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Attentats de janvier 2015: quel rôle pour la filière belgo-ardennaise?

Dessin représentant les quatorze accusés et leurs avocats, le premier jour du procès des attentats de janvier 2015.
Dessin représentant les quatorze accusés et leurs avocats, le premier jour du procès des attentats de janvier 2015. BENOIT PEYRUCQ / AFP
Texte par : Laura Martel
6 mn

Le procès des attentats de janvier 2015 se poursuit à Paris. Cette semaine sera essentiellement consacrée à quatre prévenus soupçonnés de s’être entendus pour chercher et fournir des armes à Amedy Coulibaly et aux frères Kouachi, et poursuivis pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Les enquêteurs font référence à eux sous l’appellation de « filière belgo-ardennaise ».

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Dans la salle d’audience, les quatre hommes sont assis dans le boxe de droite, côte à côte. Ils se sont un peu exprimés, au tout début du procès, au moment de l’examen des personnalités. Le président les a aussi fait réagir aux témoignages des victimes : ils ont alors tous condamné les attentats et assuré ne pas être des terroristes. Mais ensuite, durant plus d’un mois, on ne s’est quasiment plus intéressés à eux, jusqu’à cette semaine.

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Côté belge, il y a d’abord Metin Karasular, 50 ans, garagiste à Charleroi, d’origine kurde. Déjà condamné pour des affaires de jeux et détention d’armes, celui qui arbore presque chaque jour un maillot de foot différent a, selon la police belge, des liens avec le PKK et des contacts dans les milieux islamistes radicaux. Son voisin de boxe, ami de 30 ans et joueur invétéré, c’est Michel Catino, présenté comme son homme à tout faire. À 68 ans, le doyen des accusés partage avec son acolyte une particularité : avoir jusqu’ici régulièrement dormi au cours des audiences.

Les Ardennais, du nom de leur région, sont deux trentenaires : le sec au visage fin, Abdelaziz Abbad, et le grand costaud au crâne rasé, Miguel Martinez, associés dans un garage au moment des faits. Martinez a un long casier judiciaire, essentiellement lié aux stupéfiants, Abbad le plus lourd : outre la drogue, il a été récemment condamné pour complicité de tentative d’assassinat.

Coïncidences troublantes

Ces quatre hommes sont donc soupçonnés d’avoir participé à fournir des armes aux terroristes. Mais il faut avant tout rappeler que la plupart des armes d’Amedy Coulibaly sont passées par une autre filière, la lilloise, à laquelle appartiendraient d’autres accusés, déjà entendus. L’origine de l’arsenal des frères Kouachi, elle, n’a pu être retracée.

On sait néanmoins qu’Amedy Coulibaly était en contact avec Chérif Kouachi et que son ADN a été retrouvé sur une de leurs armes. Le tueur de l'Hyper Cacher leur a sans doute transmis, pensent les enquêteurs, des armes venant de la filière belgo-ardennaise. L’enquête a montré que les quatre hommes étaient en contact soit avec Coulibaly, soit avec Ali Riza Polat, décrit comme son « bras droit ». Mais comme le reconnaît lui-même un enquêteur, « il n’y a pas de preuve formelle » d’un achat d’armes qui auraient servi aux terroristes via cette filière, mais « un faisceau d’indices et de coïncidences troublantes ».

Un sac d'armes « pourries »

Metin Karasular a lui reconnu des liens avec Amedy Coulibaly. Il s’est d’ailleurs lui-même présenté à la police, mais pas pour le trafic d’armes, qu’il nie. Il dit avoir acheté une voiture à Coulibaly et Polat. Tous deux étaient dans son garage belge le 3 janvier. Pour récupérer une partie de l’argent de la vente selon les accusés ; sans doute aussi des armes, estiment les enquêteurs.

Car au nombre des indices relevés, il y a cette note manuscrite, attribuée à Polat, qui liste des armes proches de l’arsenal des tueurs, retrouvée dans le garage, près d’un papier portant le numéro de Miguel Martinez ; la téléphonie montre aussi de nombreux contacts entre ces hommes et des déplacements d’Abbad, avec ou sans Martinez, à Grigny chez Polat. Tous trois évoquent aujourd’hui, après des revirements, un trafic de stupéfiants. 

Côté armes, il y a ces deux fusils longs que Metin Karasular prétend avoir « trouvés sur le toit de son garage », qu’il dit avoir vendu aux Ardennais. On en est toutefois sûr, ils n’ont rien à voir avec l’arsenal des terroristes.

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Et puis il y a cette histoire d’un sac d’armes « pourries », selon les mots d’Abbad, qui viendrait de Metin Karasular, aurait transité par l'intermédiaire de Willy Prevost et Ali Riza Polat, mais aurait été refusé par Coulibaly et donc remonté dans le Nord par Catino puis planqué par les Ardennais. Un sac dont le trajet esquisse donc un circuit intéressant pour les enquêteurs, celui de cette filière qu’ils soupçonnent. Mais ils ont établi que ces armes rouillées avaient fini détruites ou à l’eau.

Abdelaziz Abbad, pièce importante du puzzle

Alors, même si le parquet pense que de meilleures armes ont pu faire le même trajet et atterrir dans les mains de Coulibaly et des Kouachi, ils n’en ont pas la preuve formelle, ce que n’a pas manqué de railler l’avocat d’Abdelaziz Abbad. « Donc les faits du dossier, c’est qu’Abdelaziz Abbad s’est procuré des armes qui n’ont pas servi à Coulibaly et dont certaines ont fini dans la Meuse », a ironisé Maître Apelbaum vendredi.

Son client est pourtant une pièce du puzzle importante pour les enquêteurs. Sa ville, Charleville-Mézières, est aussi celle d'origine des veuves des frères Kouachi. Il est d’ailleurs allé au collège avec la future femme de l’aîné, Saïd. Saïd qu’il avait vu une fois, en 2006, a-t-il dit aux enquêteurs, à qui il a aussi fait une déclaration troublante : en voyant la photo de Saïd Kouachi après les attentats, il s’est soudain rappelé d'un homme qui l'avait sollicité pour des armes, fin 2014, un homme qui « ressemblait » à Saïd Kouachi. Pour l’accusation, c’est un indice de plus ; pour l’avocat d’Abbad, tout cela n'a rien de probant : « On n'a pas trouvé le lien avec les Kouachi alors on essaie à toute force de les faire entrer dans le dossier », dit-il.

Ce volet « filière belgo-ardennaise » sera donc étudié en détail cette semaine, en commençant ce lundi avec l’interrogatoire de Metin Karasular.

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