERS/Charles Platiau

Que sait-on sur la victime ?

Samuel Paty, âgé de 47 ans, était professeur d’histoire-géographie, et en charge donc de l’enseignement moral et civique. Dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression et de la presse, il aurait montré des caricatures de Mahomet, la semaine dernière, à une classe de 4e, à des enfants de 13 ans environ.

Il avait alors invité les élèves musulmans qui le souhaitaient à quitter la salle. Un ou des parents s’en serait plaint auprès de l’équipe éducative et une vidéo relatant les faits a été postée par l'un d'eux sur les réseaux sociaux.

A lire aussi: Un prof d'histoire ayant montré les caricatures de Mahomet en classe décapité près de Paris

Emmanuel Macron devant le collège où exerçait le professeur assassiné vendredi 16 octobre 2020.
Emmanuel Macron devant le collège où exerçait le professeur assassiné vendredi 16 octobre 2020. Abdulmonam Eassa/Pool

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