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Covid-19: Macron réunit deux conseils de défense, des mesures de durcissement à attendre

Le personnel soignant de l'unité de soins intensifs (USI) de l'hôpital Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois, près de Paris, prend en charge un malade du Covid-19, le 26 octobre 2020.
Le personnel soignant de l'unité de soins intensifs (USI) de l'hôpital Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois, près de Paris, prend en charge un malade du Covid-19, le 26 octobre 2020. REUTERS/Gonzalo Fuentes
Texte par : RFI Suivre
10 mn

Emmanuel Macron devait se rendre, ce mardi 27 octobre, au Creusot pour un déplacement sur le thème du nucléaire, mais le président français a préféré annuler sa visite pour se consacrer à la crise sanitaire. La situation est « très difficile, voire critique », selon les scientifiques. L'exécutif veut décider vite. De nouvelles annonces sont attendues avant la fin de la semaine.

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Trois jours, c'est le temps que se donne le chef de l'État pour prendre de nouvelles décisions. Les derniers chiffres alarmants ont poussé Emmanuel Macron à bousculer son agenda.

La deuxième vague est violente. « Le couvre-feu ne suffit pas », regrette un cadre de la majorité. Les réunions vont s'enchaîner au sommet de l'État : un conseil de défense ce mardi matin. Jean Castex va recevoir les chefs de partis et les partenaires sociaux dans l'après-midi avant un deuxième conseil de défense décisif mercredi matin.

Emmanuel Macron prépare les Français à un nouveau tour de vis. Plusieurs options sont sur la table : avancer le couvre-feu ? Des reconfinements locaux ? Seulement le week-end ? Tout est possible, répètent les ministres, mais le confinement épisode 2 ne ressemblera pas totalement à l'épisode 1 de mars dernier.

« À l'époque, on ne savait pas faire. Aujourd'hui, on sait qu'on peut avoir un confinement gradué », pronostique un député En marche. Dans ce scénario, les écoles resteraient ouvertes, les Français pourraient continuer à travailler, mais les relations sociales seraient, elles, limitées au strict minimum. 

À écouter aussi : Didier Pittet: «Le reconfinement est aussi une solution extrêmement efficace»

L'opposition reproche au gouvernement son impréparation

« Le gouvernement subit la crise, il ne l’anticipe pas », explique le chef de file des députés Les Républicains à l'Assemblée nationale Damien Abad.  Ce qu’il veut demander ce soir au Premier ministre lors d'une réunion organisée à Matignon avec les différents partis politiques, c’est la raison pour laquelle son gouvernement ne s’est pas suffisamment préparé à cette seconde vague, par exemple en mettant en place des hôpitaux éphémères, en accélérant la formation de soignants ou en recrutant des réanimateurs étrangers, rapporte notre envoyé spécial à l'Assemblée, Anthony Lattier. Mais les députés de droite, qui sont le principal groupe d’opposition ici à l’Assemblée nationale, suivront malgré tout le gouvernement s’il s’engage dans une forme de reconfinement.

La gauche et la France insoumise appellent également au respect des décisions prises et de la discipline sanitaire, même si Jean-Luc Mélenchon a jugé ce matin que le gouvernement avait échoué par « manque d’anticipation ». Et ce soir, il fera plusieurs propositions au Premier ministre parmi lesquelles la prise en compte des plus pauvres. Ils sont de plus en plus nombreux et Jean-Luc Mélenchon craint une famine. 

« À quoi sert-il d’être consulté si on n’est jamais écouté ? », s’interroge pour sa part le communiste André Chassaigne, qui lui n’attend rien de sa rencontre à Matignon ce soir, alors que les décisions se prennent à l’Elysée autour du président Macron.

Confinement éco-compatible

La deuxième vague sévit donc brutalement en France. Le pays a dépassé un triste record lundi 26 octobre : 52 010 nouveaux cas positifs au coronavirus ont été enregistrés au cours de ces dernières 24 heures. Des voix s'élèvent pour réclamer un nouveau confinement. Deux spécialistes en santé publique du CHU de Lille, dans le Nord, ont signé une tribune dans le Journal du dimanche paru le 25 octobre, pour proposer un « confinement éco-compatible ». 

