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France: la justice administrative valide la fermeture temporaire de la mosquée de Pantin

Une passante lit l'arrêt préfectoral fermant la mosquée de Pantin, le 20 octobre 2020.
Une passante lit l'arrêt préfectoral fermant la mosquée de Pantin, le 20 octobre 2020. REUTERS/Antony Paone
Texte par : RFI Suivre
8 mn

La justice administrative a validé ce mardi 27 octobre la décision concernant la fermeture de la grande mosquée de Pantin, décidée par la préfecture. Les autorités reprochent à l’établissement d’avoir partagé sur les réseaux sociaux une vidéo montrant le père d’une élève appeler à une réponse contre Samuel Paty, professeur à Conflans-Sainte-Honorine tué par la suite.

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Alors que ce lieu de culte fréquenté par environ 1 300 fidèles est fermé depuis mercredi soir pour « une durée de six mois », selon un arrêté délivré par le préfet de la Seine-Saint-Denis, son imam Ibrahim Doucouré, a décidé dimanche 25 octobre de se « mettre en retrait ». Cela avant la décision de la justice sur le recours formé contre la fermeture de cette mosquée qui a finalement validé la décision de la préfecture.

Accusé par les autorités d'être « impliqué dans la mouvance islamiste », Ibrahim Doucouré l'a annoncé dimanche soir sur Facebook : « Soucieux de l'intérêt des fidèles et de la pérennité de la mosquée, j'ai décidé, ce jour, de me mettre en retrait de mes activités ».

Sa décision a été confirmée à l'AFP par le responsable de la mosquée et de la Fédération musulmane de Pantin, M'hammed Henniche, dont l’organisation est à l’origine du recours contre la fermeture de l’établissement.

« Personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer »

Selon la défense de M’hammed Henniche, cette fermeture est injuste et n’intervient que parce que les autorités veulent « faire de la mosquée de Pantin un symbole des mesures gouvernementales dans la lutte contre le terrorisme », explique Me Vincent Brengarth.

On a cherché aussi à faire de la mosquée de Pantin un symbole des mesures gouvernementales dans la lutte contre le terrorisme, mais ce qu’on a mis aujourd’hui en évidence, c’est le fait que si monsieur Henniche avait pu poster une partie de la vidéo d’un père de famille, il avait tout de suite reconnu une faute morale sachant que personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer, cet attentat terroriste. Donc véritablement, il faut qu’il lui en soit donné crédit parce que le simple fait d’avoir relayé cette vidéo aurait provoqué l’attentat. Il y a une démonstration qui est extrêmement dangereuse aussi dans un État de droit, parce que cela conduirait à fermer l’ensemble des établissements qui ont pu relayer cette vidéo. Et ça conduirait à prendre des mesures à l’encontre de l’ensemble des personnes qui ont relayé cette vidéo, qui l’ont voulu dans un contexte extrêmement particulier, absolument pas pour appeler à la haine, et appeler au meurtre et à l’assassinat de cet enseignant.

Pour Me Vincent Brengarth, avocat de la défense, la fermeture de la grande mosquée de Pantin «est extrêmement dangereuse aussi dans un État de droit»

À regarder aussi : Kahina Bahloul, femme et imam:« Il faut expliquer à nos enfants le rôle de la caricature »

« Liens avec le salafisme »

Les autorités reprochent à cette mosquée d'avoir partagé sur sa page Facebook, le 9 octobre dernier, une vidéo montrant le père d'une élève de 4e du collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) indigné par un cours sur la liberté d'expression dispensé les 5 et 6 octobre par Samuel Paty, ce professeur qui a ensuite été assassiné le 16 octobre.

La préfecture et le gouvernement ont justifié cette décision par les « liens avec le salafisme » qu'entretient la mosquée, sa fréquentation par « des personnes impliquées dans la mouvance jihadiste » et la personnalité trouble de Ibrahim Doucouré, selon l'arrêté. Formé pendant deux ans dans un « institut fondamentaliste » au Yémen, rapporte l'ordre de fermeture, cet imam a également scolarisé trois de ses enfants dans une école clandestine à Bobigny.

Pour l’autre avocat de la défense de M’hammed Henniche, Me William Bourdon, « cette fermeture est absolument paradoxale »

Le ciblage de la mosquée de Pantin est un mauvais ciblage. Cette fermeture est absolument paradoxale, parce que tous ceux qui connaissent M'hammed Henniche savent qu’il incarne bien ce qui est appelé de ses vœux par le pouvoir politique dans ce pays, c’est-à-dire un islam républicain, un islam de France, un islam respectueux de nos valeurs et de nos principes. Là, on a le sentiment qu’il y a une espèce d’injonction faite à cet homme et à cette mosquée. Qui est-ce qui peut donner des gages sur tout d’exemplarité, jour et nuit, du sol au plafond ? Personne. Donc, je pense que cette décision de fermeture de la mosquée de Pantin est une mauvaise décision. C’est une décision qui a été prise dans une espèce d’emballage sécuritaire dont chacun voit bien la dimension précipitée. On verra bien. Maintenant, le dernier mot appartient, si je puis dire, au juge. Et puis, s’il le faut, on verra devant le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’homme.

Selon l'avocat de la défense Me William Bourdon, «s’il le faut, on ira devant le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’Homme»

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