Les deux médecins proposent finalement d'appliquer à la lettre l'expression « Métro, boulot, dodo ». Autrement dit, limiter au maximum la vie sociale des Français. La limiter à leur emploi, à l'éducation pour les plus jeunes, à l'accès aux transports et aux commerces essentiels.

Car pour Philippe Amouyel, professeur en santé publique au CHU de Lille, la mesure de couvre-feu nocturne appliquée par les deux tiers des Français ne suffit pas.

« Quand les gens sont dans la rue, quand les gens sont dans les transports en commun, majoritairement, ils respectent les gestes barrières. Le problème, c'est les échanges qu'ont ces foyers familiaux avec l'extérieur. Avec les amis, avec les proches, avec les sorties, c'est certainement par là que les fuites du virus sont à l'origine du maintien de la progression. »

Le professeur Amouyel et son confrère militent pour que ce « confinement éco-compatible » soit imposé le plus vite possible pour casser la courbe. Ils le voient comme un nouveau temps d'arrêt, brutal mais pas forcément long.

« Si on se base sur le confinement, près de la moitié des cas ont diminué chaque semaine dès la troisième semaine de son installation. Donc, sur deux à trois semaines, on pourrait déjà amorcer cette descente. »

Autre arme absolue, selon les deux experts : le dépistage systématique pour identifier et isoler les cas asymptomatiques. Par cette tribune, ils espèrent que le gouvernement penchera pour des mesures radicales pour que les Français puissent retrouver le plus rapidement une vie normale.

L'accès aux soins de plus en plus difficile

Les hôpitaux sont les premiers à subir cette dégradation de la situation sanitaire. Ils craignent une saturation des lits de réanimation et un manque de personnel.

L'hôpital de Laon est un petit hôpital de campagne : 300 lits et 12 lits de réanimation. Laon est une petite ville pauvre, située dans le nord de la France et un désert médical. Dans l'hôpital, certains soignants sont absents, car ils ont trop « donné » durant la première vague. Et cela a forcément une influence sur l'offre de soin à la population.

On évoque le manque de soignants, mais on n'en évoque pas forcément les raisons. Les raisons, elles sont là. On a beaucoup d'arrêts pour des troubles musculo-squelettiques [...] Les décisions qu'on prend – l'ouverture de lits, l'extension d'un service, en faire encore et encore plus –, ce n'est pas sans conséquences.

Eloi Goullieux, chef du service réanimation à l'hôpital de Laon

À lire aussi : Covid-19: les hôpitaux d'Ile-de-France passent en «plan blanc renforcé»

Le cancer, une victime indirecte du Covid-19

Des médecins alertent à nouveau sur la nécessité de ne pas arrêter l'accès des patients atteints de cancers aux soins. La Ligue contre le cancer craint un nouveau retard dans la prise en charge des malades. 

Retards de diagnostic, prise en charge différé ou traitement interrompu, les personnes atteintes d'un cancer ont subi un réel bouleversement dans leur protocole de soins.

Depuis le début du confinement en mars dernier, environ 30 000 personnes atteintes de cancer n'ont pas été diagnostiquées. Avec la recrudescence des nouveaux cas de contamination au Covid-19, des professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme et appellent à la mobilisation, comme Axel Khan, président de la Ligue contre le cancer : « D'abord une mobilisation générale effectivement pour que toutes les personnes qui peuvent être atteintes d'un cancer débutant soient diagnostiquées à l'occasion d'un dépistage systématique ou alors qui ont constaté des signes inquiétants sur elles-mêmes, consultent véritablement de manière à ce qu'il n'y ait pas de retard au début du traitement. Par ailleurs, qu'il y ait des dispositifs qui prennent en charge spécifiquement, malgré la montée de la Covid, les personnes atteintes d'autres maladies, en particulier du cancer. Donc, il faut s'habituer à la Covid en s'habituant à diagnostiquer aussi bien, à suivre aussi bien les personnes atteintes de cancer. »

Pour la Ligue contre le cancer, il est important que les dépistages soient maintenus et que les patients souffrant d'un cancer commencent et poursuivent leurs traitements.

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